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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2504950

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2504950

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2504950
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale
Avocat requérantDESFARGES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A... contestant un titre exécutoire émis par le département de la Loire pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 16 865,65 euros. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'absence de signature, le bordereau produit étant régulièrement signé électroniquement. Il a également jugé que le titre exécutoire était suffisamment motivé, car il mentionnait les bases de liquidation, et que la créance était justifiée par le départ de l'intéressé à l'étranger. La décision s'appuie sur les articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2025, M. B... A..., représenté par Me Pierre-Henry Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis à son encontre le 25 février 2025 par le département de la Loire en vue de recouvrer un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 16 865,65 euros au titre de la période du 1er mai 2021 au 30 avril 2024 ;

3°) de le décharger de l’obligation de payer cette somme ;

4°) de mettre à la charge du département de la Loire le versement à son conseil d’une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- le titre méconnaît les dispositions de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, en l’absence de production d’une copie du bordereau de titre signé ;
- le titre est insuffisamment motivé en l’absence de mention des bases de la liquidation
;
- la créance résultant d’un indu de revenu de solidarité active n’est pas justifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2025, le département de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête mettant en cause le bien-fondé de l’indu ne sont pas recevables et, en tout état de cause, que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2025.

La présidente du tribunal a désigné, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, Mme Fullana Thevenet, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d’emploi, mentionnés à l’article R. 772-5 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Fullana Thevenet.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après l’appel de l’affaire à l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A... est allocataire du revenu de solidarité active. A la suite d’un contrôle diligenté par les services de la caisse d’allocations familiales, sa situation a fait l’objet d’une régularisation afin de tenir compte de son départ à l’étranger depuis le mois d’avril 2021. En conséquence de ce contrôle, la caisse d’allocations familiales de la Loire lui a notifié, le 3 mai 2024, un trop perçu de revenu de solidarité active d’un montant de 16 685,65 euros. M. A... a alors formé, le 16 juin 2024, un recours administratif préalable afin de contester l’indu de revenu de solidarité active, recours qui a été rejeté par une décision du département de la Loire du 28 octobre 2024. Par la requête susvisée, M. A... demande au tribunal d’annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 25 février 2025 par le président de la métropole de Lyon en vue de recouvrer un indu de revenu de solidarité active d’un montant de 16 865,65 euros au titre de la période du 1er mai 2021 au 30 avril 2024 et de le décharger de l’obligation de payer cette somme.


Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

Par une décision du 19 septembre 2025, le bureau d’aide juridictionnelle a admis M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de l’intéressé tendant à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le titre exécutoire :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ». Aux termes de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : « 4° (…) En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ».

Le département de la Loire a produit le bordereau journal n° 296 comprenant le titre exécutoire litigieux portant le n° 1475. Ce bordereau, signé électroniquement, comporte les nom, prénom et qualité de la personne l’ayant signé, soit Philippe Bonnefont, directeur de l’insertion et de l’emploi, la même que celle mentionnée dans l’ampliation communiquée au requérant, et comporte la signature électronique de son auteur. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le titre exécutoire en litige n’aurait pas été signé en méconnaissance des dispositions citées au point 3 doit être écarté.

En deuxième lieu, tout titre exécutoire doit indiquer les bases de liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis, ainsi que les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, à moins que ces bases de liquidation et éléments de calcul n’aient été préalablement portées à la connaissance du débiteur.

Il résulte de l’instruction que si le titre exécutoire litigieux se borne à mentionner l’objet et la période de l’indu ainsi que le montant à payer, il se réfère à la décision de la caisse d’allocations familiales de la Loire portant notification du trop-perçu du 3 mai 2024. M. A... a eu connaissance des bases de liquidation lors de la notification de cette décision dont il a pu utilement contester le bien-fondé dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire qu’il a adressé le 16 juin 2024. Dans ces conditions et en l’état des arguments invoqués, M. A... a eu une indication suffisante des bases de liquidation et le titre en litige est suffisamment motivé.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (…) ». Aux termes de l’article R. 262-5 du même code, dans sa rédaction applicable à la date du litige : « Pour l’application de l’article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ».

Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l’allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu’elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l’allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu’elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l’étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu’aux dates et motifs de ses séjours à l’étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

Pour remettre en cause les droits au revenu de solidarité active sur la période en litige, la caisse d’allocations familiales de la Loire a retenu que l’intéressé ne disposait d’aucune résidence stable en France, l’adresse déclarée étant celle de son père qui a indiqué que le requérant n’avait jamais résidé à son domicile, que les relevés bancaires du requérant ne montrent que des mouvements bancaires ponctuels sur le territoire français, le revenu de solidarité active étant reversé sur une partie de la période en litige sur un compte en Espagne, que l’intéressé n’a reçu aucun soin en France, ne s’est pas présenté aux dernières convocations adressées par son référent revenu de solidarité active du département de la Loire et n’a exercé aucune activité professionnelle en France depuis 2017 sans être par ailleurs inscrit auprès de France Travail. M. A... ne conteste pas la réalité de ces constatations mais se borne à faire valoir qu’il s’est déplacé en Espagne pour des motifs impérieux afin d’exercer le droit de visite de sa fille, que son père ne se souvient pas avoir déclaré au contrôleur qu’il ne résidait pas à son domicile. De tels arguments ne sont pas de nature à démontrer que M. A..., qui ne produit aucune pièce justificative à l’appui de sa requête, conserve, depuis avril 2021, une résidence stable et effective en France. En outre, si M. A... fait valoir qu’il n’était pas informé de l’obligation de déclarer ses voyages à l’étranger, il ne pouvait légitimement ignorer que son absence prolongée du territoire français faisait obstacle à la perception du revenu de solidarité active. Par suite, le bien fondé du trop-perçu de revenu de solidarité active est établi et l’autorité compétente pouvait légalement lui imposer, en conséquence, de rembourser les sommes perçues indument à ce titre.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au département de la Loire.

Copie pour information en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de la Loire.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2025.



La magistrate désignée,

M. Fullana Thevenet
La greffière,

T. Zaabouri



La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition,
Un greffier,


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