mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1919532 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BOUKHELOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 septembre 2019 et le
16 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Boukheloua, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires du
15 février 2019 tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 28 novembre 2018 tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 282 240,99 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal, avec capitalisation, à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'Etat a commis une erreur de droit fautive dans la détermination du montant de son indemnité de résidence à l'étranger perçue au titre de son affectation à l'ambassade de France en Iran ;
- les décisions contestées ont été prises en méconnaissance du principe d'égalité des agents publics; la différence de traitement résultant de la règlementation en cause est manifestement disproportionnée ;
- le requérant a subi un préjudice matériel réel, certain et direct dont il évalue l'indemnisation à 282 240,99 euros.
Par un mémoire enregistré le 28 septembre 2021, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, demande à être mis hors de la cause.
Par un mémoire enregistré le 22 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le rejet de sa demande indemnitaire préalable du 28 novembre 2018 revêt un caractère confirmatif de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande indemnitaire du
12 juillet 2017 ;
- à titre subsidiaire, l'Etat n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
Par ordonnance du 17 novembre 2021, la clôture d'instruction a été reportée au
17 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°67-290 du 28 mars 1967
- le décret n°97-900 du 1er octobre 1997 ;
- le décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 ;
- l'arrêté du 28 mars 1967 ;
- l'arrêté du 1er octobre 1997 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bouyx, substituant Me Boukheloua et représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, gendarme, a été affecté à l'ambassade de France en Iran du
17 juillet 2013 au 22 juillet 2018. Le 12 juillet 2017, il a adressé une demande indemnitaire préalable au ministre de l'intérieur et à la ministre des armées tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis à raison du montant de l'indemnité de résidence qu'il a perçu au titre de son affectation à l'ambassade de France en Iran. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par une ordonnance n° 1717446/5-1 du 23 octobre 2018, la présidente de la cinquième section du tribunal administratif de Paris a rejeté la requête indemnitaire de M. A, qui était manifestement irrecevable compte tenu de l'absence de la saisine obligatoire de la commission des recours des militaires. Le 28 novembre 2018, M. A a renvoyé sa demande indemnitaire préalable au ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Le 13 février 2019, le requérant a saisi la commission des recours des militaires. Par une décision du 3 juillet 2019, notifiée le 24 juillet 2019, le ministre de l'intérieur rejette son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. A demande que l'Etat l'indemnise des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires
2. En premier lieu, M. A soutient que la responsabilité pour faute de l'Etat peut être engagée dès lors que les modalités de calcul de l'indemnité de résidence des militaires affectés à un poste diplomatique à l'étranger et celles des fonctionnaires civils placés dans la même situation méconnaissent le principe d'égalité des agents publics.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 4123-1 du code de la défense : " Les militaires ont droit à une rémunération comportant notamment la solde dont le montant est fixé en fonction soit du grade, de l'échelon et de la qualification ou des titres détenus, soit de l'emploi auquel ils ont été nommés. Il peut y être ajouté des prestations en nature. () / A la solde des militaires s'ajoutent l'indemnité de résidence () / Lorsque l'affectation entraîne des difficultés de logement, les militaires bénéficient d'une aide appropriée. " Aux termes de l'article 2 du décret du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger : " Les émoluments des militaires visés par le présent décret comprennent limitativement : / 1° Au titre de la rémunération principale : () / -l'indemnité de résidence à l'étranger, dans le sens de l'article L. 4123-1 du code de la défense. " Aux termes de l'article 5 de ce décret : " L'attribution de l'indemnité de résidence à l'étranger est destinée à compenser forfaitairement les charges liées aux fonctions exercées, aux conditions d'exercice de ces fonctions et aux conditions locales d'existence. / Les montants annuels de l'indemnité de résidence à l'étranger sont prévus, pour chaque pays et par groupe, par l'arrêté conjoint du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé du budget pris pour l'application de l'article 5 du décret du 28 mars 1967 susvisé. () / Les taux d'ajustement de l'indemnité de résidence à l'étranger, pour tenir compte notamment des variations des changes et du coût de la vie à l'étranger, sont fixés par arrêté conjoint du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé du budget. " Le montant de l'indemnité de résidence à l'étranger varie notamment en fonction du grade du militaire, lequel appartient à l'un des tableaux et des groupes d'indemnité de l'annexe de l'arrêté du 1er octobre 1997 pris pour l'application des dispositions précitées du décret du 1er octobre 1997.
4. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant () l'indemnité de résidence (). " Aux termes de l'article 2 du décret du 28 mars 1967 fixant les modalités de calcul des émoluments des personnels de l'Etat et des établissements publics de l'Etat à caractère administratif en service à l'étranger : " Les émoluments des personnels visés à l'article 1er comprennent limitativement, sous réserve des modalités d'attribution prévues par le présent décret, les éléments suivants : () L'indemnité de résidence à l'étranger, qui tient lieu d'indemnité de résidence au sens de l'article 20 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires. " Aux termes de l'article 5 du même décret : " L'attribution de l'indemnité de résidence à l'étranger est destinée à compenser forfaitairement les charges liées aux fonctions exercées, aux conditions d'exercice de ces fonctions et aux conditions locales d'existence. " Le montant de l'indemnité de résidence à l'étranger varie notamment en fonction de l'emploi du fonctionnaire civil, lequel appartient à l'un des groupes d'indemnité de l'article 16 de l'arrêté du 28 mars 1967 pris pour l'application des dispositions précitées du décret du 28 mars 1967.
5. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Ces modalités de mise en œuvre du principe d'égalité sont applicables à l'édiction de normes régissant la situation d'agents publics qui, en raison de leur contenu, ne sont pas limitées à un même corps ou à un même cadre d'emplois de fonctionnaires.
6. Il résulte de ce qui précède que, si elles ont le même intitulé et le même objet, l'indemnité de résidence à l'étranger dont peuvent bénéficier les militaires et celle dont peuvent bénéficier les fonctionnaires civils résultent de dispositions distinctes et propres aux statuts et sujétions respectifs des militaires et des fonctionnaires civils. En outre, l'indemnité de résidence à l'étranger compense les charges liées aux fonctions exercées et aux conditions d'exercice de ces fonctions, lesquelles différent entre militaires et fonctionnaires civils affectés à un même poste diplomatique à l'étranger. Les différences de modalités de calcul de cette indemnité, au regard des groupes auxquels appartiennent respectivement les militaires et les fonctionnaires civils, se justifient ainsi par les différences de situation de ces agents. Partant, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions précitées, dont le ministre a fait application pour calculer le montant de son indemnité de résidence à l'étranger et celui des fonctionnaires civils affectés au même poste diplomatique, méconnaissent le principe d'égalité de traitement des agents publics.
7. En second lieu, si M. A soutient qu'il a été classé de manière erronée dans le groupe d'indemnité n°18, alors qu'il relevait du groupe n°17, et qu'il aurait bénéficié d'une indemnité moins importante, il résulte toutefois de l'instruction qu'il s'agissait d'un retard de paiement au titre du mois de juillet 2015 et que le ministre l'a régularisé le mois suivant. Partant, le ministre n'a pas commis l'erreur de droit alléguée.
8. Il résulte de ce qui précède que l'Etat n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme à verser à M. A. Ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller,
Rendu par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
R. HELARD
Le président,
J-C. DUCHON-DORISLa greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1919532/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026