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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2601451

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2601451

jeudi 12 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2601451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné une demande de suspension en référé d'une décision de radiation des cadres pour abandon de poste d'un contrôleur des finances publiques stagiaire. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison de la privation de rémunération, mais a rejeté la demande de suspension. Il a considéré qu'aucun des moyens soulevés, notamment concernant la régularité de la mise en demeure, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, appliquant les articles L. 521-1 du code de justice administrative et les dispositions du code général de la fonction publique relatives à l'abandon de poste.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 5 février 2026, M. C..., représenté par Me Varron Charrier, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 10 décembre 2025 le radiant des cadres pour abandon de poste ;

2°) d’enjoindre à l’État de le réintégrer rétroactivement en qualité de contrôleur des finances publiques stagiaire, dans un délai d’un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa situation, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la présomption dont il bénéficie en raison d’une privation de revenu supérieure à un mois n’est pas renversée ; la radiation des cadres emporte en tout état de cause des conséquences graves sur sa situation personnelle ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés de l’incompétence de l’auteur de l’acte, l’irrégularité de la mise en demeure dont il n’est pas établi qu’elle est revenue non réclamée et qui ne lui laissait qu’un délai insuffisant pour reprendre son poste, l’illégalité de la rétroactivité de l’acte qui prend effet au 14 novembre 2025, l’illégalité en l’absence d’affectation formelle puisqu’il n’était qu’en stage à l’école nationale des finances publiques, et de l’absence de volonté de rompre tout lien avec le service, compte du courriel transmis le 31 octobre 2025 expliquant sa situation et des éléments médicaux qui ont justifié son retard à répondre.

Par un mémoire, enregistré le 9 mars 2026, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- les conclusions à fin d’injonction sont irrecevables dès lors qu’elles reviennent à prescrire une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution en cas d’annulation pour excès de pouvoir ;
- aucun des moyens soulevés est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2601450 par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision en litige.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique tenue en présence de M. B... en qualité de greffier, présenté son rapport et entendu les observations :

- de Me Varron Charrier pour M. C... ;

- et de Mme D..., responsable de la division administrative de l’école nationale des finances publiques, représentant le ministre en charge de l’économie.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Par décision du 10 décembre 2025, M. C..., contrôleur des finances publiques stagiaire, a été radié des cadres de la direction générale des finances publiques à compter du 14 novembre 2025. Il demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision.

Sur la demande de suspension :

Aux termes l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

En ce qui concerne l’urgence :

La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.

En l’absence de circonstances particulières invoquées en défense, il y a lieu de regarder la condition d’urgence comme étant remplie dès lors que la décision de radier M. C... des cadres de la direction générale des finances publiques le prive de toute rémunération depuis le 14 novembre 2025.

En ce qui concerne le doute sérieux :

Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l’agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste dans un délai approprié qu’il appartient à l’administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d’un document écrit, notifié à l’intéressé et l’informant du risque encouru d’une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l’agent ne s’est pas présenté ni fait connaître à l’administration aucune intention avant l’expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l’absence de toute justification d’ordre matériel ou médical, présentée par l’agent, de nature à expliquer le retard qu’il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d’estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l’intéressé.

En l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que M. C... ne pouvait être regardé comme ayant abandonné son poste au motif qu’il n’avait pas repris son stage à l’école nationale des finances publiques à l’expiration du délai laissé par la mise en demeure datée du 23 octobre 2025, alors qu’il avait fait part de ses intentions par un courriel du 31 octobre 2025 et qu’il justifie d’éléments médicaux de nature à expliquer le retard qu’il a eu à manifester un lien avec le service ensuite, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Les deux conditions prévues par l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision du 10 décembre 2025.

Sur les demandes d’injonction sous astreinte :

Eu égard au motif ci-dessus retenu, il y a lieu d’enjoindre au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de réintégrer provisoirement M. C... dans ses fonctions, dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée dans les circonstances de l’espèce.

La suspension de l’exécution d’une décision administrative présente le caractère d’une mesure provisoire. Elle ne vaut que pour l’avenir et n’emporte pas les mêmes effets qu’une annulation prononcée par le juge administratif, laquelle a une portée rétroactive. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint de conférer un caractère rétroactif à la mesure de réintégration de M. C... ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais d’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens qui ont été exposés par M. C....

O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision du 10 décembre 2025, par laquelle M. C... a été radié des cadres de la direction générale des finances publiques à compter du 14 novembre 2025, est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur le recours en annulation.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique de réintégrer provisoirement M. C... dans ses fonctions, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera à M. C... la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Fait à Lyon, le 12 mars 2026.


Le juge des référés,




R. Reymond-Kellal


La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier

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