mercredi 5 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1904285 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C+ |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WAN AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2019 la société à responsabilité limitée (SARL) Cluny Développement demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- La méthode de reconstitution du chiffre d'affaires appliquée par le service est excessivement sommaire ;
- Le grammage à 7 de café retenu par le service n'est pas justifié et il convient de retenir un grammage à 9 ;
- L'abattement de 18 % de pertes appliqué à la bière n'est pas fondé et il convient d'appliquer un taux d'abattement de 20% ;
- Le montant des recettes éludé retenu est excessif et il convient de retenir 125 213 euros pour 2013, 154 606 euros pour 2014 et 204 656 euros pour 2015.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2019, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- et le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino, rapporteure,
- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Cluny Développement, qui exploite un restaurant de type brasserie " le petit Cluny " boulevard Saint-Michel dans le 5ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle ont été mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2013 au 30 septembre 2015. Elle en demande la décharge, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ". Si l'administration ne suit pas intégralement l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, et que la divergence, même très partielle, ne porte pas sur un chef de rectification divisible des autres, mais sur un élément de calcul de la méthode de reconstitution de l'ensemble du chiffre d'affaires, l'imposition qui résulte d'une telle reconstitution, appréciée exercice par exercice, ne peut être regardée comme établie conformément à l'avis de la commission au sens et pour l'application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.
3. Il est constant que la comptabilité de la société requérante était entachée de graves irrégularités résultant d'un défaut de conservation des données de gestion issues du système de caisse informatisé, en méconnaissance de l'article L. 102 du livre des procédures fiscales. Toutefois, la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires qui s'est réunie le 20 novembre 2017 a confirmé les rehaussements en litige pour l'essentiel, mais a retenu un dosage de 8 grammes par café et a pratiqué un abattement au titre des pertes et offerts de 18% pour les bières pression. Si l'administration a retenu l'abattement de 18% pour les bières pression, elle a maintenu le grammage de café à 7. Ainsi, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige ne sauraient être regardés comme ayant été établis conformément à l'avis de la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, la preuve du bien-fondé ou de l'exagération des rehaussements incombe à l'administration.
En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes retenue par l'administration :
4. En l'absence de conservation des données informatiques, l'administration a entrepris de reconstituer le chiffre d'affaires de la brasserie sur la période vérifiée d'après la " méthode des liquides ", en multipliant les recettes provenant des bières vendues en bouteilles et en pression, et des cafés par un coefficient calculé à partir du dépouillement des pièces de recettes et des documents mensuels " répartition chiffre d'affaires par article " de l'année 2013 qui avaient été présentés. Si la société requérante soutient que le choix de ces articles ne tient notamment pas compte des boissons fraiches et des vins et n'est pas représentatif de ses recettes totales, dès lors que la part des bières en bouteille ne représenterait par ailleurs qu'une part infime des recettes hors taxes sur la période vérifiée, le service a, au contraire, constaté que les ventes de ces trois articles représentaient une part très importante des ventes de la société, soit 28,12% des recettes hors taxes de l'exercice 2013, 29,31% de l'exercice 2014 et 31,87% de l'exercice 2015 et la société requérante n'apporte aucun élément suffisamment chiffré qui serait de nature à contredire ces constatations. Par conséquent, la méthode suivie par l'administration n'est ni excessivement sommaire ni radicalement viciée.
En ce qui concerne le montant des rectifications retenu par l'administration :
5. En premier lieu, l'administration, se rangeant à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, a retenu un taux d'abattement de 18% sur les bières pression au lieu du taux de 12% initialement retenu dans la proposition de rectification. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ce taux de 18% que la commission a validée, et qui est assez appréciable, tient compte des pertes inhérentes à la manipulation du produit, notamment la longueur du tuyau, la purge, le perçage et les fonds de fût, ainsi que les consommations du personnel et les offerts. La société n'apporte aucun élément suffisamment précis qui serait de nature à démontrer qu'un autre taux serait plus conforme à la réalité de son exploitation.
6. En second lieu, pour retenir un dosage de café de 7 grammes par tasse, l'administration s'est fondée sur la documentation commerciale fournie par le fabricant de la machine et le fournisseur de café, la société Cafés Richards, laquelle recommande un dosage de 7 grammes par tasse. En se bornant à produire un constat d'huissier postérieur aux opérations de contrôle attestant que le moulin à café est réglé pour distribuer 9 grammes de café par tasse, la société requérante ne remet pas sérieusement en cause le grammage ainsi retenu par l'administration, alors par ailleurs que celle-ci a appliqué aux ventes reconstituées un taux de perte de 10% sur le café et de 10% sur le chiffre d'affaires, ce qui est favorable à la société requérante.
7. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du bien-fondé du rehaussement en litige. La société Cluny Développement n'est dès lors pas fondée à demander la décharge des rappels litigieux.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Cluny Développement demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Cluny Développement est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Cluny Développement, et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France Est.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Perfettini, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Guiader, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.
La rapporteure,
M. A
La présidente,
D. PERFETTINI
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1904285/1-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026