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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1813403

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1813403

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1813403
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 juillet 2018 et le 9 février 2023, la société Telecom Services, représentée par la CMS Bureau Francis Lefebvre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée assortis des intérêts de retard qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, c'est à tort que le service a remis en cause la méthode de répartition de son chiffre d'affaires entre l'activité de mise à disposition de matériel de télévision et la prestation d'accès des programmes de télévision, soumises à des taux distincts de taxe sur la valeur ajoutée, dès lors que celle-ci correspond à la réalité économique de son activité ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à ce que le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée s'applique à la totalité de la prestation de service de télévision proposée aux patients d'établissements hospitaliers, dès lors que celle-ci doit être regardée comme une prestation complexe unique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2018, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique ouest) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Telecom Services ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Telecom Services, qui exerce une activité d'installation et de mise à disposition de terminaux permettant notamment la réception de services de télévision au sein d'établissements de soins, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011. Par un avis de mise en recouvrement en date du 14 décembre 2016, faisant suite à deux propositions de rectification en date des 12 décembre 2013 et 10 décembre 2014 ayant donné lieu à échanges contradictoires, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée assortis des intérêts de retard lui ont été réclamés au titre de la période couvrant les années 2010 et 2011 d'un montant total de 472 497 euros. La société Telecom Services a contesté ces rappels par une réclamation en date du 29 novembre 2017, que l'administration a rejetée par courrier en date du 30 mai 2018. Par la requête susvisée, la société Telecom Services demande la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge à concurrence d'une somme de 442 700 euros, en droits et pénalités, au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011.

Sur les conclusions à fins de décharge :

2. En vertu du I de l'article 256 du code général des impôts, les livraisons de biens et les prestations de services effectuées, à titre onéreux, par un assujetti agissant en tant que tel sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En outre, en vertu de l'article 278 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige, le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 19,60 %. Il est toutefois prévu au titre des dispositions de l'article 279 de ce code, dans ses rédactions applicables au présent litige, que la taxe sur la valeur ajoutée soit perçue au taux réduit de 5,50 % en ce qui concerne les abonnements souscrits par les usagers afin de recevoir les services de télévision, tels que définis par ces dispositions. Enfin, aux termes de l'article 268 bis du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsqu'une personne effectue concurremment des opérations se rapportant à plusieurs des catégories prévues aux articles du présent chapitre, son chiffre d'affaires est déterminé en appliquant à chacun des groupes d'opérations les règles fixées par ces articles. ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au redevable de la taxe sur la valeur ajoutée réalisant concurremment des opérations soumises au taux normal et des opérations relevant du taux réduit de justifier, soit par des factures, soit par sa comptabilité, de la part de son chiffre d'affaires provenant de chacune de ces deux catégories d'opérations. D'autre part, lorsqu'un redevable réalise des ventes passibles de la taxe sur la valeur ajoutée selon des taux différents et tient une comptabilité qui ne permet pas de distinguer entre ces différentes catégories de ventes, il est passible de la taxe au taux le plus élevé sur la totalité de ses recettes. Enfin, il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les recettes réalisées par un contribuable entrent dans le champ d'application du taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans celui du taux normal de cette taxe, eu égard aux conditions concrètes dans lesquelles sont effectuées ses opérations.

En ce qui concerne la répartition du chiffre d'affaires entre les deux catégories d'opération pratiquée par la société :

4. Lors de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société Telecom Services, le service a constaté qu'au cours de la période vérifiée et à compter du 1er octobre 2010, cette société avait modifié la méthode par laquelle elle répartissait, au sein de son chiffre d'affaires, l'opération de mise à disposition des terminaux aux établissements de santé, soumise au taux normal de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 19,60 %, et l'opération d'accès aux programmes, soumise au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 5,50 %. Selon la société, cette nouvelle méthode a consisté en la détermination, pour l'opération de mise à disposition de terminaux et au moyen d'une analyse en comptabilité analytique, d'un coût fixe s'élevant à 0,20 euros par jour et par terminal.

5. Pour justifier de sa pratique, la société Telecom Services précise que le changement de méthode auquel elle a choisi de procéder s'explique par une évolution de la réalité économique de son activité, en particulier la diminution des coûts correspondant à l'opération de mise à disposition de terminaux. Elle soutient en outre que le coût fixe de 0,20 euros associé à l'opération de mise à disposition de terminaux est justifié dès lors qu'il résulte, par une analyse en comptabilité analytique, du prix de revient de ses 32 335 terminaux, amortis sur une période de sept ans pour un coût moyen de 150 euros, auquel il convient d'ajouter 8 500 euros de frais de transport annuels ainsi que 176 500 euros de frais de siège annuels. L'application d'un taux d'utilisation moyen de 40 % aux 877 893 euros de coût annuel total ainsi obtenu permettrait d'obtenir un coût final de l'opération de mise à disposition de terminaux s'élevant à 0,19 euros par jour et terminal, que la société a fait le choix d'arrondir par excès au montant de 0,20 euros.

6. Toutefois, si la société expose le principe sur lequel elle a fondé la méthode de ventilation qu'elle a appliquée à compter du 1er octobre 2010, elle ne justifie par aucun élément de preuve ni des montants de prestations de transport et de frais de siège qu'elle a choisi d'affecter à l'opération de mise à disposition de terminaux, ni du taux d'utilisation de 40 % des équipements dont elle se prévaut, ni de l'exclusion des " charges inhérentes aux services d'accès aux programmes de télévision " qu'elle mentionne sans les chiffrer. Au demeurant, ainsi que le fait valoir le service dans les propositions de rectification des 12 décembre 2013 et 10 décembre 2014 sans être contesté, la société avait précisé au cours de la procédure contradictoire qu'elle ne disposait pas au titre de la période vérifiée d'une comptabilité analytique probante, sur laquelle elle entend toutefois fonder sa méthode de ventilation de son chiffre d'affaires.

7. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à regarder comme insuffisamment justifiée la ventilation entre taux normal et taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée mise en œuvre par la société Telecom Services au cours de la période vérifiée et à remettre en cause la méthode suivie par la société à compter du 1er octobre 2010.

En ce qui concerne la répartition du chiffre d'affaires entre les deux catégories d'opération telle que corrigée par le service :

8. Pour établir les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la société Telecom Services, le service a d'abord reconstitué à partir des journaux comptables le chiffre d'affaires de la société requérante pour son activité télévision, qui comprend les opérations de mise à disposition de terminaux et d'accès aux programmes, en relevant toutefois que n'avaient pu être fiabilisés 70 % de ce chiffre d'affaires s'élevant à 7 550 814,28 euros au titre de l'exercice 2010 et 45% du chiffre d'affaires de la société s'élevant à 12 732 514,95 euros au titre de l'exercice 2011 en raison de lacunes de comptabilité. L'administration a par la suite procédé à une nouvelle répartition du chiffre d'affaires de la société entre les opérations de mise à disposition des terminaux aux établissements de santé, soumise au taux normal de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 19,60 %, et l'opération d'accès aux programmes, soumise au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 5,50 %, selon la méthode utilisée par la société préalablement au 1er octobre 2010. Elle a ainsi affecté aux opérations de mise à disposition de terminaux et d'accès aux programmes la part des charges directes correspondant à ces activités et a également réparti, entre ces opérations et selon les mêmes proportions, les charges supportées par la société au titre de la période vérifiée au titre des salaires et charges communes. Le pourcentage de charges ainsi obtenu respectivement pour les opérations de mise à disposition de terminaux, soit 22,59% au titre de l'année 2010 et 28,18% au titre de l'année 2010, et d'accès aux programmes, soit 77,41% au titre de l'année 2010 et 71,82% au titre de l'année 2011, a été appliqué au chiffre d'affaires reconstitué. Cette méthode a été présentée par la service à la société, qui a souhaité y apporter des modifications quant à l'affectation des salaires, des redevances et à la prise en compte des invendus, que le service a partiellement acceptées.

9. La société Telecom Services soutient que la méthode suivie par le service est viciée dès lors qu'elle ne correspond plus à la réalité de son activité, que c'est à tort que l'administration s'est appuyée, dans ses calculs, sur des éléments de sa comptabilité qu'il avait par ailleurs contestée et que l'activité des hôtesses de la société ne sert qu'à la présentation des programmes de télévision. Toutefois, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 7 que la société Telecom Services était passible de la taxe au taux le plus élevé sur la totalité de ses recettes, elle ne peut utilement contester la méthode par laquelle le service a entendu procédé à une nouvelle répartition du chiffre d'affaires de la société entre les opérations de mise à disposition des terminaux aux établissements de santé, soumise au taux normal de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 19,60 %, et l'opération d'accès aux programmes, soumise au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, alors de 5,50 %, selon la méthode utilisée par la société préalablement au 1er octobre 2010.

10. En tout état de cause, en premier lieu, la société Telecom Services ne peut utilement critiquer la méthode de l'administration en se prévalant de ce que le coût de l'opération de mise à disposition de terminaux est fixe et tend à la baisse, dont elle entend justifier par des extraits de catalogue de vente au grand public de téléviseurs, dès lors que la méthode utilisée par l'administration consistait en une ventilation du chiffre d'affaires de la société à partir des charges effectivement supportées par elles, réparties entre les opérations de mise à disposition de terminaux et d'accès aux programmes. Au surplus, l'administration fait valoir sans être contredite que, au titre de l'exécution des délégations de service publics dont elle était le délégataire au titre de la période vérifiée, la société requérante a fait appel à différents fournisseurs pour l'installation des terminaux, tels que Avistel auprès duquel la société a acquis des téléviseurs pour un montant total de 3 567 235,70 euros en 2010, ainsi que la mise en place d'accessoires tels que des bras téléscopiques et des supports muraux, alors que les dépenses relatives à la refacturation d'abonnements souscrits auprès de télé-distributeurs ne représentaient qu'une proportion de 5,3% en 2010 et 5% en 2011. En deuxième lieu, le service pouvait retenir des éléments de la comptabilité de la société requérante, qu'il n'a au demeurant pas rejetée, pour opérer les redressements mis à sa charge. En troisième lieu, si la société conteste l'affectation de frais de personnel à l'activité de mise à disposition de terminaux dès lors que ces appareils sont déjà installés lorsque les patients sollicitent les hôtesses de la société au sein des établissements de santé, le service soutient sans être contesté que ces prestations ont également pour finalité de proposer des équipements supplémentaires tels que des lecteurs DVD.

11. Il résulte de ce qui précède que le service doit, en tout état de cause, être regardé comme apportant la preuve du bienfondé de la méthode par laquelle il a réparti le chiffre d'affaires de la société requérante entre les opérations de mise à disposition de terminaux et d'accès aux programmes.

En ce qui concerne le caractère d'opération complexe unique de la prestation de service de télévision proposée aux patients d'établissements hospitaliers :

12. Ainsi que l'a jugé la Cour de Justice des Communautés européennes dans ses arrêts du 20 février 1997, Commissioners of Customs et Excise c/ DFDS A/S (C-260/95) et du 28 juin 2007, Planzer Luxembourg SARL (C-73/06), " la prise en compte de la réalité économique constitue un critère fondamental pour l'application du système commun de TVA ". Ce principe implique notamment, ainsi que l'a rappelé la Cour dans son arrêt du 27 octobre 2005, Levob Verzekeringen BV (C-41/04), qu'une " opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la TVA ". Il y a lieu de considérer qu'il existe une prestation unique lorsque deux ou plusieurs éléments ou actes fournis par l'assujetti au client sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule prestation économique indissociable dont la décomposition revêtirait un caractère artificiel ou lorsqu'un ou plusieurs éléments doivent être considérés comme constituant la prestation principale alors que, à l'inverse, d'autres éléments doivent être regardés comme une ou des prestations accessoires partageant le sort fiscal de la prestation principale.

13. La société requérante soutient qu'elle n'exerce pas une activité de mise à disposition de terminaux mais une prestation unique d'accès aux services de télévision. Elle produit, au soutien de ses allégations, quatre reçus délivrés à des patients du même centre hospitalier universitaire d'Angers, alors qu'il est constant que la société intervenait dans près de 90 établissements, ainsi que quatre brochures de présentation des services proposés. Il résulte toutefois de l'instruction que ces reçus et brochures produits sont datés respectivement des mois de novembre et décembre 2013 et des années 2012 et 2013, alors que les rappels en litige lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011. Le service fait en outre valoir notamment, pour contester l'analyse de la société Telecom services quant à l'unicité de sa prestation, que la mise à disposition de téléviseurs n'est pas exclusive de l'accès aux programmes dans la mesure où les téléviseurs sont le support d'autres services. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément permettant d'apprécier, lors de la période en litige, la réalité de l'activité de la société, l'existence d'une prestation complexe unique pour cette période n'est pas établie. Par suite, la société Telecom Services n'est pas fondée à soutenir que le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée s'appliquait à la totalité de la prestation de service de télévision proposée aux patients d'établissements hospitaliers.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés à la société Telecom Services doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Telecom Services demande au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Telecom Services est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Telecom Services et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique ouest).

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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