Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 janvier, 8 avril et 21 octobre 2025, M. C... A... B..., représenté par Me Jean-Philippe Petit, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 décembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler jusqu’au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros hors taxe au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’un vice de procédure, en l’absence de production de l’avis émis par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) ;
- elle méconnaît l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est entachée d’erreur de fait, d’un défaut d’examen particulier de sa situation et méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur de fait et a été édictée en méconnaissance de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lahmar, conseillère, a seul été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M.
A... B..., ressortissant angolais, déclare être entré sur le territoire français le 11 août 2012 et a bénéficié, du 20 juin au 19 décembre 2023, d’un titre de séjour en qualité d’étranger malade, dont il a sollicité le renouvellement auprès des services de la préfecture du Rhône le 13 décembre 2023. Le 14 mars 2024, il a complété sa demande en sollicitant également la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. M. A... B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 16 décembre 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; (…) ». Selon l’article L. 435-1 du même code : « (…) Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) »
M. A... B... reconnaît lui-même dans ses écritures qu’il ne dispose pas de preuves de présence sur le territoire français pour les années 2014, 2015 et 2016. Dès lors, il ne démontre pas qu’il résidait habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée et il n’est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige serait entaché d’un vice de procédure en l’absence de consultation de la commission du titre de séjour au titre du 4° de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (…) »
D’une part, l’avis du 22 mai 2024 par lequel le collège de médecins de l’OFII a examiné la situation de M. A... B... ayant été produit à l’instance, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d’un vice de procédure en l’absence de production de cet avis doit être écarté.
D’autre part, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A... B... en raison de son état de santé, la préfète du Rhône s’est fondée sur l’avis émis par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) le 22 mai 2024, lequel a estimé que si l’état de santé du requérant nécessitait une prise en charge dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine, vers lequel il était en mesure de voyager. A cet égard, M. A... B... se prévaut des trois certificats médicaux établis par son médecin généraliste les 16 mars et 10 novembre 2022 et 21 janvier 2025, indiquant que la disponibilité et la régularité d’approvisionnement du traitement du requérant ne sont pas assurées dans son pays d’origine, de même que la surveillance endocrinologique et cardiologique dont il a besoin. Le certificat édicté le 25 octobre 2022 par le médecin endocrinologue assurant le suivi du requérant, s’il fait état des soins nécessités par sa pathologie, n’expose toutefois pas que M. A... B... ne pourrait bénéficier d’un tel suivi dans son pays d’origine. Ces éléments, de même que la circonstance que le requérant a bénéficié d’un titre de séjour en raison de son état de santé du 20 juin au 19 décembre 2023, sont insuffisants à contredire l’avis émis par le collège de médecins de l’OFII et ne permettent pas, à eux seuls, de démontrer que M. A... B... ne pourrait effectivement bénéficier du traitement approprié à sa pathologie en Angola. Il s’ensuit que c’est sans méconnaître les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
En troisième lieu, en application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». Aux termes de l’article L. 435-4 du même code : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an. (…) »
Ainsi qu’exposé précédemment, si M. A... B... affirme résider de manière continue sur le territoire français depuis 2012, les pièces produites à l’instance ne permettent pas de le démontrer. De la même manière, ainsi qu’indiqué au point 6, M. A... B... n’établit pas qu’il ne pourrait bénéficier effectivement d’un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d’origine. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le requérant a conclu, le 21 septembre 2023, un contrat de travail à durée indéterminée pour un poste d’étancheur qui, contrairement à ce qui est soutenu, ne figurait pas sur la liste des métiers en tension à la date d’édiction de l’arrêté attaqué, en application de l’arrêté du 1er avril 2021 susvisé. Il en ressort également que l’entreprise qui l’employait au bénéfice de ce contrat a dû y mettre un terme suite à l’édiction de l’arrêté attaqué. Au regard de l’insertion professionnelle du requérant, qui demeurait récente à la date d’adoption du refus de titre de séjour en litige, c’est sans commettre d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la préfète du Rhône a refusé d’admettre exceptionnellement au séjour M. A... B.... Il ressort, en outre, de la motivation de l’arrêté en litige que la préfète du Rhône a procédé à un examen complet et sérieux de la situation du requérant au regard de ces dispositions. Enfin, eu égard à ce qui vient d’être dit, la circonstance que la préfète du Rhône a indiqué de manière erronée que le requérant avait produit à l’appui de sa demande de titre de séjour ses bulletins de paie pour les mois de septembre 2023 à décembre 2023 uniquement, alors qu’il avait également transmis ses bulletins de paie pour les mois de janvier à novembre 2024, est sans influence sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d’asile de M. A... B..., de même que sa demande de réexamen, ont été définitivement rejetées, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile le 17 décembre 2018. Il en ressort également que M. A... B... a fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement, prononcées à son encontre les 12 juin 2014 et 7 août 2019, qu’il n’a pas exécutées. L’insertion professionnelle dont il fait état est insuffisante à considérer qu’il a déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu’il est célibataire et sans charge de famille et qu’il dispose nécessairement d’attaches en Angola, où il a vécu la majorité de son existence. Dans ces conditions, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. A... B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l’audience du 10 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Viotti, première conseillère,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.
La rapporteure,
L. LahmarLe président,
H. Drouet
La greffière,
A. Villain
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,