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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2505864

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2505864

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2505864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantABENA OWONO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête d'un ressortissant sénégalais visant à annuler le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que l'administration avait procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant et que les conditions exceptionnelles de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies. La demande d'aide juridictionnelle provisoire était devenue sans objet suite à une admission antérieure à l'aide juridictionnelle totale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Abena, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de lui accorder l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler les décisions du 10 octobre 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
– les décisions attaquées sont entachées d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
– il justifie d’une activité figurant dans la liste des métiers caractérisés par des difficultés de recrutement ;
– la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et sont entachées d’erreur manifeste d’appréciation ;
– le préfet a méconnu les stipulations des articles 8 et 8 A du Traité de Rome tels que modifiés par le Traité de Maastricht, les articles 2 et 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres et l’article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2026, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est tardive et, en tout état de cause, qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 27 mars 2025.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
– la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
– l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
– le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant sénégalais né le 1er avril 1968 est entré en France le 28 septembre 2022, sous couvert d’un visa valable 90 jours. Le 5 août 2024, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « travailleur temporaire » ou « salarié » en application des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des décisions du 10 octobre 2024 dont il demande l’annulation, le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Par décision du 27 mars 2025, le bureau d’aide juridictionnelle a admis M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l’admission du requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n’y a plus lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d’aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Loire n’aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle et familiale du requérant au regard des dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen complet et sérieux de la situation de M. A... doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... justifie d’une activité professionnelle à temps plein au sein de la société SARL Innovel située à Coise (69590) d’abord en contrat à durée déterminée du 27 octobre 2022 au 28 avril 2023, puis en contrat à durée indéterminée depuis le 1er mai 2023. Par ailleurs, il fait valoir que son emploi figure sur la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement, annexée à l’arrêté du 1er avril 2021 visé ci-dessus. Toutefois ces éléments ne sauraient justifier une admission au séjour en application des dispositions de l’article L. 435-4 cité ci-dessus, la condition d’une résidence ininterrompue d’au moins trois années en France n’étant pas remplie à la date de la demande du titre de séjour dès lors que M. A... n’est entré sur le territoire français que le 28 septembre 2022. Par ailleurs, la propriété d’un bien immobilier ne saurait constituer un motif exceptionnel lui accordant un droit au séjour. Dans ces conditions, en refusant de régulariser la situation de M. A..., le préfet n’a commis aucune erreur manifeste dans son appréciation de la situation de l’intéressé au regard des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A... fait valoir qu’il dispose d’attaches privées et familiales en France et se prévaut notamment de la présence de son frère, également établi dans le département de la Loire ainsi que de la propriété d’un bien immobilier sur le territoire français. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu’il justifie d’une activité professionnelle en contrat à durée interminée depuis le 1er mai 2023 dans un métier figurant sur la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement. Toutefois, l’intéressé est entré récemment en France et ne démontre pas de la présence sur le territoire français de son épouse. Par ailleurs, s’il se prévaut de la propriété d’un bien immobilier en France, il ne produit aucun autre élément permettant d’établir une intégration sociale d’une particulière intensité sur le territoire français. Enfin, il ne conteste pas ne pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d’origine où résident notamment ses deux enfants et il ne démontre pas la présence de son épouse sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que la présence de l’intéressé en France ne constitue pas une menace à l’ordre public, les décisions en litige ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n’est pas fondé à soutenir que ces décisions seraient entachées d’une erreur manifeste d’appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 et 8 A du Traité de Rome tels que modifiés par le Traité de Maastricht, repris aux articles 20 et 21 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, des articles 2 et 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l’Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres et de l’article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ne sont, en tout état de cause, pas assortis des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé.

Il résulte de tout ce qui précède et sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l’admission de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la préfète de la Loire.


Délibéré après l'audience du 13 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,
Mme Monteiro, première conseillère,
Mme Lacroix, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2026.


La présidente - rapporteure,

P. Dèche
L’assesseure la plus ancienne,

M. Monteiro


La greffière,





J. Porsan


La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,


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