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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406484

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406484

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406484
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024, Mme B D, représentée par Me Largeron (SAS Naka Lex), demande au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, confiée à un chirurgien orthopédique, relative aux conditions de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne à compter de l'intervention du 27 novembre 2018 ;

2°) de rendre l'ordonnance commune aux organismes sociaux appelés en la cause ;

3°) de fixer la consignation des frais et honoraires de l'expert ;

4°) de réserver les dépens.

Elle fait valoir que :

- en raison d'une arthrose fémoro-tibial interne du genou gauche, elle a subi, le 27 novembre 2018 une prothèse totale ; un retour au bloc pour une seconde intervention a été nécessaire le jour-même ; le compte-rendu opératoire indique que la chirurgie a été marquée par un problème d'ancillaire restée en place au niveau du genou, imposant une contre-incision externe, avec un repositionnement du carter fémoral ;

- le 29 novembre 2018, une reprise pour repositionnement de l'implant fémoral a été réalisée ;

- suite à son hospitalisation jusqu'au 10 décembre 2018, elle a été admise au Clos Champirol jusqu'au 19 janvier 2019 ; le 29 janvier 2019, une nouvelle hospitalisation a été nécessaire compte tenu d'une raideur articulaire ;

- une cinquième intervention a été réalisée le 16 mai 2019 en raison d'une luxation de la prothèse ; elle est restée hospitalisée jusqu'au 24 mai 2019 ; une autre intervention, pour les mêmes raisons, a été réalisée le 6 juin 2019 ;

- l'expertise sollicitée doit permettre de se prononcer sur les conditions de sa prise en charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représentée par Me Fitoussi (Selarl de la Grange et Fitoussi avocats) demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ses protestations et réserves sur la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de confier la mission d'expertise à un chirurgien orthopédique et de compléter sa mission selon les termes de son mémoire ;

3°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 23 juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée et demande qu'il lui soit donné acte de ce qu'elle chiffrera ses débours ensuite du dépôt du rapport d'expertise.

Par des mémoires, enregistrés les 24 juillet 2024 et 6 septembre 2024, le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, représenté par Me Deygas (Selarl Carnot Avocats), informe le juge des référés qu'il ne s'oppose pas à la mesure sollicitée, sous protestations et réserves habituelles et demande :

1°) de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire ;

2°) de rejeter la demande présentée par la société Mutuelle Aésio.

Il fait valoir qu'aucune faute ni aucune responsabilité ne sont établies à son encontre, de sorte que la société Mutuelle Aésio n'est pas fondée à solliciter sa condamnation au versement d'une somme de 2 109,76 euros.

Par un mémoire, enregistré le 29 juillet 2024, la société Aésio Mutuelle demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne au versement de la somme de 2 109,76 euros, correspondant au montant de la créance qu'elle détient en application de l'article L. 224-9 du code de la mutualité.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. En premier lieu, la demande d'expertise présentée par Mme D, relative aux conditions de sa prise en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne à compter de l'intervention du 27 novembre 2018, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. En deuxième lieu, la société Mutuelle Aésio demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne à lui verser la somme de 2 109,76 euros, correspondant au montant de la créance qu'elle détient en application de l'article L. 224-9 du code de la mutualité. Toutefois, alors que l'expertise sollicitée ne constitue qu'une simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjugeant aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties, de telles conclusions relèvent exclusivement de la compétence du juge du fond, et sont manifestement irrecevables dans le cadre de la présente instance. Elles doivent, par suite, être rejetées.

5. En troisième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions présentées en ce sens par les parties doivent, par suite, être rejetées.

6. En dernier lieu, d'une part, la procédure de la consignation au greffe des frais et honoraires de l'expert n'est pas applicable devant le juge administratif. D'autre part, il appartient à la seule présidente de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l'éventuelle allocation provisionnelle ou, après l'accomplissement de l'expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Il suit de là que les conclusions de la requête relatives à l'avance des frais d'expertise et aux dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur C A, domicilié au Centre hospitalier de Roanne - 28 rue de Charlieu à Roanne (42328), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle à compter de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme D, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme D et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme D et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme D au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme D et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués à compter de l'intervention du 27 novembre 2018 ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de Mme D a été causé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, Mme D a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales ;

6°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme D ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme D une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme D, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme D, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme D est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme D devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme D, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme D ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le 27 novembre 2018 et ses suites ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme B D, du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, de l'ONIAM, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire et de la société Mutuelle Aésio.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne, à l'ONIAM, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire, à la société Mutuelle Aésio et à l'expert.

Fait à Lyon, le 31 octobre 2024.

Le juge des référés,

D. JOURDAN

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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