Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405945

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405945
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a été saisi par Mme A, reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation du droit au logement opposable du Rhône du 17 octobre 2023, afin d'obtenir une injonction de logement. La préfète du Rhône soutenait que l'absence de proposition résultait du défaut d'enregistrement de la requérante auprès des services sociaux. Le tribunal a rejeté cet argument, jugeant que la décision de la commission portait sur une obligation de logement et non d'hébergement, et que ce seul défaut d'enregistrement ne faisait pas perdre à Mme A le bénéfice de son droit. En application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, le tribunal a enjoint à la préfète du Rhône de loger ou reloger Mme A sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2024, Mme C A, demande au tribunal d'enjoindre la préfète du Rhône de lui attribuer un logement, conformément à la décision de la commission de médiation droit au logement opposable du Rhône du 17 octobre 2023.

Elle soutient que :

- par une décision du 17 octobre 2023, la commission de médiation droit au logement opposable du Rhône l'a reconnue comme prioritaire et devant se voir attribuer un logement en urgence ;

- la préfète du Rhône ne lui a fait aucune proposition de logement à la date d'introduction de la requête ;

- sa situation est inchangée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, la préfète du Rhône conclut à ce qu'il soit prononcé un sursis à statuer dans l'attente que Mme A s'enregistre auprès de ses services.

Elle soutient que l'absence de proposition d'hébergement résulte du comportement de la requérante, qui est à ce jour inconnue du Service Intégré d'Accueil et d'Orientation, n'ayant effectué aucune demande d'enregistrement auprès de la Maison de la Veille Sociale.

Vu la décision favorable de la commission de médiation droit au logement opposable du Rhône du 17 octobre 2023.

Vu le mémoire en réplique du 1er octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jourdan en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 9 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Jourdan, vice-présidente, magistrate désignée ;

- les observations de M. B pour la préfète du Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement./ () / () / () / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. "

.

2. Il résulte des dispositions précitées que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, s'il constate qu'un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d'urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, doit ordonner à l'administration de loger ou reloger l'intéressé, sauf si celle-ci apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu. Il résulte également de ces dispositions que le demandeur reconnu comme prioritaire par une décision de la commission de médiation peut perdre le bénéfice de cette décision s'il refuse, sans motif impérieux, une offre de logement ou d'hébergement correspondant à ses besoins et à ses capacités.

3. Par une décision du 17 octobre 2023, la commission de médiation du droit au logement opposable du Rhône a reconnu Mme A prioritaire en vue d'une offre de logement de type T1-T2 au motif : " logée dans un logement de transition, ans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocations sociale ". Mme A, qui habite depuis trois ans dans un logement temporaire et transitoire dans lequel elle n'a que peu d'autonomie et de confort, et dans lequel elle manque de sécurité, n'a pas reçu d'offre de logement à l'introduction de sa requête. La préfète du Rhône indique ne pas avoir pu faire de proposition de logement en raison comportement de la requérante, qui est à ce jour inconnue du Service Intégré d'Accueil et d'Orientation, n'ayant effectué aucune demande d'enregistrement auprès de la Maison de la Veille Sociale.

4. Toutefois, Mme A a été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T1-T2, et non pas comme devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce qui correspondant par ailleurs à son logement actuel. De plus, la seule circonstance de ne pas avoir entrepris les démarches auprès du Service Intégré d'Accueil et d'Orientation n'est pas de nature à lui faire perdre le bénéfice de son droit au logement opposable.

Sur l'injonction :

5. Aux termes de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation : " () le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".

6. Par une décision du 17 octobre 2023, la commission de médiation Droit au logement opposable du département du Rhône a reconnu Mme A comme étant prioritaire et devant se voir attribuer en urgence un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T1-T2. Il est constant que Mme A n'a pas été destinataire d'une proposition de logement adaptée à sa situation en dépit de l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation. Si la préfète fait valoir que le retard pour loger l'intéressée n'est pas dû à l'inaction de ses services, mais de l'absence d'enregistrement de la requérante auprès de la Maison de la Veille Sociale, elle ne conteste pas que l'urgence à loger Mme A perdure. Par suite, la préfète du Rhône, qui ne peut être regardée comme déliée de son obligation de loger l'intéressée, n'est pas fondée à conclure au sursis à statuer dans l'attente de l'enregistrement de la requérante auprès de ses services. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône d'attribuer à Mme A avant le 1er décembre 2024, un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités de type T1-T2, conformément à ce qui a été décidé par la commission de médiation.

Sur l'astreinte :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte à compter du 1er décembre 2024, dont le montant doit être fixé à la somme de 300 euros par mois complet de retard. Il incombera à la préfète du Rhône, tant que l'injonction ne sera pas exécutée, de verser spontanément l'astreinte au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement dès qu'elle sera due pour une période de six mois. Lorsqu'elle estimera avoir exécuté l'injonction, il lui appartiendra de demander au juge de constater cette exécution et de procéder en conséquence à une liquidation définitive de l'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône d'attribuer à Mme C A un logement répondant à ses besoins et ses capacités, avant le 1er décembre 2024.

Article 2 : Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte à compter du 1er décembre 2024, dont le montant doit être fixé à la somme de 300 euros par mois complet de retard. Il incombera à la préfète du Rhône, tant que l'injonction ne sera pas exécutée, de verser spontanément l'astreinte au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement dès qu'elle sera due pour une période de six mois. Lorsqu'elle estimera avoir exécuté l'injonction, il lui appartiendra de demander au juge de constater cette exécution et de procéder en conséquence à une liquidation définitive de l'astreinte.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la préfète du Rhône et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

D. JourdanLe greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,