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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1913301

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1913301

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1913301
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantBOUTEILLER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 1913301 et des mémoires, enregistrés les 17 juin 2019, 1er octobre et 2 novembre 2020 et 8 mars 2021, la société Teamnet, représentée par Me Bouteiller, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer du 26 avril 2019 mettant à sa charge le versement d'une somme de 79 380, 25 euros au titre des pénalités appliquées dans le cadre d'un marché de maintenance informatique notifié le 11 décembre 2015 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 79 380,25 euros hors taxe (HT) ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement de la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le titre exécutoire du 26 avril 2019 ou son bordereau ne sont pas signés et ne comportent pas l'identité de l'auteur du titre ;

- la qualité d'adjoint au chef du service de l'expertise comptable du signataire de l'avis des sommes à payer, M. D B, n'est pas établie ;

- le titre exécutoire du 26 avril 2019 ne renvoie à aucun tableau ou élément explicitant la créance ;

- la décision d'application des pénalités du 12 mars 2019 est entachée d'incompétence ;

- la société a été saisie d'incidents par des personnes non habilitées à la saisir en méconnaissance de l'article 3.3.1.2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ;

- l'incident relatif à l'absence de lignes D dans le fichier de de proposition de recette résulte d'une mauvaise utilisation de l'application par la Ville de Paris ; il a été signalé sans être suffisamment décrit en méconnaissance de l'article 3.3.1.2 du CCTP ; son signalement était accompagné d'une demande d'évolution de l'application au sens de l'article 3.4 du CCTP ; la Ville de Paris n'établit pas la réalité des dysfonctionnements ; le retard est imputable à la Ville de Paris qui n'a pas précisé sa demande d'intervention conformément au CCTP ;

- le signalement de l'incident relatif à la mention des animateurs sur la liste des inscrits aux séjours du point d'accueil constitue une demande d'évolution qui n'a pas été présentée selon la procédure prévue par les articles 3.4 et suivants du CCTP et qui l'a été par une personne non habilitée et de manière inadéquate ;

- l'incident relatif à la saisie d'adresses lorsque le code postal est associé à plusieurs villes n'est pas un fait bloquant ou majeur mais un fait mineur, l'essentiel des familles qui utilisent l'application habitant à Paris ;

- l'incident relatif à l'absence de prise en compte de la tranche T01 par défaut lors de la mise à jour des tarifs des inscriptions ayant été traité le jour de son signalement et réglé par la livraison d'un correctif trois jours plus tard, la Ville de Paris ne pouvait pas se référer à la date de validation du correctif par ses services pour appliquer une pénalité de retard de sept jours ouvrés et ne justifie pas des régressions dont elle se prévaut pour expliquer le nombre de jours ainsi retenu, ce problème concernant un fait différent de celui initialement signalé ;

- l'incident relatif à l'établissement des statistiques états CAF de la mairie du 14ème arrondissement entre le 1er janvier et le 1er juin 2017 résulte d'une utilisation inappropriée de l'application, sans segmentation, qui entraîne un volume de données à traiter trop important ; la modification de l'application en vue de permettre un tel traitement relève d'une demande d'évolution de l'application au sens de l'article 3.4 du CCTP ;

- l'incident relatif à l'erreur sur l'identité et les coordonnées des familles retrouvées dans l'application lors des prises de rendez-vous ne se produit qu'en cas d'homonymie ; son traitement relève d'une demande d'évolution de l'application ; contrairement à ce que soutient la Ville de Paris, elle n'a pas admis le 22 septembre 2017 que cet incident relève de la maintenance curative ;

- l'incident résultant de l'absence de sécurisation de l'accès au Téléservice de production SIPE, qui ne concerne que les administrateurs des mairies d'arrondissement, n'est pas majeur ; le signalement de cet incident aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution conformément à l'article 3.4 du CCTP ;

- de manière générale, la Ville de Paris n'a pas respecté son devoir de collaboration au cours de l'exécution du contrat ; elle confond la maintenance curative et la maintenance évolutive, signale trop souvent des anomalies qu'elle ne qualifie pas de manière suffisamment précise ce qui rend le respect du délai de traitement difficile, exagère le niveau de criticité et laisse des personnes non habilitées procéder à leur signalement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 août, 4 novembre et 14 décembre 2020 et le 19 avril 2021, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II. Par une requête n° 1920100 et un mémoire, enregistrés les 18 septembre 2019 et 2 novembre 2020, la société Teamnet, représentée par Me Bouteiller, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2019 par laquelle la maire de Paris a mis à sa charge le versement d'une somme de 79 380,25 euros au titre des pénalités appliquées dans le cadre d'un marché de maintenance informatique notifié le 11 décembre 2015 et la décision du 19 juillet 2019 rejetant sa réclamation formée contre la décision du 12 mars 2019 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 79 380,25 euros hors taxe (HT) ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été saisie d'incidents par des personnes non habilitées à la saisir en méconnaissance de l'article 3.3.1.2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ;

- l'incident relatif à l'absence de lignes D dans le fichier de PR résulte d'une mauvaise utilisation de l'application par la Ville de Paris ; il a été signalé sans être suffisamment décrit en méconnaissance de l'article 3.3.1.2 du CCTP ; son signalement était accompagné d'une demande d'évolution de l'application au sens de l'article 3.4 du CCTP ; la Ville de Paris n'établit pas la réalité des dysfonctionnements ; le retard est imputable à la Ville de Paris qui n'a pas précisé sa demande d'intervention conformément au CCTP ;

- le signalement de l'incident relatif à la mention des animateurs sur la liste des inscrits aux séjours du point d'accueil constitue une demande d'évolution qui n'a pas été présentée selon la procédure prévue par les articles 3.4 et suivants du CCTP et qui l'a été par une personne non habilitée et de manière inadéquate ;

- l'incident relatif à la saisie d'adresses lorsque le code postal est associé à plusieurs villes n'est pas un fait bloquant ou majeur mais un fait mineur, l'essentiel des familles qui utilisent l'application habitant à Paris ;

- l'incident relatif à l'absence de prise en compte de la tranche T01 par défaut lors de la mise à jour des tarifs des inscriptions ayant été traité le jour de son signalement et réglé par la livraison d'un correctif trois jours plus tard, la Ville de Paris ne pouvait pas se référer à la date de validation du correctif par ses services pour appliquer une pénalité de retard de sept jours ouvrés et ne justifie pas des régressions dont elle se prévaut pour expliquer le nombre de jours ainsi retenu, ce problème concernant un fait différent de celui initialement signalé ;

- l'incident relatif à l'établissement des statistiques états CAF de la mairie du 14ème arrondissement entre le 1er janvier et le 1er juin 2017 résulte d'une utilisation inappropriée de l'application, sans segmentation, qui entraîne un volume de données à traiter trop important ; la modification de l'application en vue de permettre un tel traitement relève d'une demande d'évolution de l'application au sens de l'article 3.4 du CCTP ;

- l'incident relatif à l'erreur sur l'identité et les coordonnées des familles retrouvées dans l'application lors des prises de rendez-vous ne se produit qu'en cas d'homonymie ; son traitement relève d'une demande d'évolution de l'application ; contrairement à ce que soutient la Ville de Paris, elle n'a pas admis le 22 septembre 2017 que cet incident relève de la maintenance curative ;

- l'incident résultant de l'absence de sécurisation de l'accès au Téléservice de production SIPE, qui ne concerne que les administrateurs des mairies d'arrondissement, n'est pas majeur ; le signalement de cet incident aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution conformément à l'article 3.4 du CCTP.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2020, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bouteiller pour la société Teamnet.

Dans les dossier n°s 1920100 et 1913301, des notes en délibéré, présentées par la société Teamnet ont été enregistrées le 26 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un marché notifié le 11 décembre 2015, la Ville de Paris a confié à la société Teamnet pour une durée de quatre ans fermes la maintenance des prologiciels Axelnet et Axel Portail Familles ainsi que les prestations associées. Dans le cadre de l'exécution de ce marché, la Ville de Paris a appliqué à la société Teamnet, par une décision du 12 mars 2019, des pénalités d'un montant total de 79 380,25 euros. La société Teamnet a formé une réclamation contre cette décision, rejetée par la Ville de Paris le 19 juillet 2019. Afin d'assurer le recouvrement de cette somme, la Ville de Paris a émis un titre exécutoire le 26 avril 2019 portant avis de paiement de la somme de 79 380,25 euros. La société Teamnet demande l'annulation de l'avis des sommes à payer du 26 avril 2019, des décisions du 12 mars 2019 et du 19 juillet 2019 ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 79 380,25 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes visées ci-dessus concernent la même société requérante et présentent à juger des questions connexes. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci.() ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur. En l'espèce, l'avis des sommes à payer du 26 avril 2019 notifié à la société Teamnet, qui mentionne qu'il a été signé par délégation par M. D B, adjoint au chef du service de l'expertise comptable, comporte ainsi les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis. En outre, la Ville de Paris produit en défense le bordereau du titre de recettes, qui comporte la signature électronique de M. D B. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de signature du titre ou du bordereau et de l'absence d'identité de son auteur doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la Ville de Paris produit l'arrêté du 5 février 2019 portant délégation de signature, publié au bulletin officiel de la Ville de Paris, dans lequel M. D B est désigné comme adjoint au chef du service de l'expertise comptable. Par suite, le moyen tiré de ce que la qualité d'adjoint au chef du service de l'expertise comptable du signataire de l'avis des sommes à payer, M. D B, n'est pas établie, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

7. En l'espèce, le titre exécutoire mentionne, dans la rubrique objet, " pénalités sur marché Teamnet 20151050001870 - 12/03/2019 ". Il renvoie ainsi, de manière suffisamment précise, à un précédent courrier en date du 12 mars 2019, adressé à la société Teamnet, qui comporte le détail du calcul du montant des pénalités. Dans ces conditions, la société Teamnet n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire du 26 avril 2019 est entaché d'un défaut de mention des bases de liquidation de la créance.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :

8. D'une part, aux termes de l'article 3.3.1.2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) intitulé " maintenance curative " : " Objet de la prestation. Cette prestation consiste à corriger les problèmes détectés dans l'application. Ces problèmes se manifestent par des résultats erronés, la fin anormale des traitements ou une non-conformité par rapport aux spécifications de la solution. Tout incident nécessitant l'intervention du titulaire fait l'objet d'une fiche précisant les conditions d'apparition de l'incident et son degré de criticité. Le titulaire analyse l'impact de l'incident sur les données et détermine avec l'Administration le scénario de correction. () ". Cet article précise ensuite, s'agissant de la criticité des anomalies, que : " Il appartient à l'administration de décider du niveau de criticité des anomalies et des vulnérabilités. Le niveau de service est adapté à la priorité de chaque anomalie ". Cet article indique également que les incidents sont " bloquants " si ce sont des " défauts inacceptables pour l'utilisateur ou pour l'exploitation et pour lequel aucun mode opératoire de contournement n'existe ". Ils sont " majeurs " si ce sont des " défauts gênants mais acceptables moyennant des consignes très claires de restriction d'exploitation. Il existe un mode opératoire permettant le déroulement complet d'une opération ou un moyen de corriger un résultat faux compatible avec les volumes traités par l'Administration ". Les incidents sont " mineurs " si ce sont des " défauts peu gênants pour l'utilisation ". Le délai d'intervention du titulaire est d'un jour ouvré dans le cas d'un incident bloquant, de trois jours ouvrés dans le cas d'un incident majeur et d'une semaine à deux mois dans le cas d'un incident mineur. Enfin, aux termes de ce même article : " Les représentants de l'administration désignés par le plan qualité sont les seuls interlocuteurs habilités à saisir le titulaire pour qu'il instruise un incident. Cette habilitation est en général confiée aux chefs de projet MOE et MOA. L'outil de formalisation et traçabilité utilisé est O2T. La notification de la demande d'instruction est faite par courrier électronique. La prise en compte des anomalies intervient à compter de la notification de la demande de l'instruction au titulaire. ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 3.4 du CCTP, intitulé " maintenance évolutive " : " Cette prestation a pour objectif l'étude et la mise en place d'évolutions. Il peut s'agir d'extension du périmètre fonctionnel par paramétrage, de développements ou de modifications de développements existants relatifs à l'intégration du progiciel dans le SI Mairie de Paris (typiquement interfaces) ".

10. Enfin, aux termes de l'article 3.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicables au marché : " Lorsque le délai contractuel de livraison du correctif est dépassé de plus d'un jour ouvré, le titulaire encourt, sans mise en demeure préalable, une pénalité calculée par application de la formule suivante / : P = R x 500 euros / Dans laquelle : P = le montant de la pénalité / R = le nombre de jours ouvrés de retard / Les pénalités ne s'appliquent pas lorsque le retard est imputable à la personne publique. () / Plafonnement des pénalités de retard et de non qualité : / Le montant des pénalités est plafonné à 30% du montant des prestations concernées ".

11. Il résulte de l'instruction que, pour appliquer à la société Teamnet des pénalités de retard d'un montant total de 79 380,25 euros, la Ville de Paris, qui s'est fondée sur l'article 3.3 du CCAP, a considéré qu'elle a rencontré plusieurs dysfonctionnements liés à des anomalies en production non résolues, relatives d'une part au programme Facil'Familles et d'autre part au système informatique d'accueil de la petite enfance (SIPE).

12. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2018, régulièrement publié au bulletin officiel de la Ville de Paris du 18 septembre 2017, la maire de Paris a donné délégation à Mme A C, Directrice des Systèmes d'Information et du Numérique, pour prendre toutes les décisions en matière d'exécution des marchés, au nombre desquelles figure l'établissement du décompte des pénalités. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du courrier du 12 mars 2019 mentionnant les bases de liquidation de la créance, invoqué par voie d'exception, doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte des stipulations de l'article 3.3.1.2 du CCTP citées au point 8 du présent jugement que le chef de projet n'est pas le seul habilité à notifier les dysfonctionnements au titulaire et il ne résulte pas de l'instruction que les personnes qui ont notifié les dysfonctionnements rencontrés en l'espèce n'étaient pas habilitées à y procéder. Par suite, le moyen tiré de ce que la société Teamnet a été saisie d'incidents par des personnes non habilitées doit être écarté.

14. En troisième lieu, la Ville de Paris a appliqué des pénalités de retard à la société Teamnet en raison d'un dysfonctionnement lié à l'absence de lignes D (détail) dans le fichier de proposition de recette et à l'ajout d'un contrôle pour vérifier que la somme des montants des lignes de détail (Lignes D) est égale au montant total du titre (Ligne B).

15. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment de l'inventaire des contestations des pénalités et du suivi des révisions des spécifications de l'interface ALIZE produit par la société requérante, que les dysfonctionnements n'ont pas été réglés en 2017 compte tenu des nombreuses autres anomalies qui sont ensuite apparues sur la ligne D et qui n'ont pas été corrigées par la société Teamnet. En outre, celle-ci n'apporte pas d'éléments de nature à établir que ces dysfonctionnements sont imputables, non aux caractéristiques de l'application, mais à sa mauvaise utilisation par la Ville de Paris. Dès lors, la société Teamnet n'est pas fondée à soutenir que la réalité des dysfonctionnements n'est pas établie ou que ceux-ci sont dus à un mauvais regroupement d'enfants dans une famille par la Ville de Paris.

16. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier de l'inventaire des contestations des pénalités, que la Ville de Paris a indiqué avec suffisamment de précision les conditions d'apparition de cet incident et son degré de criticité, conformément aux stipulations de l'article 3.3.1.2 du CCTP. Il suit de là que la société Teamnet n'est pas fondée à soutenir que l'incident relatif à l'absence de lignes D dans le fichier de de proposition de recette n'a pas été suffisamment décrit par la Ville de Paris.

17. Enfin, la société Teamnet, qui se borne à soutenir que le signalement de cet incident aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution, n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il relevait de la maintenance évolutive.

18. Il résulte de ce qui précède que la société Teamnet n'est pas fondée à contester les pénalités appliquées au titre de l'incident relatif à l'absence de lignes D et à l'ajout d'un contrôle pour vérifier que la somme des montants des lignes de détail (Lignes D) est égale au montant total du titre (Ligne B).

19. En quatrième lieu, la Ville de Paris a également appliqué des pénalités pour un dysfonctionnement caractérisé par l'absence de mention des animateurs en séjour sur la liste des inscrits aux séjours du point d'accueil. Pour contester l'application de pénalités au titre de cet incident, la société Teamnet fait valoir, d'une part, que le signalement de cet incident aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution et, d'autre part, que le signalement a été fait par une personne non habilitée et selon une procédure non adéquate.

20. D'une part, il résulte de l'instruction que la gestion des animateurs sur les activités de séjour a fait l'objet d'une évolution, qui a été livrée par la société Teamnet le 22 février 2016 et qu'à la suite de cette livraison un dysfonctionnement est apparu le 7 septembre 2017. La société requérante n'apporte aucun élément de nature à le contester. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le dysfonctionnement, apparu le 7 septembre 2017, aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution.

21. D'autre part, ainsi qu'il est dit au point 13 du présent jugement, il ne résulte pas de l'article 3.3.1.2 que seuls les chefs de projet sont habilités à signaler un incident. Il suit de là que la société Teamnet n'est pas fondé à soutenir que le signalement a été fait par une personne non habilitée.

22. Enfin, à supposer que la notification de l'incident, caractérisé comme étant grave, ait été fait avec la mauvaise propriété, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance ait eu une incidence sur le retard de la société Teamnet dans la livraison du correctif, l'incident ayant été notifié à la société Teamnet le 11 septembre 2017 et instruit à compter de cette date.

23. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à contester l'application de pénalités au titre de l'incident relatif à l'absence de mention des animateurs en séjour sur la liste des inscrits aux séjours du point d'accueil.

24. En cinquième lieu, la Ville de Paris a appliqué des pénalités en raison d'un dysfonctionnement lors de la saisie des adresses sur l'application Facil'Familles. La société Teamnet fait valoir que ce dysfonctionnement est un incident mineur au sens de l'article 3.3.2.3 du CCTP. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet incident, même s'il ne concernait qu'une minorité d'utilisateurs, avait pour conséquence d'empêcher de manière habituelle ceux-ci de modifier leur adresse en cas d'erreur, seuls les champs " code postal " et " nom de la ville " pouvant alors être modifiés. Par suite, c'est à bon droit que la Ville de Paris a considéré que cet incident constitue un défaut gênant pour l'utilisation et l'a qualifié de majeur.

25. En sixième lieu, la Ville de Paris a retenu sept jours de retard pour appliquer des pénalités à la société Teamnet en raison du dysfonctionnement lié à l'absence de prise en compte de la tranche T01 par défaut lors de la mise à jour des tarifs des inscriptions. Si la société requérante fait valoir que la Ville de Paris n'aurait dû lui appliquer des pénalités que pour trois jours de retard, il résulte toutefois de l'instruction que, si un premier correctif a été livré par la société Teamnet le 30 novembre 2018, soit trois jours après le signalement de l'incident, ce correctif n'était pas satisfaisant et a nécessité une seconde livraison, intervenue le 5 décembre 2018 à la suite de laquelle d'autres régressions concernant le même problème se sont produites et ont été signalées par la Ville de Paris. Il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'y aurait eu aucun jour de retard dans la livraison des correctifs de ces régressions. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, il n'en résulte pas davantage que ces corrections supplémentaires concernaient un problème différent. Dès lors, le moyen relatif à l'application des pénalités pour l'incident relatif à l'absence de prise en compte de la tranche T01 doit être écarté.

26. En septième lieu, la Ville de Paris a appliqué des pénalités de retard au titre de l'incident relatif à l'affichage d'un " timeout " lors de l'établissement des statistiques états CAF de la mairie du 14ème arrondissement entre le 1er janvier et le 1er juin 2017. La société Teamnet soutient que ce dysfonctionnement résultait d'une utilisation inappropriée de l'application par la Ville de Paris et que le traitement de cet incident aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution de l'application au sens de l'article 3.4 du CCTP. Toutefois, il résulte de l'instruction que les spécifications fonctionnelles détaillées prévoyaient la possibilité d'obtenir un seul état pour tous les établissements d'un arrondissement. Dès lors, c'est à bon droit que la Ville de Paris a appliqué à cet incident des pénalités de retard au titre de la maintenance curative. Il suit de là que la société Teamnet n'est pas fondée à soutenir que le " timeout " résultait d'une mauvaise utilisation de l'application par la Ville de Paris et qu'il aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution.

27. En huitième lieu, la Ville de Paris a appliqué des pénalités de retard à la société Teamnet en raison d'un dysfonctionnement du système informatique d'accueil de la petite enfance caractérisé par le fait que, lorsqu'une famille souhaite prendre rendez-vous, le système recherche et trouve un identifiant d'individu déjà référencé mais ne correspondant pas à la famille qui souhaite prendre rendez-vous. La société Teamnet soutient que ce dysfonctionnement ne se produit qu'en cas d'homonymie et que cet incident est dû au fait que seuls les nom et prénom des usagers sont pris en compte lors de la prise de rendez-vous sur l'application, de sorte que la réponse à cet incident nécessitait une évolution de l'application afin que la prise de rendez-vous sur le SIPE intègre d'autres informations relatives à l'état civil de l'usager. Il résulte toutefois de l'instruction que les spécifications fonctionnelles détaillées prévoient d'autres informations telles que la date de naissance, le numéro de téléphone, le courriel ou la possibilité de laisser un commentaire. La circonstance que le logiciel ne tenait pas compte de ces informations constitue un dysfonctionnement et un manquement par la société à ses obligations. Par suite, la société Teamnet n'est pas fondée à soutenir que la Ville de Paris ne pouvait lui appliquer des pénalités de retard pour ce dysfonctionnement.

28. En neuvième lieu, la Ville de Paris a appliqué des pénalités de retard à la société Teamnet en raison d'un dysfonctionnement résultant de l'absence de sécurisation de l'accès au Téléservice de production SIPE. En se bornant à soutenir que cet incident ne concernait que les administrateurs des mairies d'arrondissement, la société Teamnet n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il est peu gênant pour l'utilisation ou qu'il nécessitait une prestation ayant pour objectif l'étude et la mise en place d'une évolution. Par suite, et compte tenu de la nature du dysfonctionnement, elle n'est pas fondée à soutenir que cet incident n'était pas majeur et aurait dû faire l'objet d'une demande d'évolution au sens de l'article 3.4 du CCTP.

29. En dernier lieu, la société requérante fait valoir que la Ville de Paris a manqué à son devoir de collaboration au cours de l'exécution du contrat en ce qu'elle confond la maintenance curative et la maintenance évolutive, signale trop souvent des anomalies qu'elle ne qualifie pas de manière suffisamment précise ce qui rend le respect du délai de traitement difficile, exagère le niveau de criticité et laisse des agents non habilités ou insuffisamment formés procéder à leur signalement. Toutefois, elle n'apporte pas suffisamment d'éléments de nature à démontrer un tel manquement. Il suit de là qu'elle n'est pas fondée à se prévaloir d'un comportement de son co-contractant de nature à l'exonérer en totalité ou en partie du paiement des pénalités dues.

30. Il résulte de tout ce qui précède que la société Teamnet n'est pas fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer du 26 avril 2019 et des décisions du 12 mars 2019 et du 19 juillet 2019 mettant à sa charge le versement de la somme totale de 79 380,25 euros au titre des pénalités appliquées dans le cadre du marché, ainsi que la décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur les frais liés au litige :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société Teamnet les sommes qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Teamnet sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Teamnet et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERTLa greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 1913301 - 1920100

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