vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1918480 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ALLIGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2019, M. C A, représenté par Me Alligné, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte-rendu de l'entretien professionnel notifié le 18 avril 2018, ensemble la décision de rejet de son recours administratif et de son recours devant la commission administrative paritaire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité globale de 17 000 euros au titre des préjudices subis en raison de l'illégalité de ce compte-rendu d'entretien professionnel ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le compte-rendu d'évaluation est entaché de vices de procédure en ce qu'il lui a été notifié au-delà des délais de référence, il n'a pas été informé au préalable de la date de l'entretien d'évaluation et qu'il n'a pas été informé des objectifs fixés pour l'année d'évaluation en litige ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le ministre de l'intérieur est compétent pour se prononcer sur le litige ;
- ces illégalités fautives engagent la responsabilité de l'Etat ;
- il est fondé à solliciter une indemnité de 7 000 euros au titre du préjudice matériel et une indemnité de 10 000 euros au titre du préjudice moral subis.
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2019, le ministre de l'intérieur a demandé à ce que l'ensemble des pièces de la procédure soit transmis au préfet de police de Paris, seul compétent pour défendre dans le dossier.
Une mise en demeure a été adressée le 5 novembre 2020 au préfet de police.
Par courrier du 27 avril 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable.
Par un mémoire enregistré le 1er mai 2022, M. A a présenté des observations sur le moyen d'ordre public susceptible d'être retenu par le tribunal.
Par ordonnance du 4 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,
- et les observations de Me Alligné, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. Hourlier, commissaire de police alors affecté dans le 1er arrondissement de Paris, demande au tribunal d'annuler le compte-rendu d'évaluation professionnelle notifié le 18 juin 2018, ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique et de son recours devant la commission administrative paritaire ainsi que de condamner l'Etat à lui verser une indemnité globale de 17 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 55 de loi du 11 janvier 1984 : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir le maintien d'un système de notation. (). ". Aux termes de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 : " La notation des fonctionnaires actifs des services de la police nationale fait l'objet d'un ou plusieurs entretiens d'évaluation. Elle est établie annuellement () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 pris pour l'application de ces dispositions : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
4. A l'appui de sa requête, M. A soutient qu'il n'a pas été informé de la tenue de son entretien professionnel. Une copie de cette requête a été communiquée le 20 janvier 2020 au préfet de police qui a été mis en demeure, le 5 novembre 2020, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par M. A ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le préfet de police doit être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. M. A ayant été privé d'une garantie reconnue aux agents publics, ce vice de procédure, susceptible en l'espèce d'avoir eu une influence sur le sens du compte-rendu d'évaluation professionnelle attaqué, est de nature à entacher celui-ci d'illégalité et, par suite, à en justifier l'annulation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le compte-rendu de l'entretien professionnel notifié le 18 avril 2018 doit être annulé, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux et de son recours devant la commission administrative paritaire.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
8. Contrairement à ce que soutient M. A, le recours hiérarchique transmis le 26 avril 2019, qui se borne à invoquer les griefs à l'encontre de son évaluation au titre de l'année 2018, ne saurait être regardé comme étant une demande indemnitaire préalable, au sens des dispositions précitées, dès lors que celui-ci ne tend pas au versement d'une somme d'argent. En outre, il ne résulte pas de ces dispositions que le mémoire produit par le ministre de l'intérieur, qui au demeurant se borne à informer le tribunal de son incompétence, aurait à lui seul lié le contentieux. Par suite, en l'absence de décision de l'administration prise sur une demande indemnitaire préalable à la date du présent jugement, ces conclusions doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le compte-rendu d'évaluation professionnelle de M. A notifié le 18 avril 2018 est annulé ensemble la décision de rejet de son recours gracieux et de son recours devant la commission administrative paritaire.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
A. B
La présidente,
C. RiouLa greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026