Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, a ordonné une expertise médicale à la demande de Mme D..., agent des douanes victime d'un accident de service le 7 juin 2022. La mesure vise à déterminer l'étendue de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux, en lien avec cet accident reconnu imputable au service. Le tribunal a jugé la demande utile et a désigné un expert, rejetant la demande du ministre tendant à mettre les frais d'expertise à la charge de la requérante, ceux-ci étant réservés en fin de procédure.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2025, Mme C... D..., représentée par Me Galy, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative d’ordonner une expertise, aux fins de déterminer les conséquences de l’accident de service dont elle a été victime le 7 juin 2022.
Elle soutient que :
- contrôleuse à la direction générale des douanes et droits indirects, elle a chuté dans des escaliers alors qu’elle était en service le 7 juin 2022 ; cette chute a entraîné un traumatisme crânien avec perte de connaissance ;
- l’accident a été reconnu imputable au service par décision du 24 juin 2022 ;
- elle souffre encore des suites de cet accident, notamment, d’une cervicalgie progressive, d’une névralgie cervico brachiale chronique bilatérale avec troubles moteurs des membres supérieurs et de douleurs conséquentes ;
- l’expertise doit permettre notamment d’apprécier l’intégralité des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux qu’elle supporte depuis son accident de service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ne s’oppose pas à l’expertise sollicitée et demande au juge des référés de mettre les frais de l’expertise à la charge de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (…) ».
La prescription d’une mesure d’expertise en application des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande d’expertise d’apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
La demande d’expertise présentée par Mme D... aux fins de déterminer les conséquences de l’accident de service dont elle a été victime le 7 juin 2022, présente un caractère utile et entre dans le champ d’application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d’y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.
En application des dispositions de l’article R. 621-13 du code de justice administrative, les frais de l’expertise seront liquidés et taxés par ordonnance laquelle désignera la partie qui les supportera. Par suite, les conclusions du ministre relatives aux dépens ne peuvent qu’être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : Le docteur B... F..., domicilié 11 A rue du professeur A... E... à Lyon (69003), est désigné comme expert avec pour mission de :
1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant Mme D..., détenus ou produits par le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et par l’intéressée ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l’examen sur pièces du dossier médical de Mme D..., ainsi qu’à son examen clinique ;
2° - décrire l'état de santé de Mme D..., faire l’historique de son évolution, préciser les causes de cet état de santé et dire si une pathologie préexistait à l’accident survenu le 7 juin 2022 ;
3° - reprendre le dossier de Mme D... et recenser l’ensemble de celles par lesquelles le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a admis l’imputabilité au service de l’accident dont Mme D... a été victime ; donner, le cas échéant, son avis sur les causes des arrêts de travail dont Mme D... a bénéficié à compter du 7 juin 2022, ainsi que des suites de ces arrêts de travail et sur une éventuelle imputabilité au service de ceux-ci ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d’imputabilité de chacune ;
4° - proposer une date de consolidation de l'état physique de Mme D..., et évaluer l'importance et la durée du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances physiques ou mentales endurées, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d’agrément et du préjudice sexuel, ou de tout autre préjudice extrapatrimonial dont celle-ci ferait état ; évaluer le cas échéant le taux d’incapacité permanente partielle, susceptible d’être retenu ;
5° - préciser le montant des dépenses de santé et des frais divers supportés jusqu'à la date de consolidation et évaluer la nature et le montant des dépenses de santé futures, le cas échéant, indiquer quels seront les besoins d'adaptation du logement et du véhicule de Mme D... compte tenu de son handicap, dire dans quelle mesure elle aura besoin de l'assistance d'une tierce personne ; indiquer dans quelle mesure ces soins sont imputables à son accident de service du 7 juin 2022 ; en cas de pluralité de causes, déterminer la part d’imputabilité de chacune ;
6° - évaluer chacun de ces préjudices, même en l’absence de lien de causalité, y compris partiel, avec l’accident de service ; pour chacun d’entre eux, distinguer la part imputable à l’accident de service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l’intéressée ;
7° - déterminer si l’état de santé de Mme D... est compatible avec une reprise du travail, à quelle date et selon quels aménagements ;
8° - de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l’importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;
9° - tenter de parvenir à un accord entre les parties, si possible.
L’expert disposera des pouvoirs d’investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l’accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l’autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif. L'expert recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l’expert prêtera serment dans les formes prévues à l’article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L’expertise aura lieu en présence de Mme D... et du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Article 5 : L’expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d’échanges dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l’état de ses vacations, frais et débours.
Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l’article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s’opérer dans les conditions prévues à l’article R. 621-7-3 du même code.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... D..., au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à l’expert.
Fait à Lyon, le 14 janvier 2026.
La présidente du tribunal,
Juge des référés,
C. MARILLER
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier