Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 15 juillet et 7 octobre 2025 et le 2 mars 2026, Mme A... B..., représentée par Me Jourdain demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 3 mars 2025 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
– la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;
– la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’un vice de procédure faute de production de l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
– la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle et d’un défaut de motivation ;
– la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation sur sa situation personnelle ;
– la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
– la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– cette décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation et méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La préfète de la Loire a produit des pièces enregistrées le 6 octobre 2025.
Mme B... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
– le rapport de Mme Dèche, présidente-rapporteure,
– et les observations de Me Jourdain, représentant Mme B....
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante tchadienne, née le 19 mai 2001, est entrée en France en 2017 selon ses déclarations. L’intéressée s’est vu délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » renouvelé jusqu’au 2 janvier 2024, puis elle a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des décisions du 3 mars 2025, dont elle demande l’annulation, le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que Mme B... est entrée sur le territoire français en 2017 à l’âge de 16 ans, qu’elle a bénéficié d’un titre de séjour portant la mention « étudiant », renouvelé jusqu’au 2 janvier 2024, qu’atteinte d’une surdité profonde bilatérale, elle bénéficie d’un suivi médical et qu’elle est protégée par une mesure de curatelle sur le territoire français. Il ressort également des pièces du dossier qu’elle bénéficie d’une activité professionnelle adaptée, d’un hébergement dans un logement social et d’un accompagnement particulier. Dans ces conditions, et compte tenu notamment des mesures de protection mises en place au bénéfice de l’intéressée sur le territoire français ainsi que de son intégration sociale et professionnelle, en refusant de lui accorder un titre de séjour, le préfet de la Loire a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de son refus sur la situation particulière de l’intéressée.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision du 3 mars 2025 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Compte tenu du motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement, en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, que la préfète de la Loire délivre à Mme B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre à cette autorité administrative de procéder à cette mesure d’exécution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2025. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Jourdain, avocat de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Jourdain d’une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1 : Les décisions du 3 mars 2025 du préfet de la Loire refusant de délivrer à Mme B... un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à Mme B... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros à Me Jourdain sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Jourdain et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Monteiro, première conseillère,
Mme Lacroix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2026.
La présidente - rapporteure,
P. Dèche
L’assesseure la plus ancienne,
M. Monteiro
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,