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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1815895

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1815895

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1815895
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantANDRIVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2018, le 12 novembre 2018 et le 3 mars 2023, Mme D C, représentée par Me Andrivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2018 par laquelle la Ville de Paris a refusé de la recruter en qualité d'auxiliaire puéricultrice ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris, à titre principal, de la recruter en qualité d'auxiliaire de puériculture et de l'affecter au sein d'une crèche départementale dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- la Ville de Paris a commis une erreur de droit en s'estimant liée par l'avis du comité médical départemental ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que la Ville de Paris a repris la même décision que celle qui a été annulée par le tribunal administratif, sans avoir demandé un nouvel examen médical ni sollicité des pièces complémentaires ;

- la Ville de Paris a commis une erreur de droit en refusant de la recruter en raison de son état de santé, sans apprécier si celui-ci serait incompatible avec l'exercice de la fonction d'auxiliaire puéricultrice en crèche ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle est apte à exercer les fonctions d'auxiliaire puéricultrice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2018, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Par une décision n° 1815895/2-1 du 17 juin 2020, la présidente de la 2ème section du tribunal a ordonné une médiation et l'a confiée à M. A E.

Par une ordonnance du 4 mai 2021, le vice-président du tribunal a désigné le Dr F B en qualité d'expert dans le cadre de la mission de médiation engagée.

Par une lettre enregistrée le 17 octobre 2022, le médiateur de la Ville de Paris a informé le tribunal de ce qu'il était mis fin à la médiation en l'absence d'accord entre les deux parties.

Par une lettre enregistrée le 26 décembre 2022, Mme C a informé le tribunal de ce qu'elle entendait reprendre la procédure contentieuse initialement engagée.

Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 avril 2023.

Vu :

- le rapport d'expertise de Mme F B, déposé le 8 février 2022 au tribunal administratif de Paris ;

- l'ordonnance, en date du 28 mars 2022 par laquelle le vice-président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 2 000 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- la délibération 2007 DRH 25 des 16 et 17 juillet 2007 du Conseil de Paris, portant statut particulier applicable au corps des auxiliaires de puériculture et de soins de la commune de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Andrivet, représentant Mme C.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 31 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C s'est portée candidate au recrutement sans concours dans le corps des auxiliaires de puériculture et de soins de la commune de Paris pour l'année 2015 et sa candidature a été retenue. Toutefois, en conséquence de l'avis d'inaptitude physique émis par le médecin agréé le 24 août 2016, la Ville de Paris a décidé, le 12 septembre 2016, de ne pas la recruter. L'intéressée a contesté l'avis du médecin expert devant le comité médical, qui par un avis du 13 mars 2017, a également conclu à son inaptitude. Mme C a concomitamment contesté la décision de la Ville de Paris devant le tribunal administratif, qui l'a annulée par un jugement du 5 avril 2018 pour erreur de droit au motif que la ville de Paris s'était bornée à prendre acte de l'avis d'inaptitude du médecin agréé. Après un nouvel examen de la situation de l'intéressée, la Ville de Paris a décidé, le 2 juillet 2018, de ne pas procéder à son recrutement en qualité d'auxiliaire de puériculture en raison de son inaptitude physique à l'exercice de ces fonctions. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision contestée : " Sous réserve des dispositions de l'article 5 bis Nul ne peut avoir la qualité de fonctionnaire : () 5° S'il ne remplit les conditions d'aptitude physique exigées pour l'exercice de la fonction compte tenu des possibilités de compensation du handicap ". L'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dispose dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation ". Aux termes de l'article 10 du même décret : " Pour être nommé dans la fonction publique territoriale, tout candidat doit produire à l'autorité territoriale, à la date fixée par elle, un certificat médical délivré par un médecin généraliste agréé constatant que l'intéressé n'est atteint d'aucune maladie ou infirmité ou que les maladies ou infirmités constatées et qui doivent être énumérées, ne sont pas incompatibles avec l'exercice des fonctions postulées. / Au cas où le praticien de médecine générale a conclu à l'opportunité d'un examen complémentaire, l'intéressé est soumis à l'examen d'un médecin spécialiste agréé. / Dans tous les cas, l'autorité territoriale peut faire procéder à une contre-visite par un médecin spécialiste agréé choisi dans les conditions prévues à l'article 1er du présent décret en vue d'établir si l'état de santé de l'intéressé est bien compatible avec l'exercice des fonctions qu'il postule ". L'article 11 de ce même décret dispose : " L'autorité territoriale peut recueillir l'avis du comité médical compétent. Elle est tenue de consulter le comité lorsque le candidat conteste les conclusions du ou des médecins qui l'ont examiné ".

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne l'avis d'inaptitude physique à l'emploi d'auxiliaire de puériculture émis par le médecin agréé du service de médecine statutaire de la Ville de Paris le 24 août 2016 et sa confirmation par le comité médical lors de sa séance du 13 mars 2017. En outre, elle fait état du nouvel examen auquel la Ville de Paris a procédé en exécution du jugement du 2 juillet 2018 du tribunal administratif de Paris. Dès lors, Mme C était en mesure d'en contester utilement les motifs en dépit de l'absence de précision sur les raisons pour lesquelles son état de santé est incompatible avec l'exercice des fonctions d'auxiliaire de puériculture. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation n'est, en tout état de cause, pas fondé.

4. En deuxième lieu, si Mme C soutient que la Ville de Paris s'est crue, à tort, liée par l'avis du comité médical du 13 mars 2017, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des motifs de la décision attaquée, que la Ville de Paris, après avoir réexaminé le dossier de l'intéressée, a pris la décision litigieuse en tenant compte de l'ensemble des pièces constituant ce dossier et non du seul avis du comité médical départemental. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la Ville de Paris aurait méconnu l'étendue de sa compétence.

5. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire applicable ni d'aucun principe général du droit que le réexamen de l'aptitude physique d'un candidat à un emploi de fonctionnaire impose de procéder à une nouvelle visite médicale. Mme C, qui n'a fait valoir aucun nouvel élément, alors que l'administration n'avait aucune obligation de l'y inviter, n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions de l'article 5 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 10 du décret du 30 juillet 1987 citées au point 2 que l'appréciation des conditions d'aptitude physique particulières pour l'admission dans des corps de fonctionnaires ne peut porter que sur la capacité de chaque candidat, estimée au moment de l'admission, à exercer les fonctions auxquelles ces corps donnent accès. Si l'appréciation de l'aptitude physique à exercer ces fonctions peut prendre en compte les conséquences sur cette aptitude de l'évolution prévisible d'une affection déclarée, elle doit aussi tenir compte de l'existence de traitements permettant de guérir l'affection ou de bloquer son évolution.

7. En l'espèce, Mme C soutient que la Ville de Paris a refusé de la recruter au seul motif qu'elle souffrait de drépanocytose, sans rechercher si les manifestations concrètes de sa pathologie la rendaient inapte à l'exercice des fonctions d'auxiliaires de puériculture. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du courrier du 6 mars 2017 adressé au comité médical par le médecin statutaire de la Ville de Paris, auteur de l'avis initial d'inaptitude, que ce praticien a fondé son avis sur le fait que la requérante avait, par le passé, présenté des crises vaso-occlusives et que les efforts physiques, le stress et la pénibilité inhérents aux fonctions d'auxiliaire de puériculture étaient susceptibles de favoriser l'apparition de ces crises. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la Ville de Paris a commis une erreur de droit.

8. En sixième et dernier lieu, Mme C fait valoir qu'elle travaille auprès d'enfants depuis 2006 et qu'elle exerce les fonctions d'auxiliaire de puériculture en crèche pour le département de la Seine-Saint-Denis depuis mars 2015. Elle se prévaut de ce que le médecin du travail l'a considérée apte à exercer cet emploi et produit par ailleurs ses évaluations professionnelles, qui témoignent de sa bonne manière de servir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'expertise visé ci-dessus que Mme C n'a pas produit d'éléments de nature à justifier de l'existence d'un suivi médical régulier de son affection depuis 2012 et à identifier les manifestations de sa pathologie. Or, il ressort du rapport d'expertise que la drépanocytose double hétérozygote SC dont est atteinte Mme C n'est compatible avec une vie professionnelle et familiale active et comparable aux personnes qui n'ont pas d'hémoglobinopathie qu'à condition d'avoir un suivi médical régulier et de bénéficier de mesures préventives des complications. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 6 mars 2017 adressé au comité médical par le médecin statutaire auteur de l'avis initial d'inaptitude, que Mme C n'a pas une forme asymptomatique de la drépanocytose dès lors qu'elle a subi par le passé des crises vaso-occlusives. La requérante, qui se borne à produire plusieurs certificats non circonstanciés attestant de son aptitude à exercer les fonctions d'auxiliaire de puériculture, n'apporte aucun élément médical personnel de nature à contredire les conclusions de l'expert, médecin spécialiste en hématologie, qui a retenu qu'en raison du défaut de production d'éléments sur ce suivi , elle " ne peut affirmer que l'état de santé de Mme C est compatible avec l'exercice de la profession d'auxiliaire de puériculture ". Dès lors, en dépit de son expérience en tant que contractuelle, la Ville de Paris a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que Mme C ne remplissait pas les conditions d'aptitude physique exigées pour l'exercice de l'emploi d'auxiliaire de puériculture et refuser, pour ce motif, de la recruter.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme C, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les dépens :

10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

11. Par une ordonnance du 28 mars 2022, le vice-président du tribunal a fixé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par Mme F B à la somme totale de 2 000 euros. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre l'ensemble de ces frais d'expertise à la charge de la Ville de Paris.

Sur les frais liés à l'instance :

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise et les autres dépens rendus nécessaires par les opérations d'expertise sont intégralement mis à la charge de la Ville de Paris, pour un montant total de 2 000 euros TTC.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la Ville de Paris (Copie en sera adressée à Mme F B, experte).

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGÉNAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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