jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402976 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, Mme B C, représentée par la Selarl BS2A Bescou - Sabatier Avocats associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par la préfète du Rhône sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence valable 10 ans en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ou, à défaut, un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans le délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- faute de réponse à la demande de communication de ses motifs, la décision implicite attaquée est entachée d'illégalité ;
- le refus critiqué méconnaît les stipulations de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations du 5) de l'article 6 de cet accord et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par l'autorité préfectorale de son pouvoir de régularisation.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a produit des pièces, enregistrée le 28 février et le 13 mars 2025.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu le rapport de M. Gille au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante algérienne née en 1956, Mme C demande l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par la préfète du Rhône sur sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'objet de la requête :
2. La préfète du Rhône a produit au dossier sa décision du 29 octobre 2024 portant notamment rejet explicite de la demande de titre de séjour de la requérante et qui s'est ainsi substituée en cours d'instance à la décision implicite de refus de titre qui était initialement contestée. Par suite, les conclusions de Mme C doivent être regardées comme étant dirigées contre le refus de séjour qui lui a été opposé en date du 29 octobre 2024.
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour du 29 octobre 2024 :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 7 bis de ce même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : / b) aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
4. Si la requérante soutient que la décision de refus née du silence conservé sur sa demande de titre de séjour doit être considérée comme entachée d'un défaut de motivation dès lors que la préfète du Rhône n'a pas donné suite à sa demande tendant à ce que les motifs de ce refus lui soient communiqués, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que ce moyen ne peut qu'être écarté alors que la décision du 29 octobre 2024 fait pour sa part état de façon circonstanciée des considérations de fait et de droit qui la fondent.
5. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui, se prévalant des stipulations précitées du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien de 1968, fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, l'autorité administrative peut légalement fonder un refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire. Alors qu'il n'est pas contesté que, comme le relève la décision en litige en se fondant sur les éléments produits par la requérante dans sa demande de visa, Mme C bénéficie d'une pension de retraite d'un montant mensuel de plus de 66 000 dinars algériens correspondant environ, selon les indications des services du consulat de France à Annaba, au triple du salaire national minimal garanti algérien, Mme C, qui ne fait état d'aucune circonstance particulière et alors même qu'elle est hébergée et prise en charge en France par l'un de ses fils, n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale a méconnu les stipulations précitées de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié en considérant qu'elle ne pouvait être regardée comme étant à charge de son fils français.
6. Pour soutenir que le refus de titre en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, Mme C se borne à faire valoir sa bonne insertion en France, où se trouvent ses deux fils. Compte tenu toutefois de l'objet et des effets de la décision en litige ainsi que du caractère récent et des conditions du séjour de la requérante en France, où elle est entrée au cours de l'année 2023 et où elle ne justifie pas d'une insertion particulière, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues. Les circonstances qui sont invoquées ne suffisent pas davantage pour considérer que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ou au regard des conséquences du refus critiqué sur la situation personnelle de Mme C.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de Mme C dirigées contre le refus de titre de séjour qui lui a été opposé, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
9. Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées au titre des frais d'instance par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.
Le président, rapporteur,
A. Gille
L'assesseure la plus ancienne,
A. Lacroix La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
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