mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1919755 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BOZZACCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 12 septembre 2019, le 22 avril 2020 et le 30 juillet 2020, la SAS Financière Louis, représentée par Me Bozzacchi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe sur les salaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société soutient que :
- la procédure est irrégulière en raison du fait qu'elle a été menée à distance à partir du seul ficher des écritures comptables, faute de débat oral et contradictoire et parce que l'administration n'a pas produit les éléments permettant d'établir l'intervention du président et du directeur administratif et financier dans les opérations financières qu'elle conduit ;
- elle dispose, en tant que société holding " mixte ", de deux secteurs d'activité distincts, l'un financier dédié à la gestion des participations, l'autre administratif et commercial dédié à la réalisation de prestations au profit de ses filiales ;
- elle ne perçoit aucun produit financier et la politique de distribution des dividendes relève de la compétence exclusive de l'assemblée générale sur proposition du conseil de surveillance ;
- le pouvoir de décision était détenu par les FCPI 21 Central Partners III, 21 Partners Team III et 21 PetC et non par le président ;
- le directeur administratif et financier n'intervient qu'au profit des autres sociétés du groupe auxquelles sa rémunération est refacturée ;
- le président et le directeur administratif et financier ne disposent pas seuls de la signature bancaire qui est aussi détenue par des dirigeants de sociétés filiales et les responsables comptables de toutes les sociétés opérationnelles du groupe ;
- la constatation comptable du versement des dividendes par le directeur administratif et financier constitue une activité très minoritaire parmi l'ensemble de ses attributions ;
- l'administration ne pouvait pas appliquer des pénalités en raison du fait que la société avait accepté, en 2008, de prendre en compte les rémunérations des présidents, du directeur général et du directeur commercial dans l'assiette de calcul de la taxe sur les salaires.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 mars 2020 et le 8 juillet 2020, le directeur régional du contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 août 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 août 2020 à 12h.
Un mémoire a été enregistré pour la direction régionale du contrôle fiscal d'Ile-de-France le 22 septembre 2022, postérieurement à la clôture, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Guiader, rapporteur,
- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Financière Louis est une holding mixte placée à la tête d'un groupe composé de plusieurs filiales opérationnelles dans le secteur de la restauration. Elle a fait l'objet d'un examen de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié des rectifications de taxes sur les salaires au titre des années 2015 et 2016, ainsi que les majorations et pénalités correspondantes. Ces sommes ont été mises en recouvrement le 14 décembre 2018. Par courrier du 22 janvier 2019, la société requérante a contesté les impositions supplémentaires mises à sa charge. Par une décision du 22 juillet 2019, l'administration a rejeté la réclamation préalable introduite par la société requérante. Par la présente requête, la société requérante demande la décharge des impositions supplémentaires et pénalités mises à sa charge.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L.13 G du livre des procédures fiscales (LPF) : " Dans les conditions prévues au présent livre, les agents de l'administration peuvent, lorsque des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés, examiner cette comptabilité sans se rendre sur place ". Aux termes de l'article L. 47 AA du même livre : " Dans un délai de quinze jours à compter de la réception d'un avis d'examen de comptabilité, le contribuable adresse à l'administration, sous forme dématérialisée répondant aux normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables. / 2. Si le contribuable ne respecte pas les obligations prévues au 1, l'administration peut l'informer que la procédure prévue à l'article L. 13 G est annulée. 3. L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des fichiers des écritures comptables et les déclarations fiscales du contribuable. Elle peut effectuer des traitements informatiques sur les fichiers transmis par le contribuable autres que les fichiers des écritures comptables ".
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur les années 2015 et 2016. Dans ce cadre, ainsi qu'il résulte de l'instruction, trois réunions téléphoniques ont eu lieu et au moins cinq courriels ont été échangés avec la société pendant le contrôle, qui a duré deux mois. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur et ce moyen doit donc être écarté.
4. En second lieu, si la requérante reproche à l'administration de s'être uniquement fondée sur les fichiers comptables pour établir l'imposition litigieuse, il résulte des dispositions précitées que la procédure d'examen de comptabilité consiste à s'assurer de la concordance desdits fichiers avec les déclarations fiscales du contribuable. En outre, il résulte de l'instruction et notamment de l'avis d'examen de comptabilité et de plusieurs échanges de courriels, que la société requérante a été destinataire de demandes d'informations de la part du service. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure suivie par l'administration aurait été entachée d'irrégularité et aurait méconnu le principe du contradictoire.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes du 1 de l'article 231 du code général des impôts, les employeurs doivent payer une taxe sur les salaires " lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total () ".
6. D'une part, lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, réparties en plusieurs secteurs distincts au sens de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur les salaires doit être déterminée par secteur, en appliquant aux rémunérations des salariés affectés spécifiquement à chaque secteur le rapport d'assujettissement propre à ce secteur. L'activité d'une entreprise peut être répartie en secteurs distincts si les services de l'entreprise peuvent être utilisés indépendamment les uns des autres, s'ils comportent la mise en œuvre de techniques et de moyens de production séparés et s'ils font l'objet d'une comptabilisation distincte. Toutefois, la taxe sur les salaires des personnels concurremment affectés à plusieurs secteurs doit être établie en appliquant à leurs rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total.
7. Il est constant que la SAS Financière Louis, société de holding mixte, a encaissé à la fois des produits de prestations de service entrant dans le champ d'application de la TVA et des produits financiers non taxables à la TVA. Pour calculer l'assiette de cette taxe, l'administration a relevé qu'aux termes des stipulations de son contrat de travail, M. B, le directeur administratif et financier, exerçait " les missions et attributions habituellement dévolues à un directeur administratif et financier " et en a donc déduit que M. B exerçait concurremment ses fonctions pour des activités entrant dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée et des activités n'entrant pas dans ce champ. Si la société requérante soutient que le directeur administratif et financier n'intervient qu'au profit des sociétés opérationnelles du groupe auxquelles sa rémunération est refacturée, elle ne fait état d'aucun élément de nature à infirmer la position de l'administration selon laquelle les fonctions exercées par l'intéressé l'amènent à intervenir concurremment pour des activités soumises à la taxe sur la valeur ajoutée et des activités qui n'y sont pas soumises. En outre, si la société requérante soutient que le président et le directeur administratif et financier ne disposent pas seuls de la signature bancaire qui est aussi détenue par des dirigeants de sociétés filiales et les responsables comptables de toutes les sociétés opérationnelles du groupe et que la constatation comptable par le directeur administratif et financier du versement des dividendes, constitue une activité très minoritaire parmi l'ensemble de ses attributions, ces seuls éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation de l'administration dès lors qu'ils n'établissent pas l'absence d'intervention dans les activités de nature financière de la société. Dans ces conditions, la SAS Financière Louis ne peut être regardée comme établissant l'affectation spéciale du directeur administratif et financier au seul secteur d'activité assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée.
8. D'autre part, les fonctions de président d'une société par actions simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 227-6 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de l'entreprise. S'agissant d'une société holding, ces pouvoirs s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la taxe sur la valeur ajoutée et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
9. Pour contester les rappels de taxe sur les salaires mis à sa charge, la SAS Financière Louis soutient que son président, M. A n'exerçait aucune attribution dans le secteur financier. Elle soutient notamment que la politique de distribution des dividendes relève de la compétence exclusive de l'assemblée générale sur proposition du conseil de surveillance et que le pouvoir de décision était détenu par les FCPI 21 Central Partners III, 21 Partners Team III et 21 PetC et non par le président. Toutefois, dès lors que le président d'une société par actions simplifiés dispose, en principe, des pouvoirs les plus étendus dans la direction de l'entreprise, la circonstance que les membres du conseil d'administration disposeraient d'un pouvoir de décision en matière de distribution des dividendes est indifférente. Ainsi, en l'absence d'éléments permettant d'établir que le président n'avait pas d'attributions dans le secteur financier, l'administration fiscale a assujetti à bon droit sa rémunération à la taxe sur les salaires en appliquant à ses rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total.
Sur les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Pour justifier l'application de la majoration prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir que la SAS Financière Louis avait une connaissance des règles applicables en matière de taxe sur les salaires compte tenu des rappels de taxe auxquels elle a été assujettie pour les mêmes motifs, à la suite d'une précédente vérification de comptabilité portant sur la période du 1er au 31 janvier 2008, et que la réitération du même manquement dans le passé, doit être regardée comme apportant la preuve de l'intention délibérée de la société d'éluder l'impôt alors même que les dirigeants de la société auraient entretemps changé. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère délibéré du manquement de la société Financière Louis à ses obligations fiscales. L'administration a donc pu, à bon droit, et de façon suffisamment motivée, appliquer la majoration prévue au a) de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par la SAS Financière Louis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requêté de la société Financière Louis est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Financière Louis et au directeur régional du contrôle fiscal d'Ile de France.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Perfettini, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Guiader, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 octobre 2022.
Le rapporteur,
V. GUIADER
La présidente,
D. PERFETTINI La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les partie s privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026