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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1920492

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1920492

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1920492
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantVAUTRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2019 et le 20 février 2020, M. et Mme C B, représentés par Me Vautrin, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- la prescription n'a pas été valablement interrompue au titre de l'année 2012 ;

- les rectifications effectuées sont mal fondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2020, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- et le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont imputé sur leur impôt sur le revenu au titre de l'année 2012, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, une réduction d'impôt pratiquée à raison de l'investissement opéré par les sociétés par actions simplifiée (SAS) DOM COM 89, 162 et 175, implantées en Guyane et consistant en l'acquisition d'un " kit " éolien destiné à être donné à bail à une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) chargée d'en assurer l'exploitation. A la suite d'un contrôle sur pièces, la réduction d'impôt dont avaient bénéficié les intéressés a été remise en cause par l'administration au motif que les investissements n'avaient pas été réalisés avant le 31 décembre 2012. Les requérants demandent au Tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été ainsi assujettie au titre de l'année 2012 à la suite de ce contrôle.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 6 janvier 2020, postérieure à la date d'enregistrement de la requête, le directeur régional des finances publiques a prononcé le dégrèvement partiel de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu pour 2012 de M. et Mme B à concurrence d'un montant total de 53 714 euros correspondant à la réduction d'impôt pratiquée à raison des investissements réalisés auprès des SAS DOM COM 162 et 175 qui exercent dans le secteur agricole. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en décharge de cette imposition à concurrence de ce montant.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Sur les conclusions en décharge :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2012 en litige : " I. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. ". Aux termes du vingtième alinéa du même article : " La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. (). Par ailleurs, l'article 95 Q de l'annexe II à ce code dans sa rédaction applicable en l'espèce dispose : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est, pratiquée, sous réserve des dispositions de la deuxième phrase du vingtième alinéa du I du même article, au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail (). ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer concerné. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus. Par suite, s'agissant de l'acquisition de " kits " éoliens donnés en location à des sociétés locales en vue de leur exploitation pour la production et la vente d'énergie électrique, la date à retenir est celle du raccordement des installations au réseau public d'électricité, dès lors que les éoliennes, dont la production d'électricité a vocation à être vendue par les sociétés exploitantes, ne peuvent être effectivement exploitées et par suite être productives de revenus qu'à compter de cette date.

4. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier au vu des éléments résultant de l'instruction si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts. Toutefois, le contribuable bénéficiant de la réduction d'impôt prévue par ces dispositions doit, conformément aux dispositions de l'article 95 T de l'annexe II au même code, déclarer, notamment, la nature précise de l'investissement concerné, le nom de l'entreprise qui en est propriétaire ainsi que celui de son exploitant. Il lui appartient donc de produire les éléments qu'il est seul en mesure d'apporter.

5. Pour remettre en cause la réduction d'impôt pratiquée par les requérants, l'administration s'est initialement fondée sur la seule circonstance que M. et Mme B n'ont pas justifié des dépenses ou investissements à l'origine de la réduction en dépit de la demande de renseignements qui leur a été adressée le 6 novembre 2015 afin de fournir les attestations d'investissement délivrées en 2012 par les sociétés ayant réalisé les investissements. Or, il résulte de l'instruction que les requérants ont joint à leur réclamation préalable l'attestation d'investissements délivrée par la société DOM COM INVEST pour les investissements réalisés notamment dans la SAS DOM COM 89. L'administration, qui admet ces justificatifs en défense, entend cependant invoquer un nouveau motif de droit propre à justifier l'imposition, tiré de l'absence d'installation des éoliennes acquises et de dépôt de dossier complet de demande de raccordement du matériel auprès d'EDF Guyane au 31 décembre 2012, en relevant, d'une part, que la société Electricité de France-Guyane lui a indiqué, dans sa réponse au droit de communication exercé, que la société France Energies Finance avait déposé vingt-cinq demandes de raccordement, toutes datées de 2014, mais qu'aucune ne concernait les SAS DOM COM et, d'autre part, que selon les renseignements recueillis auprès de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, aucun enregistrement de flux douaniers n'était lié aux SAS DOM COM sur la période concernée.

6. L'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse suivie devant le juge de l'impôt, de justifier l'imposition en substituant une base légale à une autre, sous réserve que le contribuable ne soit pas privé des garanties de procédure qui lui sont données par la loi compte tenu de la base légale substituée. Dans le cas où l'administration a utilisé des documents ou des renseignements obtenus de tiers pour fonder le redressement au titre de la nouvelle base légale dont elle se prévaut au cours de la procédure contentieuse, il lui appartient, lors de l'instance devant le juge saisi pour la première fois de la demande de substitution de base légale ou, le cas échéant, lors de l'instance d'appel, et au cas où cette obligation n'aurait pas déjà été satisfaite au cours de la procédure d'imposition, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur de ces documents ou de ces renseignements, dans des délais permettant à l'intéressé d'en demander, le cas échéant, la communication et le mettant à même, après celle-ci, de présenter utilement ses observations avant la clôture de l'instruction.

7. Alors que les requérants, dans leur mémoire en réplique, sollicitent la communication des renseignements obtenus de tiers et qui fondent l'imposition en litige, l'administration n'a pas satisfait à cette demande en cours d'instance. Il en résulte que la substitution de base légale réclamée a pour effet de priver les contribuables d'une garantie de procédure. Elle ne peut donc être accueillie. Il suit de là que M. et Mme B sont fondés à demander la décharge de l'imposition en litige sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence d'une somme de 53 714 euros.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu maintenue à leur charge au titre de l'année 2012.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Guiader, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

M. A

La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1920492/1-3

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