mercredi 18 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1923482 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAKER & MCKENZIE A.A.R.P.I. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 octobre 2019 et le 26 mai 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Franck Provost Rive Droite, représentée par Me Meier, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012 2013 et 2014, des cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises mises à sa charge au titre de l'exercice 2012 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période correspondante, ainsi que des pénalités s'y rapportant ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- La méthode de reconstitution des bénéfices imposables au titre des exercices 2011 et 2012 retenue par l'administration est viciée dans son principe et excessivement sommaire dès lors que les fichiers saisis dans les locaux de la SARL Marlix, qui concernaient moins de deux mois de l'année 2012, ne sauraient constituer une base suffisante d'évaluation.
- La méthode ayant abouti au rejet des déficits comptabilisés au titre de l'exercice 2011 est radicalement viciée et excessivement sommaire ;
- La méthode retenue pour rejeter l'imputation des déficits reportables existants au 31 décembre 2011 étant viciée et excessivement sommaire, la remise en cause de l'imputation de ces déficits sur les résultats imposables au titre des exercices 2013 et 2014 n'est pas fondée.
- La majoration pour manœuvres frauduleuses au titre de l'exercice 2012 n'est pas fondée ;
- La pénalité pour manœuvres frauduleuse au titre des exercices 2013 et 2014 ne peut trouver son fait générateur au cours d'un exercice prescrit sans méconnaitre le droit à un procès équitable au sens du premier paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense enregistrés le 16 mars 2020 et le 27 mai 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction de contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 18 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
La société Franck Provost Rive Droite a présenté un mémoire en désistement enregistré le 15 décembre 2022, postérieurement à la date de clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- et le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino, rapporteure,
- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Franck Provost Rive Droite exerce une activité de coiffure au 61 avenue Franklin Roosevelt dans le 8ème arrondissement de Paris. Sur le fondement d'informations recueillies par des saisies effectuées lors d'opérations de visites et au terme d'une vérification de comptabilité, l'administration a estimé que la SARL Franck Provost Rive Droite n'avait pas comptabilisé une partie des recettes en espèces au titre des exercices 2011 et 2012 et a reconstitué le chiffre d'affaires de ces deux exercices, ce qui a eu pour conséquence la remise en cause du déficit reportable constitué au 31 décembre 2011 et son imputation sur les résultats des trois exercices suivants, non prescrits. Par la présente requête, la SARL Franck Provost demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014, des cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises mises à sa charge au titre de l'exercice 2012 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période correspondante, ainsi que des pénalités appliquées.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. En vertu des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales et dès lors que la société requérante n'a pas accepté les rehaussements qui lui ont été notifiés dans le cadre de la procédure contradictoire et n'a pas saisi la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il incombe à l'administration d'établir le bien-fondé de l'impôt.
En ce qui concerne la reconstitution du chiffre d'affaires de l'exercice clos en 2012 :
3. Pour rejeter la comptabilité comme dépourvue de valeur probante, l'administration a constaté, sur la base de fichiers comptables saisis dans les locaux de la société Marlix, qui édite et assure la maintenance du logiciel de caisse utilisé par la société requérante, que plus de 60% des recettes en espèces ont été artificiellement supprimées pour le mois de juillet et les 20 premiers jours du mois de septembre 2012. L'administration a en outre démontré, par comparaison entre les différentes versions des fichiers, que les numéros des fiches-clients annulées ont été modifiés afin de masquer la suppression des recettes. Ces constatations, qui témoignent d'une modification délibérée des données de caisse par un logiciel externe au système afin d'éluder une partie des recettes en espèces, quand bien même elles auraient été faites au vu d'un échantillon réduit, suffisaient à entacher la comptabilité de graves irrégularités sans que la société requérante puisse sérieusement soutenir, dans le contexte ci-dessus décrit, qu'elle n'était pas à l'origine des suppressions recettes et qu'elle n'était pas propriétaire des fichiers saisis. L'administration était dès lors en droit d'écarter sa comptabilité.
4. Pour estimer le montant des suppressions de recettes opérées en 2012, le service a constaté que tous les autres mois de l'année comportaient un taux de recettes similaires aux deux fichiers falsifiés, avec un taux moyen de 7,78% sur toute l'année, au lieu des 20,76% constatés sur deux fichiers vierges de toute manipulation et a donc réévalué le montant des espèces en extrapolant ce taux de 20,76% à toute l'année 2012. Contrairement à ce que soutient la société requérante, l'échantillon de 51 jours utilisé à la seule fin de déterminer un taux de paiement en espèces suffisait à pratiquer une extrapolation sur toute l'année. Au surplus, l'administration a constaté que le taux d'espèces des exercices 2013 et 2014 était en moyenne d'un montant assez proche de celui qui a été constaté sur les deux fichiers de 2012 vierges de toute manipulation et ne connaissait pas de variation significative d'un mois à l'autre. Par conséquent, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenue par le service pour 2012 n'est ni radicalement viciée ni excessivement sommaire.
En ce qui concerne la remise en cause des déficits reportables des exercices clos en 2011, 2013 et 2014 :
5. Les déficits reportables au 31 décembre 2011, premier exercice prescrit, s'élevaient à 209 187 euros, dont 190 835 euros au titre des déficits antérieurs à 2011 et 18 352 euros au titre de 2011. De plus, la société requérante a imputé un déficit antérieur de 92 907 euros pour la détermination du résultat de l'exercice clos en 2013 et un déficit antérieur de 51 159 euros pour la détermination du résultat de l'exercice clos en 2014.
6. L'administration a constaté que la part des espèces dans la recette comptabilisée pour l'ensemble de l'exercice 2011 était très proche de celle déclarée pour l'exercice 2012, l'écart n'étant que de 0.24%. Elle en a déduit que les recettes en espèces comptabilisées pour 2011 sont, comme celles de 2012, très éloignées des recettes réelles recensées pour ce type de règlement sur les périodes allant du 1er juillet 2012 au 31 juillet 2012 et du 1er septembre 2012 au 20 septembre 2019, mais aussi des recettes en espèces comptabilisées à compter du mois de janvier 2013. Sur la base de ces constatations, qui ne reposent pas seulement sur les données propres à l'exercice 2012 mais aussi sur l'examen des données comptables de l'exercice 2011, le service a rejeté la comptabilité de la société pour 2011 comme non probante et a reconstitué les recettes omises selon la même méthode que celle retenue pour 2012, aboutissant à un écart de 295 396 euros entre le chiffre d'affaires déclaré et le chiffre d'affaires reconstitué et ramenant à zéro le montant du déficit reportable au 31 décembre 2011. Ainsi qu'il a été dit ci-avant, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires appliquée par l'administration au titre de l'exercice 2012 n'est ni radicalement viciée, ni excessivement sommaire et l'administration était fondée à s'en prévaloir pour reconstituer le chiffre d'affaires de l'exercice 2011 à partir de la remise en cause des déficits reportables constatés au 31 décembre de cet exercice et majorer les résultats imposables des exercices clos en 2013 et 2014 du montant des déficits reportables rejetés.
Sur les majorations pour manœuvres frauduleuses :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis. ".
8. Pour appliquer la majoration de 80% prévue par les dispositions du c. de l'article 1729 du code général des impôts au titre de l'ensemble des exercices vérifiés, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que la société a non seulement minoré des recettes, mais l'a fait avec l'aide d'un logiciel ayant pour fonction d'effacer de la comptabilité des règlements en espèces en donnant ainsi l'apparence de la sincérité des déclarations en réalité inexactes. Par suite, l'administration fiscale établit les manœuvres frauduleuses et, partant, le bien-fondé de l'application de la majoration prévue par les dispositions précitées.
9. Enfin, contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance que les déficits repris par le service ont été constitués au cours d'un exercice prescrit est sans incidence sur le bien-fondé de la majoration correspondant aux suppléments d'imposition pour 2013 et 2014 dès lors que ces suppléments résultent des manœuvres frauduleuses constatées en 2011 et 2012. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Franck Provost Rive droite demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Franck Provost Rive droite est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Franck Provost Rive droite et au directeur régional du contrôle fiscal d'Ile de France Est et Ouest.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perfettini, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Guiader, premier conseiller.
Rendu public par sa mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.
La rapporteure,
M. A
La présidente,
D. PERFETTINI
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1923482/1-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026