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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403758

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403758

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403758
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSAS SEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, Mme G C, représentée par Me Fontaine-Beriot (Selarl FB Avocats) demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, confiée à un expert en urologie et en transplantation, relative aux conditions de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon à compter de l'intervention du 4 décembre 2017 ;

2°) d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon de produire le dossier médical complet, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- elle a été opérée le 4 décembre 2017 au CHU de Lyon par le docteur D, pour une tumeur cancéreuse de bas grade au rein droit ; ce même médecin l'a suivi pendant cinq années en post opératoire et durant la période de rémission ;

- le 14 janvier 2022, lors d'un scanner de contrôle, des images nodulaires dans la graisse rénale ont été découvertes ; une néphrectomie totale élargie du rein droit a ainsi été réalisée le 13 avril 2022 à l'hôpital Sainte-Anne de Toulon ;

- en avril 2024, un scanner de contrôle a fait apparaître une nouvelle récidive ;

- elle s'interroge sur une éventuelle erreur technique liée à la fragmentation de la tumeur en 2017 ainsi qu'un défaut d'information de la part du docteur D.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril et 11 juillet 2024, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Lantero (Selas Seban Auvergne) demandent au juge des référés :

1°) si la mesure d'expertise devait être ordonnée, de la compléter selon les termes de leur mémoire ;

2°) d'étendre les opérations d'expertise au centre d'urologie de l'ouest lyonnais et au docteur A D ;

3°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Ils font valoir que les éléments relatifs à la prise en charge par le docteur D au centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais pourraient être de nature à éclairer les investigations de l'expert qui sera désigné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le docteur A D et la société Centre d'Urologie de l'Ouest Lyonnais, représentés par Me Chiffert (Aarpi ACLH Avocats) demandent au juge des référés :

1°) de mettre hors de cause la société Centre d'Urologie de l'Ouest Lyonnais ;

2°) de donner acte au docteur D de ses protestations et réserves ;

3°) de compléter la mission de l'expert selon les termes de leur mémoire et de la confier à un expert en urologie ;

4°) de réserver les dépens.

Ils font valoir que la société, en tant que personne morale, n'a pas vocation à supporter les conséquences de l'exercice libéral des praticiens.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme F, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En premier lieu, la prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée par Mme C, relative aux conditions de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon à compter de l'intervention du 4 décembre 2017, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. En deuxième lieu, avant tout procès et avant même que puisse être déterminée, eu égard aux parties éventuellement appelées en la cause principale, la compétence sur le fond du litige, et dès lors que ce dernier est de nature à relever, fût-ce pour partie, de l'ordre de juridiction auquel il appartient, le juge des référés a compétence pour ordonner une mesure d'instruction sans que soit en cause le principe de séparation des autorités administratives et judiciaires. Il n'en est autrement que lorsqu'il est demandé au juge des référés d'ordonner une mesure d'instruction qui porte à titre exclusif sur un litige dont la connaissance au fond n'appartient manifestement pas l'ordre de juridiction auquel il appartient.

5. Pour demander sa mise hors de cause de la présente expertise, le centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais fait valoir qu'en tant que personne morale, il n'a pas vocation à supporter les conséquences de l'exercice libéral des praticiens. Toutefois, cette question relève de la seule appréciation du juge du fond et ne saurait, au stade de la procédure en référé, qui avant tout procès au fond ne tend qu'à ordonner une mesure d'instruction, faire obstacle à la présence du centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais aux opérations d'expertise. En tout état de cause, il appartiendra à l'expert, s'il l'estime pertinent, dès les investigations réalisées lors de la première réunion d'expertise, de solliciter du juge des référés la mise hors de cause des parties dont la participation ne serait pas ou plus nécessaire. Par suite, la demande de mise hors de cause du centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais doit être rejetée.

6. En troisième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions présentées en ce sens par les parties sont, par suite, rejetées.

7. En quatrième lieu, la requérante demande au juge des référés d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon de produire son dossier médical et d'assortir cette injonction d'une astreinte. Toutefois, le prononcé d'une telle mesure n'est pas au nombre de celles que le juge peut ordonner en application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les conclusions de Mme C fondées sur l'application de ces dispositions doivent être rejetées.

8. En dernier lieu, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions des parties relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur E B, domicilié 9 rue Edouard Amavet à Martigues (13500), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon à compter du 4 décembre 2017 ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme C et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme C au CHU de Lyon à compter du 4 décembre 2017, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme C ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme C une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme C, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux Hospices civils de Lyon, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme C, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme C devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme C, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme C ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme C, des Hospices civils de Lyon, du centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais, du docteur A D et de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G C, aux Hospices civils de Lyon, au docteur A D, au centre d'urologie de l'Ouest Lyonnais, à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à l'expert.

Fait à Lyon, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

D. F

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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