mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1908651 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | LERAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 avril 2019, 24 septembre 2019, 29 mai et 4 novembre 2020, M. D E et Mme B E agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leur fille A E, représentés par Me Colin, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme totale de 130 906 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 décembre 2018, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de différents agissements fautifs commis à l'encontre de M. D E ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. E a été victime, lorsqu'il était affecté au service territorial du renseignement des Hauts-de-Seine, d'agissements de harcèlement moral et de discrimination à compter du mois de janvier 2013, commis par son supérieur hiérarchique direct ; ces agissements sont constitutifs d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- en tardant à réagir face à la dénonciation de ces faits, et en manifestant une mauvaise volonté à cet égard, l'Etat a également commis une faute ; en effet, d'une part, l'Etat a tardé à traiter sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son congé de longue durée, tout comme sa demande de changement d'affectation, et n'a pas appliqué les recommandations du défendeur des droits ; le traitement de sa plainte par le médiateur de la police nationale a été négligent ; en outre, sa nouvelle affectation ne correspond pas à sa demande et concerne un poste moins qualifié que celui qu'il occupait auparavant ;
- la décision du 2 janvier 2018 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son congé de longue durée ainsi que l'arrêté du 15 janvier 2018 le maintenant en congé de longue durée à demi traitement sont illégaux, dès lors qu'ils ont été pris par une autorité incompétente, qu'ils sont insuffisamment motivés, qu'ils ont été pris au terme d'une procédure irrégulière, qu'ils sont entachés d'erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ; cette illégalité, reconnue par le jugement du tribunal du 3 avril 2020 qui a annulé ces décisions, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le titre exécutoire émis le 24 décembre 2015 portant sur un indu de rémunération d'un montant de 2 436,07 euros est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ; l'illégalité de cette décision constitue également une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- l'Etat a failli à son obligation de protéger sa sécurité et sa santé prévue par les dispositions de l'article 2-1 du décret n°82-453 du 28 mai 1982, faute d'avoir mis en œuvre les préconisations du médecin de prévention, faute pour ce refus d'avoir été pris dans des conditions régulières, alors que le suivi du médecin de prévention était en tout état de cause négligent ; en outre, l'Etat n'a pas rempli son obligation en matière de prévention ;
- il a subi du fait de ces fautes une perte de rémunération, estimée à la somme de 47 906 euros, dont il demande réparation ;
- il a également subi un préjudice de carrière, dont il demande réparation à hauteur de 15 000 euros ;
- il a enfin subi un préjudice moral, évalué à la somme de 30 000 euros et des troubles dans les conditions d'existence, évalués à la somme de 25 000 euros ;
- son épouse et sa fille ont également subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, dont elles demandent réparation à hauteur, respectivement, de 8 000 et 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant n'a pas été victime d'agissement de harcèlement moral ;
- le tribunal ayant annulé les décisions du 2 et 15 janvier 2018, les moyens invoqués à leur encontre sont devenus sans objet ; il en va de même s'agissant du titre exécutoire du 24 décembre 2015 ;
- l'Etat n'a commis aucune faute dans sa prise en compte de la plainte du requérant ;
- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant de la réparation du préjudice financier ;
- la réalité du préjudice de carrière n'est pas démontrée ; en tout état de cause, les prétentions du requérant à cet égard devraient être ramenées à de plus justes proportions ;
- la réalité du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence allégués par les requérants n'est pas établie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me Colin, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, gardien de la paix, a été affecté à la direction du renseignement de la préfecture de police, au service territorial du renseignement des Hauts-de-Seine, à compter du 18 novembre 2010. Après avoir épuisé ses droits à congé maladie ordinaire, il a été placé, à compter du 20 septembre 2015, en disponibilité d'office pour raison de santé, pour une durée de six mois, par un arrêté du 13 octobre 2015. Par un arrêté du 14 avril 2016, il a été placé rétroactivement en congé de longue durée du 6 octobre 2014 au 5 juillet 2016. Ce congé a été prolongé de six mois à trois reprises, jusqu'au 6 janvier 2018. Le 26 décembre 2016, M. E a demandé au préfet de police de reconnaître l'imputabilité au service de son congé de longue durée. A la suite de l'avis défavorable rendu par la commission de réforme le 12 décembre 2017, le préfet de police a rejeté cette demande par une décision du 2 janvier 2018. Puis, au vu de l'avis émis par le comité médical le 2 janvier 2018, le préfet de police a de nouveau prolongé, pour une durée de six mois, le congé de longue durée de M. E à compter du 6 janvier 2018.
2. Le 8 avril 2015, M. E a saisi le médiateur interne de la police nationale au sujet des propos racistes, de la discrimination raciale et du harcèlement moral qu'il estimait avoir subis du fait de son supérieur hiérarchique direct. Celui-ci a rendu un avis le 28 juillet 2015, par lequel il a retenu l'existence de certains des propos racistes allégués, mais estimé que les éléments produits par le requérant ne permettaient pas d'établir une situation de harcèlement moral.
3. Le 1er décembre 2017, le défenseur des droits a estimé que les faits dénoncés par M. E constituaient des agissements de harcèlement moral et a recommandé au ministre de l'intérieur, en premier lieu, de faire rappeler au supérieur hiérarchique du requérant les dispositions pertinentes du code de la sécurité intérieure afin que son comportement ne soit pas réitéré, en deuxième lieu, de rétablir la situation professionnelle du requérant, par un examen prioritaire de sa demande de mutation au sein d'une autre direction de la police en application des préconisations médicales, et, en dernier lieu, d'examiner toute demande de l'intéressé visant à faire reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé.
4. Par un courrier reçu le 26 décembre 2018, M. E ainsi que son épouse ont demandé au ministre de l'intérieur de les indemniser des préjudices que leur fille et eux-mêmes estiment avoir subis du fait de la gestion de la situation administrative de M. E et d'agissements de harcèlement moral dont ce dernier soutient avoir été l'objet.
Sur les allégations de fautes relatives à la reconnaissance de l'imputabilité au service du congé de longue durée et à la rémunération du requérant pendant ce congé :
5. En premier lieu, par un jugement devenu définitif du 3 avril 2020, le tribunal a annulé la décision du 2 janvier 2018 par laquelle le préfet de police a refusé de reconnaître l'imputabilité au service du congé de longue durée accordé à M. E ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du 15 janvier 2018 par lequel le préfet de police a prolongé son congé de longue durée en prévoyant qu'il percevrait la moitié de son traitement, au motif que la première de ces décisions était entachée d'une erreur d'appréciation. Eu égard au motif d'annulation retenu par le tribunal, M. E est fondé à soutenir que l'illégalité de ces décisions constitue une faute de nature à entraîner la responsabilité de l'Etat.
6. En deuxième lieu, alors que M. E avait formulé sa demande tendant à ce que son congé de longue durée soit reconnu comme étant imputable au service le 26 décembre 2016, cette question n'a été soumise à la commission de réforme qu'un an plus tard. Si le préfet de police a ensuite été diligent, en statuant sur la demande le 12 janvier 2018 au vu de l'avis rendu le 12 décembre 2017, il ne fournit aucune explication sur les raisons pour lesquelles la demande n'a pas été transmise pour avis à la commission de réforme avant le 12 décembre 2017. Dans ces conditions, M. E est fondé à soutenir que le délai anormalement long d'instruction de sa demande constitue une faute.
7. En troisième lieu, par un titre exécutoire émis le 24 décembre 2015, la somme de 2 436,07 euros, correspondant à un indu de rémunération pour le mois de novembre 2015 a été réclamée à M. E. Toutefois, si l'intéressé avait à cette date été placé en position de disponibilité d'office pour raison de santé, l'arrêté du 14 avril 2016 l'a placé rétroactivement en position de congé de longue durée à compter du 6 octobre 2014, à la suite de sa demande formulée le 2 septembre 2015, ce qui lui donnait droit à la perception d'un plein traitement. Dans ces conditions, et alors que le requérant soutient sans être contredit qu'il a sollicité en vain la régularisation de sa situation après l'adoption de l'arrêté du 14 avril 2016, l'illégalité de ce titre exécutoire constitue également une faute de nature à entraîner la responsabilité de l'Etat.
Sur les allégations de harcèlement moral :
8. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "
9. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. En premier lieu, M. E se plaint d'avoir été l'objet, de la part de son supérieur hiérarchique direct au sein du service territorial du renseignement des Hauts-de-Seine, de propos racistes à compter du mois de janvier 2013 et, après qu'il a fait état publiquement du caractère discriminatoire de ces propos, d'un contrôle systématique de ses activités, d'une correction excessive de ses rapports traduisant une volonté de le décrédibiliser, ainsi que de provocations incessantes.
11. D'une part, le supérieur hiérarchique de M. E, dans les observations qu'il a présentées devant le médiateur interne de la police nationale saisi des allégations du requérant, a admis avoir fait référence à une occasion, en présence de ce dernier, à la police de Bamako, bien qu'il ait réfuté la connotation raciste de tels propos. Il a également confirmé le recours, à une occasion, à l'expression selon laquelle le requérait devrait " s'acheter un nègre " pour rédiger ses rapports à sa place. Un agent qui partageait le bureau du requérant à l'époque des faits a indiqué, lors de son audition, dont M. E a retranscrit le contenu dans ses écritures, par l'inspection générale de la police nationale (IGPN) également saisie du cas, avoir entendu la première de ces expressions prononcées à l'encontre du requérant, et ajouté que le travail faisait l'objet d'une répartition inéquitable au sein du service, en défaveur du requérant, que les rapports de ce dernier faisaient l'objet de corrections excessives et que, selon lui, il s'agissait d'une situation de harcèlement. Les conclusions du rapport d'enquête de l'IGPN, telles qu'elles sont présentées par le requérant sans que l'administration ne les conteste en défense, tout en estimant que peu de personnes ont confirmé la tenue de ces propos, indiquent que deux agents confirment la tenue de la première expression et l'un d'eux celle de la deuxième. En outre, M. E produit le témoignage d'un agent affecté en février 2014 dans le service, établi à l'attention du défenseur des droits, lequel fait état de propos dont il n'aurait pas été le témoin direct, mais qui lui aurait été rapportés à plusieurs reprises, notamment par l'agent précité entendu par l'IGPN. Ce témoignage est de nature à corroborer les allégations du requérant quant aux propos tenus à son encontre. Il ajoute en outre qu'il a constaté qu'il était exigé de ce dernier qu'il se justifie de façon anormale sur son activité professionnelle. Enfin, l'extrait des conclusions du rapport de l'IGPN produit par le requérant fait apparaître que si cette enquête a certes abouti à classer le dossier sans suite, cette proposition a été justifiée par l'âge et l'état de santé de l'officier mis en cause. Le préfet de police, dans ses observations du 24 avril 2018 en réponse à la décision du 1er décembre 2017 du défenseur des droits, indiquait " déplorer le caractère regrettable des propos " du supérieur du requérant et " son manquement au devoir d'exemplarité ". Enfin, dans son mémoire en défense, le préfet de police se borne à renvoyer à l'avis du médiateur interne de la police nationale qui a estimé que les éléments produits par le requérant ne permettaient pas d'établir une situation de harcèlement moral, en particulier aux éléments de cet avis relatifs à la notation du requérant, à la correction de ses notes et à la mise à dispositions de véhicules, et ne conteste ni la réalité des propos allégués par le requérant, ni leur caractère raciste. Il résulte donc de l'instruction que M. E a été l'objet à plusieurs reprises de propos dont le caractère raciste paraît, au vu du contexte, établi. Il en résulte également que son supérieur hiérarchique direct opérait un contrôle plus pointilleux sur son activité que sur celles de ses collègues.
12. D'autre part, M. E a, après avoir été arrêté par son médecin traitant quelques jours en février 2014, bénéficié d'arrêts de travail de manière interrompue du 19 septembre 2014 jusqu'au 21 novembre 2018 et a été placé pour ce motif en congé de longue durée à compter du 2 octobre 2014. Il ressort des certificats médicaux établis par son médecin traitant que ces arrêts de travail ont été justifiés par une anxiété réactionnelle attribuée par ce dernier à une dégradation des conditions de travail intervenue à compter du mois de mars 2013, ayant évolué vers un syndrome d'anxiété majeur généralisé, attribué à des pressions réitérées sur le lieu de travail de l'intéressé. Le médecin de prévention, consulté à plusieurs reprises par M. E, a également fait état d'un " mal être au travail " et a préconisé, à compter du 26 novembre 2014, un changement de direction. Enfin, l'imputabilité au service du congé de longue durée attribué à M. E a été reconnue par le jugement précité du tribunal du 3 avril 2020.
13. Ainsi, M. E apporte suffisamment d'éléments de fait pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Or, si le préfet de police se réfère à l'avis du médiateur interne de la police nationale qui a estimé qu'il était normal pour un supérieur hiérarchique de guider, par ses corrections, le requérant dans sa rédaction de note, il ressort des deux témoignages précités que l'étendue des corrections effectuées sur les rapports de ce dernier était sans commune mesure avec celles effectuées sur les rapports de ces collègues. En outre, aucune considération objective ne peut justifier la tenue de propos à caractère raciste. Dans ces conditions, M. E est fondé à soutenir qu'il a été victime, du début de l'année 2013 jusqu'à l'interruption de son activité professionnelle en septembre 2014, d'agissements de harcèlement moral.
14. En deuxième lieu, M. E fait grief au préfet de police de ne pas avoir suivi les préconisations du défenseur des droits, qui recommandait, dans sa décision du 1er décembre 2017, de procéder à un examen prioritaire de sa demande de mutation au sein d'une autre direction de la police nationale. Toutefois il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été nécessaire à cette date, pour mettre fin aux agissements dont se plaignait le requérant, de le changer d'affectation, au besoin par une mesure de mutation dans l'intérêt du service, dans la mesure où, d'une part, la reprise de son activité professionnelle n'était, compte tenu de son état de santé, pas envisagée et, d'autre part, l'auteur des agissements de harcèlement moral ne faisait plus partie du service, depuis son admission à la retraite le 31 octobre 2016. Pour la même raison, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une faute en tardant à procéder à son changement d'affectation, celui-ci étant intervenu à compter du 21 novembre 2018, date à laquelle l'intéressé a été réintégré dans ses fonctions par un arrêté du 12 novembre 2018. Par ailleurs, si M. E se plaint de ne pas avoir été affecté, à compter de cette date, au service du renseignement territorial de Quimper, la circonstance qu'il ait subi des agissements de harcèlement moral par un supérieur hiérarchique désormais admis à faire valoir ses droits à la retraite n'imposait pas qu'il soit affecté sur ce poste. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le poste qui lui a été confié à la circonscription de sécurité publique de Concarneau ne corresponde pas à ses qualifications. Dans ces conditions, M. E n'apporte pas d'éléments permettant de présumer que l'administration a failli à le protéger des agissements de harcèlement moral dont il a été victime.
Sur les autres fautes alléguées :
15. Alors que M. E a été reçu à de nombreuses reprises, entre le 26 septembre 2014 et le 14 mars 2017, par le médecin de prévention qui a alors fait état de son " mal être au travail " et a préconisé, à compter du 26 novembre 2014, un changement de direction, il ne fournit aucune précision à l'appui de son allégation selon laquelle le suivi de ce médecin aurait été négligent. Elle ne pourra dès lors être retenue.
16. Par ailleurs, si M. E soutient que l'Etat n'a pas satisfait à ses obligations en matière de prévention, il ne fournit pas davantage de précision à l'appui de ce moyen et ne permet pas ainsi d'en apprécier le bien-fondé.
17. Enfin, si M. E se plaint de ce que le préfet de police n'a pas mis en œuvre les préconisations du médecin de prévention qui visaient à un " changement de direction ", ces préconisations ont été émises à une période pendant laquelle M. E était arrêté et pendant laquelle la reprise d'une activité professionnelle n'était pas envisagée. Dans ces conditions, l'absence de mise en œuvre de ces préconisations ne sauraient constituer, dans les circonstances de l'espèce, une méconnaissance de l'obligation de protection de la santé prévue par les dispositions de l'article 2-1 du décret n°82-452 du 28 mai 1982.
Sur les préjudices :
18. En premier lieu, du fait du refus illégal de reconnaître l'imputabilité au service du congé de longue durée de M. E, ce dernier n'a pas perçu le plein traitement auquel il était en droit de prétendre du mois d'octobre 2014 au mois de novembre 2018. Il y a donc lieu de condamner l'Etat à réparer le préjudice financier constitué par la différence entre la rémunération que le requérant percevait avant ses arrêts de travail, diminuée néanmoins, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article 37 du décret du 14 mars 1986, du montant des primes et indemnités qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou ont le caractère de remboursement de frais, soit d'après les pièces du dossier, celui de l'indemnité de sujétions spéciales police allouée aux fonctionnaires actifs de la police nationale, de l'indemnité compensatoire pour sujétions spécifiques à certains fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, de l'indemnité spécifique et de l'indemnité de fidélisation police nationale secteur difficile, et celle qu'il a perçue au cours de la période. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer précisément le montant de l'indemnité due à M. E à ce titre, il y a lieu de renvoyer ce dernier devant le préfet de police pour liquidation de cette indemnité.
19. En deuxième lieu, M. E soutient que, du fait des agissements de harcèlement moral subis et de leurs conséquences sur sa santé, il ne dispose plus de perspectives d'évolution de carrière, dès lors qu'il n'est plus en mesure de se présenter à des concours, notamment à celui de commissaire de police. Toutefois, l'intéressé, qui indique certes avoir été admissible à une formation au concours de commissaire de police en 2010, ne démontre pas s'être présenté à ce concours avant les agissements subis. En outre, alors que l'intéressé a repris ses fonctions, il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait désormais privé de perspectives d'évolution. La réalité du préjudice de carrière invoqué n'est donc pas établie.
20. En troisième lieu, il y a lieu de faire une juste appréciation du préjudice moral subi par M. E du fait des agissements de harcèlement moral ainsi que de ses troubles dans les conditions d'existence, en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 6 000 euros au titre de ces deux chefs de préjudice. Il sera également fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence de l'épouse et de la fille du requérant, en mettant à la charge de l'Etat une indemnité de 1 000 euros en réparation du préjudice propre de chacune d'entre elles.
21. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser la somme de 6 000 euros à M. E, la somme de 1 000 euros à Mme E ainsi que la somme de 1 000 euros aux deux époux en leur qualité de représentants légaux de leur fille A. M. et Mme E ont droit aux intérêts au taux légal sur ces sommes à compter du 26 décembre 2018, date de la réception de leur demande préalable.
Sur les frais d'instance :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme E de la somme globale de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E la somme totale de 6 000 euros en réparation de son préjudice moral et de ses troubles dans les conditions d'existence. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter de la date du 26 décembre 2018.
Article 2 : M. E est renvoyé devant le préfet de police pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité à laquelle il a droit au titre du préjudice financier.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme E la somme 1 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter de la date du 26 décembre 2018.
Article 4 : L'Etat est condamné à verser à M. et Mme E, en leur qualité de représentants légaux de leur fille A, la somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter de la date du 26 décembre 2018.
Article 5 : L'Etat versera à M. et Mme E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme E est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Mme B E et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
Mme Troalen, première conseillère,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La rapporteure,
E. C
La présidente,
F. Versol Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026