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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2501961

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2501961

lundi 30 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2501961
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantREBAUD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en référé, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme A E concernant sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon à partir du 20 avril 2015, suite à une chirurgie du genou et des complications ultérieures. La mesure a été jugée utile sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, les parties ne s'y opposant pas. L'expert, un chirurgien orthopédiste, devra notamment décrire les soins, évaluer leur conformité aux règles de l'art, et déterminer l'origine de l'état actuel de la patiente. Les conclusions des parties relatives aux frais et dépens ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2025, Mme A E, représentée par Me David (Cabinet Habert et David), demande au juge des référés d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relative aux conditions de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon à compter du 20 avril 2015.

Elle soutient que :

- elle a subi le 20 avril 2015 une chirurgie du ligament croisé antérieur du genou droit, associée à une suture du ménisque interne ;

- les suites opératoires ont été marquées par des douleurs au niveau du bord latéral du genou droit ; des teste isocinétiques réalisés en septembre 2015 ont mis en évidence un déficit musculaire partiel au niveau de la cuisse ; une échographie réalisée en parallèle a objectivé un épanchement au regard du tendon rotulien lors de la flexion ;

- elle a fait l'objet d'une reprise chirurgicale consistant en une ménisectomie partielle interne avec ablation des fils de suture ;

- en novembre 2016, elle a subi une arthrolyse du genou droit par voie antéro-interne et antéro-externe, avec résection LCA et libération du tendon rotulien ;

- elle se plaint de douleurs antéro-latérales du genou droit et d'épisodes de claquement en regard de l'interligne fémoro-tibial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, les Hospices civils de Lyon et la société Relyens Mutual Insurance, représentés par Me Rebaud (Selarl Rebaud avocat) ne s'opposent pas à la demande d'expertise sollicitée, aux frais avancés de la requérante, et demandent au juge des référés :

1°) de confier la mission d'expertise à un expert spécialisé en chirurgie orthopédique et de compléter sa mission selon les termes de leur mémoire ;

2°) de réserver les dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2025, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Saumon (Selarlu Olivier Saumon avocat), demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ses protestations et réserves sur le bien-fondé de sa mise en cause ;

2°) de compléter la mission de l'expert selon les termes de son mémoire ;

3°) de réserver les dépens.

La requête a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. La demande d'expertise présentée par Mme E, relative aux conditions de sa prise en charge au sein des Hospices civils de Lyon, à compter du 20 avril 2015, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit dans les conditions précisées à l'article 1er de la présente ordonnance.

4. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de déclarations, de réserves ou d'intentions. Les conclusions présentées en ce sens par l'ONIAM doivent, par suite, être rejetées.

5. Enfin, il appartient à la seule présidente de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge de l'éventuelle allocation provisionnelle ou, après l'accomplissement de l'expertise, des frais et honoraires de celle-ci. Il suit de là que les conclusions des parties relatives à l'avance des frais d'expertise et aux dépens doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur B D, exerçant au centre hospitalier d'Avignon - Service orthopédie - 305 rue Raoul Follereau à Avignon (84902), est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge aux Hospices civils de Lyon ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme E, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de Mme E et les soins et prescriptions antérieurs à son admission aux Hospices civils de Lyon à compter du 20 avril 2015, ainsi que les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ;

3°) préciser l'état actuel de Mme E et se prononcer sur l'origine de cet état ; en cas de pluralité de causes, indiquer les conséquences de chacune et, le cas échéant, proposer au tribunal, un partage en termes de pourcentages ;

4°) donner son avis sur la prise en charge de Mme E aux Hospices civils de Lyon, dire si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et données acquises de la science à l'époque des faits, et s'ils étaient pertinents, adaptés à l'état de Mme E et aux symptômes qu'elle présentait, et exécutés conformément aux règles de l'art ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du centre hospitalier et l'utilité des gestes opératoires pratiqués ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge de Mme E ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance du dommage ou ont fait perdre à Mme E une chance d'éviter la survenue du dommage et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il y a eu manquement à l'obligation d'information à l'égard de la requérante ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme E, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux Hospices civils de Lyon, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

8°) déterminer la date de consolidation de l'état physique de Mme E, l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice esthétique permanent ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; dire si l'état de Mme E est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

9°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme E devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé et préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;

10°) préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme E, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ;

11°) préciser la nature et évaluer l'importance de tout autre préjudice patrimonial ou extrapatrimonial dont la requérante ferait état ; donner toute précision utile permettant au tribunal d'apprécier une éventuelle incidence professionnelle du dommage et dire notamment si elle est dans l'impossibilité de se livrer à des activités spécifiques de sports, loisirs ;

12°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

13°) distinguer dans les soins supportés par la caisse primaire d'assurance maladie ceux qui auraient incombé en tout état de cause à celle-ci en raison de l'état antérieur de Mme E ou à toute autre cause, de ceux imputables à l'intervention pratiquée le 20 avril 2015 ;

14°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

15°) tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme E, des Hospices civils de Lyon, de la société Relyens Mutual Insurance, de l'ONIAM et de la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer dans les conditions prévues à l'article R. 621-7-3 du même code.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E, aux Hospices civils de Lyon, à la société Relyens Mutual Insurance, à l'ONIAM, à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône et à l'expert.

Fait à Lyon, le 30 juin 2025

La juge des référés,

D. C

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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