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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1206685

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1206685

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1206685
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD - FROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initialement enregistrée au secrétariat de la section du contentieux du Conseil d'Etat le 11 juin 2010 et des mémoires enregistrés le 10 septembre 2010 et 13 avril 2011, la société Française des Plastiques, représentée par Me Foussard, a demandé au Conseil d'Etat, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2010 par laquelle la Commission de régulation de l'énergie a rejeté sa demande tendant au remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité au titre de la période du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2007 ;

2°) de constater l'illégalité de l'arrêté du 25 octobre 2006 fixant les modalités de remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité ;

3°) de prononcer la décharge à hauteur de 18 036 euros de sa contribution au service public de l'électricité pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2007 ;

4°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations, et, en tout cas, l'Etat ou la Commission de régulation de l'énergie à lui verser la somme de 18 036 euros, outre les intérêts de droit à compter de la réception de la réclamation du 7 avril 2010 ;

5°) de mettre à la charge de Commission de régulation de l'énergie et, en tout cas, de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un arrêt n° 340488 du 12 avril 2012, le Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la société Française des Plastiques.

Par sa requête et ses mémoires, enregistrés au greffe du présent tribunal le 19 avril 2012, la société Française des Plastiques soutient que :

-la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît ainsi l'article 1er de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

-le délai de forclusion prévu par l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 ne lui est pas opposable dès lors que seul le délai prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales est applicable en l'espèce, la contribution au service public de l'électricité devant être assimilée à un impôt national ;

-l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, le délai de réclamation étant trop restrictif et portant notamment atteinte au droit de la protection des biens.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2010 au greffe du Conseil d'Etat et au greffe du présent tribunal les 10 octobre 2012 et 31 mai 2023, la Commission de régulation de l'énergie, représentée par son président, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par des mémoires, enregistrés au greffe du Conseil d'Etat le 30 décembre 2010 et le 3 juin 2011 et au greffe du présent tribunal le 18 octobre 2012, le ministre de l'économie et des finances conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'énergie ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le livre des procédures fiscales ;

-l'arrêté du 25 octobre 2006 fixant les modalités de remboursement partiel de la contribution aux charges de service public de l'électricité ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

-et les observations de M. A et M. B, représentant la Commission de régulation de l'énergie.

Considérant ce qui suit :

1. La société Française des Plastiques a, en application de l'article 12 bis du décret n° 2004-90 du 28 janvier 2004, relatif à la compensation des charges de service public de l'électricité, qui prévoyait un plafonnement de la contribution au service public de l'électricité pour la partie excédant les 0,5 % de la valeur ajoutée, demandé le 7 avril 2010 à la Commission de régulation de l'énergie (CRE) le remboursement partiel de la contribution qu'elle avait acquittée au titre de l'année 2007. Par une lettre du 13 avril 2010, le président de cette commission a rejeté cette demande. La société demande au tribunal d'annuler cette décision, de constater l'irrégularité de l'arrêté du 25 octobre 2006 fixant les modalités de remboursement partiel de la contribution aux charges de service public de l'électricité et de condamner la Caisse des dépôts et consignation et la CRE à lui verser la somme de 18 036 euros, outre les intérêts de droit à compter de la date à laquelle la CRE a reçu sa réclamation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, en vigueur à la date de la décision ministérielle en litige et aujourd'hui repris à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () - opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; () ". Aux termes de l'article 3 de la même loi, aujourd'hui repris à l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée rappelle les dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 fixant les modalités de remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité et indique que la demande de remboursement déposée par la société Française des Plastiques au titre de l'année 2007 est intervenue après le 31 décembre 2008, date limite de remboursement prévue par l'article 1er de l'arrêté précité. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement et qui n'avait pas à préciser pour quels motifs le délai prévu par l'article 1er de l'arrêté était applicable plutôt que celui prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, est suffisamment motivée, et le moyen tiré du défaut de motivation, qui s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par son auteur, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 : " Pour obtenir le remboursement partiel de sa contribution aux charges de service public de l'électricité mentionné à l'article 12 bis du décret du 28 janvier 2004 susvisé, la société concernée adresse une demande à la Commission de régulation de l'énergie avant le 31 décembre de l'année qui suit celle au cours de laquelle la contribution a été recouvrée. La demande de remboursement, effectuée à l'aide d'un formulaire disponible sous forme électronique auprès de la Commission de régulation de l'énergie, est signée par un responsable de la société, dûment habilité à cet effet. Cette demande est accompagnée d'un relevé d'identité bancaire ou postal et, le cas échéant, de la copie de la demande de plafonnement de la taxe professionnelle en fonction de la valeur ajoutée adressée aux services fiscaux en application de l'article 1647 B sexies du code général des impôts ou du tableau de calcul de valeur ajoutée, souscrit en application du 3° du II de l'article 38 de l'annexe III au code général des impôts. / Lorsque le document fiscal mentionné à l'alinéa précédent ne porte pas sur une année civile, le demandeur joint à ce document un tableau, établi sous sa responsabilité, indiquant, d'une part, la valeur ajoutée déclarée aux services fiscaux pour l'année civile au titre de laquelle il sollicite le plafonnement de sa contribution et, d'autre part, la valeur ajoutée constatée pour le reste de la même année civile. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 772-1 du code de justice administrative : " Les requêtes en matière d'impôts directs et de taxe sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées dont l'assiette ou le recouvrement est confié à la direction générale des impôts sont présentées, instruites et jugées dans les formes prévues par le livre des procédures fiscales. / Les requêtes relatives aux taxes dont le contentieux ressortit à la juridiction administrative et autres que celles qui sont mentionnées à l'alinéa 1 sont, sauf disposition spéciale contraire, présentées et instruites dans les formes prévues par le présent code. ".

5. En application des dispositions de l'article 5 de la loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, aujourd'hui reprises aux articles L. 121-6 et suivants du code de l'énergie, la compensation des charges imputables aux missions de service public assignées aux opérateurs électriques est assurée par une contribution due par les consommateurs finals d'électricité installés sur le territoire national. Il résulte de l'avis du Conseil d'Etat n° 388853 du 22 juillet 2015 que cette contribution constitue un impôt qui n'a le caractère ni d'un impôt direct, d'une taxe sur le chiffre d'affaires ou d'une taxe assimilée, ni d'une contribution indirecte ou d'une autre taxe dont le contentieux est confié aux juridictions judiciaires par l'article L. 199 du livre des procédures fiscales. Dès lors, le contentieux de cet impôt est compris parmi le contentieux général des actes et des opérations de puissance publique et relève, à ce titre, de la juridiction administrative. Il en résulte que les demandes tendant à la restitution de la contribution au service public de l'électricité doivent être présentées selon les règles prévues par le code de justice administrative, sans préjudice de l'application des principes généraux qui régissent le contentieux fiscal.

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la société Française des Plastiques n'est pas fondée à se prévaloir du délai prévu par l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales et à soutenir que le délai fixé par l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 est illégal en ce qu'il serait contraire à cet article du livre des procédures fiscales.

7. Enfin, la société Française des Plastiques soutient que le délai fixé par l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 2006 est trop court et restrictif et qu'il est ainsi entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le droit de propriété, le droit à la protection des biens, le caractère proportionnel de l'impôt et le principe de sécurité juridique. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à démontrer que les sociétés concernées n'auraient matériellement pas le temps de réunir l'ensemble des pièces requises pour l'obtention du remboursement avant le 31 décembre de l'année qui suit celle au cours de laquelle la contribution a été recouvrée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'atteinte disproportionnée à l'ensemble de principes et droits précités garantis notamment par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la société Française des Plastiques doivent être rejetées y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Française des Plastiques est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Française des Plastiques et à la Commission de régulation de l'énergie.

Copie sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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