mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2408488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GUERAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 août 2024 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, M. A D, représenté par Me Guerault, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et a prononcé une interdiction de territoire de six mois ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir jusqu'au réexamen de son droit au séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de saisir les services ayant procédé à son signalement de non-admission en vue de la mise à jour du fichier en tenant compte de cette annulation dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 300 euros hors taxes outre intérêts au taux légal sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'absence d'examen complet de sa situation ;
en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour :
- le risque de fuite n'est pas établi, il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne l'interdiction de retour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 octobre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Clément,
- et les observations de Me Guerault pour le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant géorgien né le 13 février 1982, demande l'annulation des décisions du 24 août 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et a prononcé une interdiction de territoire de six mois.
M. A D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 4 octobre 2024 il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. B C, sous-préfet de l'arrondissement de Belley et investi à cet effet d'une délégation de signature de la préfète de l'Ain du 27 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit ainsi être écarté.
3. En second lieu, la mesure d'éloignement indique les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elle est ainsi suffisamment motivée. En outre, il ressort de cette motivation et des éléments produits par la préfète de l'Ain dans l'instance qu'elle a procédé à un examen de la situation personnelle de M. D portée à sa connaissance préalablement à l'édiction des décisions litigieuses.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
5. M. D entré en France en mars 2023 selon ses dires, célibataire et sans enfants, fait valoir qu'il est accueilli par la communauté Emmaüs de Servas. Toutefois, compte tenu du caractère récent de son arrivée en France, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait les stipulations les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".
7. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. D la préfète de l'Ain, au visa des dispositions précitées, a relevé que celui-ci ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis cette entrée. M. D ne remet pas en cause la matérialité des constats opérés par l'autorité compétente et sur lesquels elle a pu, sans inexacte application des dispositions précitées, se fonder pour édicter le refus de délai de départ volontaire en litige.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Pour interdire à M. D le retour sur le territoire national pour une durée de six mois, la préfète de l'Ain a relevé que ses liens privés et familiaux en France ne revêtaient pas de caractère ancien et durable et ne justifiait pas de circonstances humanitaires feraient obstacles à une interdiction de séjour. La seule intégration à la communauté Emmaüs invoquée n'est pas de nature à établir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les dispositions de l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Duca, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le président,
M. Clément
L'assesseure la plus ancienne,
A. Duca
La greffière,
A. Calmès
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026