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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403058

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403058

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSAS SEBAN AUVERGNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme G, qui s'estimait victime de soins dentaires inadaptés à l'hôpital Lyon Sud et chez le docteur C à compter de janvier 2021. La mesure a été jugée utile sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. L'expert devra notamment se prononcer sur la conformité des soins aux règles de l'art et sur l'origine des préjudices allégués. Les conclusions de la requérante relatives aux dépens ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, Mme B G, représentée par Me Thevenet (Selarl Jurisques), demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de sa prise en charge à l'hôpital Lyon Sud et par le docteur C à compter du 12 janvier 2021 ;

2°) de déclarer la présente ordonnance commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône

3°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- à la suite de la perte de sa deuxième prémolaire maxillaire gauche, elle a consulté le docteur E à l'hôpital Lyon Sud le 12 janvier 2021 ; la pose d'un implant a été réalisée le 29 janvier 2021 ;

- le 22 février 2022, le docteur C, chirurgien-dentiste à Villeurbanne a posé la couronne sur cet implant ; elle a immédiatement ressenti des bourrages alimentaires, des difficultés au nettoyage, des douleurs et des inflammations ;

- une expertise réalisée par le médecin-conseil de sa protection juridique a mis en évidence que l'implant posé l'a été dans une position trop vestibulaire et que la couronne n'aurait pas dû être réalisée ;

- les Hospices civils de Lyon n'ont pas répondu à sa demande de prise en charge de ses préjudices en lien avec les soins dispensés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2022, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Lantero (Selas Seban Auvergne), demandent au juge des référés :

1°) si la mesure d'expertise devait être ordonnée, de la confier à un expert chirurgien-dentiste et de la compléter selon les termes de leur mémoire ;

2°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et au docteur C qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. D'une part, avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige, et dès lors que ce dernier est de nature à relever, fût-ce pour partie, de l'ordre de juridiction auquel il appartient, le juge des référés a compétence pour ordonner une mesure d'instruction sans que soit en cause le principe de séparation des autorités administratives et judiciaires. Il n'en est autrement que lorsqu'il est demandé au juge des référés d'ordonner une mesure d'instruction qui porte à titre exclusif sur un litige dont la connaissance au fond n'appartient manifestement pas l'ordre de juridiction auquel il appartient.

3. D'autre part, la prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

4. La demande d'expertise présentée par Mme G, relative aux conditions de sa prise en charge à l'hôpital Lyon Sud et par le docteur C à compter du 12 janvier 2021, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

5. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions présentées par la requérante, relatives aux dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur F D, domicilié 20 rue Blatin à Clermont-Ferrand (63000), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme G et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge à l'hôpital Lyon Sud et par le docteur C à compter du 12 janvier 2021 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme G, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme G et les soins et prescriptions antérieurs à sa prise en charge à l'hôpital Lyon Sud et par le docteur C à compter du 12 janvier 2021, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme G et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme G à l'hôpital Lyon Sud et par le docteur C à compter du 12 janvier 2021, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme G et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme G ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme G une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de Mme G a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, Mme G a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l'hôpital Lyon Sud ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les comptes-rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;

8°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme G, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux Hospices civils de Lyon et/ou au docteur C, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme G l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme G est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme G devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme G, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme G ou à toute autre cause, de ceux imputables à sa prise en charge à compter du 12 janvier 2021 ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme G, des Hospices civils de Lyon, du docteur C et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de cinq mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B G, aux Hospices civils de Lyon, au docteur A C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'expert.

Fait à Lyon, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

D. JOURDAN

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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