Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a ordonné à la préfète du Rhône de convoquer un ressortissant algérien majeur pour le dépôt de sa première demande de titre de séjour. Le juge a estimé que l'urgence était caractérisée, l'intéressé étant désormais en situation irrégulière après sa majorité alors qu'il relevait d'une admission de plein droit. La décision s'appuie sur l'article L. 521-3 du code de justice administrative et l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Lantheaume, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer dans un délai maximal de huit jours pour le dépôt de sa demande de certificat de résidence algérien ;
2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est régulièrement entré en France le 10 juin 2021 avec un visa visiteur, et est titulaire d’un document de circulation pour mineur étranger ; il a sollicité le 16 octobre 2025 une demande de rendez-vous pour une première demande de titre de séjour, mais aucune réponse n’a été apportée, alors qu’il est devenu majeur le 5 mars 2026 et que sa demande relève d’une catégorie d’admission de plein droit ;
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il est devenu majeur, qu’il est dépourvu de document de séjour alors qu’il séjournait régulièrement sur le territoire français ; en application de l’article 10, d) de l’accord franco-algérien, son document de circulation pour mineur étranger tenait lieu de visa ;
- la mesure est utile et ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n’a pas produit à l’instance.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant algérien né 5 mars 2008, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer dans un délai maximal de huit jours pour le dépôt de sa demande de certificat de résidence algérien.
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ».
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du retard sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
4. En l’espèce, il résulte de l’instruction que M. B... a sollicité le 16 octobre 2025 la délivrance d’un premier certificat de résidence et qu’en l’absence de réponse, l’intéressé a relancé à plusieurs reprises depuis cette date les services de la préfecture du Rhône. Il est constant que l’intéressé, entré en France le 10 juin 2021 avec un visa visiteur, y réside de manière régulière depuis cette date sous couvert d’un document de circulation pour étranger mineur, valant visa en application de l’article 10, d) de l’accord franco-algérien. Il résulte également de l’instruction que M. B... est devenu majeur le 5 mars 2026, et qu’il est désormais en situation irrégulière faute d’enregistrement de sa demande et de délivrance d’un récépissé, alors qu’il relève d’une catégorie d’étranger pouvant obtenir de plein droit un certificat de résidence. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, il y a lieu de considérer que les conditions d’urgence et d’utilité prévues par l’article L. 521‑3 du code de justice administrative sont remplies. Enfin, en l’état de l’instruction, la mesure demandée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
5. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre à la préfète du Rhône de communiquer à M. B..., dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date en vue d’un rendez-vous en préfecture, lors duquel il pourra être procédé à l’enregistrement de sa demande de titre de séjour.
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Rhône de communiquer à M. B..., dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous en préfecture en vue du dépôt de sa demande de certificat de résidence.
Article 2 : L’Etat versera la somme de 500 euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 13 mars 2026.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,