Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mars et 12 novembre 2025, M. A... D... C..., représenté en dernier lieu par Me Surjous, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 28 février 2025 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions en litige méconnaissent les dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistrés le 19 août 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement du 5 juillet 2007 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mariller ;
- les observations de M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant gabonais né le 15 janvier 1992, est entré en France le 12 novembre 2022 sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa de long séjour portant la mention « étudiant » et a bénéficié de titres de séjour portant la mention « étudiant » régulièrement renouvelés jusqu’au 16 février 2025. Il a sollicité, le 20 janvier 2025, la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour d’une durée de neuf mois sur le fondement de l’article 2.2 de l’accord franco-gabonais. Par une décision du 28 février 2025, dont il est demandé l’annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer cette autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ». Selon l’article L. 122-1 du même code : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales (…) ».
La décision de refus de délivrance du titre de séjour ayant été prise sur une demande de M. C..., elle n’avait pas à être soumise à une procédure contradictoire préalable. Par ailleurs, il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédures administratives et contentieuses auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l’autorité administrative signifie à l’étranger l’obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, ainsi que les décisions par lesquelles l’administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et lui interdit le retour sur le territoire national. Dès lors, les dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l’article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d’une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent davantage être utilement invoquées par le requérant à l’encontre des autres décisions contestées.
En second lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 110-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ». Aux termes du point 2.2 de l’article 2 de l’accord franco-gabonais susvisé : « Une autorisation provisoire de séjour d’une durée de validité de neuf (9) mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d’enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle. Pendant la durée de cette autorisation, son titulaire est autorisé à chercher et, le cas échéant, à exercer un emploi en relation avec sa formation et assorti d’une rémunération au moins égale à une fois et demie la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France (...) ». Aux termes de l’article 12 de la même convention : « Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l’application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l’entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ».
Il résulte de la combinaison des stipulations précitées ainsi que des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’éducation, que les ressortissants gabonais ne peuvent bénéficier d’une autorisation provisoire de séjour qu’à la condition d’être titulaire d’un diplôme de licence professionnelle ou un diplôme au moins équivalent au master, délivré dans un établissement d’enseignement supérieur habilité au plan national, l’Etat ayant le monopole de la collation des grades et titres universitaires sanctionné par l’habilitation des établissements qui les délivrent.
D’autre part, aux termes de l’article D. 422-13 du même code : « La liste mentionnée aux articles L. 422-10 et L. 422-14 comprend : 1° Les diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ; 2° Le diplôme de licence professionnelle ». Aux termes de l’article D. 612-33 du code de l’éducation : « Les diplômes sanctionnant une formation du deuxième cycle de l’enseignement supérieur conduisent à l’attribution du grade master dans les conditions prévues par les articles D. 612-34 à D. 612-36-4 ». L’article D. 612-34 du même code fixe la liste des diplômes dont les titulaires ont, de plein droit, le grade de master. Enfin, l’arrêté du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du 19 juillet 2023 fixe la liste des établissements d’enseignement supérieur techniques privés et consulaires autorisés à délivrer un diplôme visé par la ministre chargée de l’enseignement supérieur et pouvant conférer le grade de master à leurs titulaires. Enfin, aux termes de l’article D. 6113-19 du code du travail : « I.- Le cadre national des certifications professionnelles comprend huit niveaux de qualification. Il précise la gradation des compétences associées à chacun de ces niveaux (…) III.- (…) 6° Le niveau 7 atteste la capacité à élaborer et mettre en œuvre des stratégies alternatives pour le développement de l’activité professionnelle dans des contextes professionnels complexes (...). Les diplômes conférant le grade de master sont classés à ce niveau du cadre national (…) ».
Pour refuser de délivrer l’autorisation provisoire de séjour sollicitée par M. C..., la préfète du Rhône a estimé que le requérant ne satisfaisait pas à la condition de diplôme prévue par ces dispositions dès lors que le diplôme de « Master of Business Administration » (MBA) délivré par l’Ecole de commerce de Lyon (ECL) dont le requérant est titulaire n’est pas un diplôme de master délivré par le ministre français de l’enseignement supérieur, dont il ne comporte pas la signature, ni un diplôme d’enseignement supérieur technique privé et consulaire, ni un titre inscrit au niveau 7 au répertoire national des certifications professionnelles, ni un diplôme de licence professionnelle délivré par les universités, ni un diplôme de niveau 7 labellisé par la conférence des grandes écoles. Le requérant ne conteste pas que les diplômes qu’il a obtenus ne remplissent pas les exigences posées par les stipulations de l’accord franco gabonais et par les dispositions citées au point 6. Pour contester la décision, il se borne à faire valoir, d’une part, qu’il était inscrit en 2ème année de MBA au sein de l’ECL, qu’il présentait une inscription parallèle dans un diplôme de niveau Bac+5 au sein de cette même école, et qu’ainsi les décisions contestées portent atteinte à son droit de poursuivre régulièrement une formation et, d’autre part, qu’en procédant au renouvellement de son titre de séjour pour sa deuxième année à l’ECL, sans lui opposer l’absence de reconnaissance du diplôme par l’Etat, la préfecture l’a conforté dans son choix de cursus. Ces moyens et les pièces qu’il produit, en particulier l’attestation d’inscription définitive et un contrat d’études, au demeurant postérieurs aux décisions attaquées, ainsi qu’une lettre d’embauche en qualité de téléconseiller, ne sont pas de nature à établir que le motif retenu par la préfète est erroné au regard des exigences conventionnelles et légales ou qu’elle aurait commis une erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, la requête ne peut qu’être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d’annulation, n’appelle aucune mesure d’exécution. Il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il en soit fait application à l’encontre de l’Etat, qui n’est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... C... et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Mariller, présidente du tribunal,
M. B..., 1er vice-président,
Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.
La présidente rapporteure,
C. Mariller
Le 1er vice-président,
J. B...
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,