Le Tribunal administratif de Lyon, saisi par la préfète du Rhône d’une demande de mainlevée de l’astreinte prononcée le 31 mai 2024, a liquidé définitivement cette astreinte à hauteur de 10 000 euros. L’astreinte initiale de 150 euros par jour avait été fixée pour contraindre l’État à reloger M. A..., reconnu prioritaire par la commission de médiation. Le relogement effectif étant intervenu le 3 juillet 2025, l’astreinte a couru du 15 juillet 2024 au 2 juillet 2025, mais son montant a été modéré en application de l’article R. 778-8 du code de justice administrative. La somme est due au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2310746 du 31 mai 2024, le tribunal administratif de Lyon a enjoint à la préfète du Rhône d’assurer à M. B... A... un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités de type T4-T5 au plus tard le 15 juillet 2024 sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2025, la préfète du Rhône demande au tribunal de mettre fin à l’astreinte prononcée à l’encontre de l’Etat.
Elle soutient que M. B... A... a été attributaire d’un logement de type T4 pour lequel le bail a été signé le 3 juillet 2025.
Cette requête a été communiquée à M. B... A... qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- l’ordonnance n°2310746 du 31 mai 2024 du tribunal administratif de Lyon ;
- les autres pièces du dossier.
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le I de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation dispose que le demandeur de logement social qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et devant être logé d’urgence et qui n’a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire devant la juridiction administrative un recours tendant à ce qu’il soit ordonné à l’Etat d’exécuter la décision de la commission.
2. Par une décision du 13 décembre 2022, la commission de médiation du Rhône a reconnu M. B... A... comme prioritaire et devant se voir proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T4-T5. Saisi sur le fondement des dispositions précitées, le tribunal, par une ordonnance du 31 mai 2024, a prononcé à l’encontre de l’Etat une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la fin du délai d’exécution à verser au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement en cas de non-exécution de l’injonction de relogement de M. B... A....
3. L’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation prévoit que tant que l’astreinte n’est pas liquidée définitivement par le juge, elle doit être versée au fonds deux fois par an, toute astreinte versée en application du jugement la prononçant restant acquise au fonds. En vertu de l’article R. 778-8 du code de justice administrative, le président peut statuer par ordonnance sur la liquidation de l’astreinte. A cette fin, il lui appartient de prendre en compte la période d’inexécution de l’injonction par le fait de l’administration. Il peut toutefois, eu égard aux circonstances de l’espèce, modérer le montant de l’astreinte dû, ou, exceptionnellement, déclarer qu’il n’y a pas lieu de liquider l’astreinte dans les limites résultant des dispositions précitées de l’article L. 441-2-3-1.
4. Il résulte de l’instruction que M. B... A... s’est vu proposer un logement type T4 dont il n’est pas contesté qu’il correspond à ses besoins et capacités et que le bail a été signé le 3 juillet 2025. L’Etat doit être regardé comme s’étant acquitté à cette date de son obligation de relogement de M. B... A.... Il y a donc lieu de procéder à la liquidation définitive de l’astreinte prononcée par l’ordonnance du 31 mai 2024. L’exécution de cette ordonnance étant intervenue postérieurement à la date limite qu’elle fixe, l’astreinte qu’elle prononce s’élève, pour la période allant du 15 juillet 2024 au 2 juillet 2025, à la somme de 52 950 euros. Toutefois, compte tenu des circonstances de l’espèce et comme le permettent les dispositions précitées de l’article R. 778-8 du code de justice administrative, il y a lieu de modérer le montant de l’astreinte définitive à la somme de 10 000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement la somme de 10 000 euros au titre de la liquidation définitive de l’astreinte prononcée par l’ordonnance n°2310746 du 31 mai 2024, sous réserve des paiements déjà effectués.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète du Rhône, à M. B... A... et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera transmise au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Lyon, le 20 janvier 2026.
La présidente du tribunal,
C. Mariller
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,