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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403837

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403837

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403837
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELAS CABINET CHAMPAUZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 avril et 11 juillet 2024, M. D F et Mme A F, représentés par Me Lecat (Sarl Beraud - Lecat - Bonsergent Sena) demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, aux fins de déterminer les causes et les conséquences des désordres affectant la cave de leur propriété, située à Saint-Cierge-sous-le-Cheylard, ainsi que les murs en pierres sèches, en lien avec des travaux d'enfouissement des réseaux électriques ;

2°) de mettre solidairement à la charge du Syndicat départemental d'énergie (SDE) de l'Ardèche et de la société Bouygues énergies et services les dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros, en application des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- au printemps 2021, un marché de travaux a été régularisé entre le SDE 07, maître d'ouvrage et maître d'œuvre, et la société Bouygues énergies et services, visant des travaux d'enfouissement des réseaux électriques, pour supprimer le passage en aérien au-dessus de leur propriété ;

- ces travaux nécessitant le passage d'engins et de réseaux sur leur propriété, le SDE 07 s'est engagé à remettre en place les murs en pierres sèches démontés pour le besoin des travaux ;

- en cours de travaux, ils ont constaté des infiltrations d'eau de pluie dans leur cave ; les travaux réalisés ont consisté en une orientation des eaux de ruissellement à l'écart de leur domicile puis en la réalisation d'une tranchée électrique, comprenant des fourreaux qui aboutissent dans une logette à l'angle de leur maison ; les eaux de ruissellement suivent le fond de la tranchée contre leur maison, de sorte qu'en cas d'événements pluvieux, l'eau se charge dans les fourreaux jusque dans la logette, créant une zone d'humidité à l'angle de leur maison ;

- après réception des travaux, ils ont constaté que des murs en pierres sèches démolis n'avait pas été reconstruits à l'identique ; une réunion d'expertise amiable a été organisée, sans que les parties parviennent à un accord.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la société Bouygues énergies et services, représentée par Me Payet-Godel (Scp Preel Hecquet Payet-Godel) demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ses protestations et réserves ;

2°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le Syndicat départemental d'énergies de l'Ardèche (SDE 07) représenté par Me Champauzac (Selas Cabinet Champauzac) demande au juge des référés :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les requérants ne démontrent pas que les infiltrations d'eau seraient dues aux travaux réalisés pour le compte B 07 ;

- les requérants n'apportent pas la preuve de l'état antérieur de leurs parcelles concernant la remise en état des murs de pierres sèches.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

3. Pour contester la mesure d'expertise sollicitée par les requérants, le SDE 07 fait valoir que les requérants n'apportent pas la preuve que les infiltrations d'eau seraient dues aux travaux réalisés pour son compte et de l'état antérieur de leurs parcelles concernant la remise en état des murs de pierres sèches. Toutefois, la mesure d'expertise est précisément sollicitée par les requérants pour recueillir un avis indépendant sur ces points, alors au demeurant que l'expertise sollicitée ne constitue qu'une simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjugeant aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés.

4. Il s'ensuit que la demande d'expertise présentée par les requérants, aux fins de déterminer les causes et les conséquences des désordres affectant la cave de leur propriété, ainsi que les murs en pierres sèches, en lien avec les travaux d'enfouissement des réseaux électriques, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

5. En revanche, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions présentées en ce sens par la société Bouygues énergies et services doivent, par suite, être rejetées.

6. Ensuite, en application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l'expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Les conclusions relatives aux dépens présentées par les requérants doivent, par suite, être rejetées.

7. Enfin, il n'y pas a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : M. E C, demeurant 495 Chemin des Chiffaux à Saint-Etienne-de-Fontbellon (07200), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°- se rendre sur les lieux, situés 320 route des Nots à Saint-Cierge-sous-le-Cheylard (07160) et entendre toutes les parties concernées ; prendre connaissance de tous documents utiles et établir tous plans, croquis, schémas ou photographies utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2°- dresser un état descriptif technique et qualitatif précis de la cave de la propriété de M. et Mme F et des murs en pierres sèches ; recenser toutes dégradations ou désordres constatés affectant la cave et les murs de pierres sèches, en lien avec ceux mentionnés ci-dessus, et, pour chacun d'eux, déterminer la date de la première apparition, et préciser, si, à la date de la réception, il était apparent, ou tout au moins prévisible, en tout cas dans toutes ses conséquences ;

3°- donner son avis sur la ou les causes (vice de conception, défaut de surveillance, faute d'exécution, manquement aux règles de l'art, qualité des matériaux utilisés, insuffisance d'entretien, ou tout autre cause) ; fournir tous éléments permettant d'apprécier si chacun de ces désordres met l'ouvrage en péril ou le rendent impropre à sa destination, et donner son avis sur ce point ;

4°- si les désordres sont dus à plusieurs causes, fournir tous éléments permettant d'apprécier dans quelle proportion ils sont imputables à chacune d'elles, et donner son avis sur ce point ; dire notamment s'ils sont inhérents à la structure des ouvrages, à leur mode de construction, à leur mode de fondation ou à leur état de vétusté ou encore consécutifs à la nature du sous-sol sur lequel ils reposent ;

5°- décrire les travaux de nature à faire cesser les désordres et à remettre les ouvrages en l'état ; en évaluer le coût et en fixer la durée ;

6°- donner son avis sur l'existence d'améliorations et/ou de plus-values apportées aux ouvrages par les préconisations des éventuelles solutions techniques ;

7°- donner son avis sur les préjudices de toute nature subis par les requérants du fait desdits désordres et en évaluer le montant ;

8°- de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

9°- tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. et Mme F, B 07 et de la société Bouygues énergies et services.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme F, à la société Bouygues énergies et services, au syndicat départemental de l'énergie de l'Ardèche et à l'expert.

Fait à Lyon, le 23 septembre 2024.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

C. MARILLER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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