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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408450

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408450

vendredi 21 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408450
TypeDécision
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. E, représenté par Me Guillaume, demande au tribunal :

1°) d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder à l'effacement du signalement le concernant dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, territorialement compétente, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente de cette délivrance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros TTC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant absence de départ volontaire :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle le privant de départ volontaire ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée est disproportionnée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2025, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2025.

Vu les décisions attaquées les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouyet

- et les observations de Me Guillaume représentant M. C,

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 2 janvier 1993, de nationalité tunisienne, a été interpellé le 5 août 2024 alors qu'il se trouvait à Prévessin-Moëns, et a été placé en retenue administrative. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Ain a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 6 février 2025, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. D B, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait d'une délégation en vertu d'un arrêté de la préfète de l'Ain du 16 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté, en particulier de ceux qui mentionnent la situation personnelle et familiale de l'intéressé sur le territoire français, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de cette situation.

5. En deuxième lieu, en retenant qu'" il ressort des déclarations de l'intéressé qu'il serait entré irrégulièrement en France en 2024 et s'y est maintenu dépourvu de documents d'identité " alors que l'intéressé produit dans le cadre de la présente instance une copie de son passeport, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait, mais s'est bornée à faire état des déclarations de l'intéressé lors de son audition par les services de police le 5 août 2024, selon lesquelles il avait renvoyé son passeport en Tunisie. De même, alors que dans le cadre de cette audition, l'intéressé a déclaré être entré en France en 2024 et y vivre sans domicile fixe, la seule production d'un bulletin de paie daté du mois de décembre 2023 ne permet pas d'établir qu'il justifierait d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis 2022 ni qu'il disposait d'une adresse stable à la date de la décision attaquée. A cet égard, le requérant se borne à soutenir qu'il serait hébergé par son frère, titulaire d'une carte de résident, mais ne l'établit pas. Par suite, la décision en litige n'est pas entachée d'erreurs de fait.

6. En dernier lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Ainsi qu'il a été exposé au point 5, si M. C soutient qu'il réside sur le territoire français depuis deux ans, les pièces du dossier ne permettent pas de confirmer cette simple allégation. Le requérant se borne en outre à faire valoir qu'il aurait implanté le centre de ses attaches privées et serait inséré en France sans apporter de précision sur ce point, notamment s'agissant d'une expérience professionnelle, de la présence d'une partie de sa famille ou encore de sa maîtrise de la langue française. Il ressort du procès-verbal d'audition du 5 août 2024 que M. C s'est déclaré sans domicile fixe ou connu en France, célibataire et sans enfant à charge, qu'il a indiqué ne pas être employé de manière stable et que sa famille se trouvait en Tunisie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 29 ans. Par suite, c'est sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C, tel que garanti par les stipulations précitées, que la préfète de l'Ain a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant absence de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

11. Il ressort des déclarations de M. C lors de son audition du 5 août 2024 qu'il est entré irrégulièrement en France et n'y pas sollicité la délivrance de titre de séjour. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 4, s'il soutient avoir une adresse stable en France, il ne l'établit pas et a indiqué aux services de police être sans domicile fixe, expliquant également avoir envoyé son passeport en Tunisie. Dans ces conditions, l'existence d'un risque de fuite est suffisamment caractérisée et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de deux ans :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

15. D'une part, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du même code, en l'absence de délai de départ volontaire accordé à l'intéressé. D'autre part, le requérant est, quelle que soit la date retenue, arrivé récemment en France, où il ne justifie d'aucune attache particulière. Dans ces conditions, même en l'absence de précédente mesure d'éloignement ou de menace à l'ordre public, en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur d'appréciation et n'a pas fixé une durée disproportionnée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreintes sont rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. C d'une somme au titre de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 28 février 2025 laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 mars 2025.

La rapporteure,

C. PouyetLa présidente

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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