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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1923617

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1923617

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1923617
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET FISCALIS-PC (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 4 novembre 2019, le 19 septembre 2020 et le 25 juillet 2022, la SAS Garage Ardennes Jaurès, représentée par Me Carmouze, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives et supplémentaires de taxe sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les emplacements de stationnement au titre des années 2013 à 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- un entretien avec l'autorité hiérarchique de l'agent ayant réalisé le contrôle lui a été refusé ;

- la procédure est irrégulière dès lors que le service a refusé de se déplacer pour constater l'affectation des surfaces ;

- l'administration supporte la charge de la preuve ;

- elle ne dispose pas de bureaux affectés à un usage uniquement administratif ; ses bureaux de vente sont à usage commercial et les surfaces qu'ils occupent doivent donc être taxées comme surfaces commerciales ; les surfaces occupées par les bureaux d'atelier doivent être comptabilisées comme surfaces d'ateliers ;

- des surfaces à usage d'habitation ont été à tort taxées comme surfaces commerciales ;

- des locaux à disposition du personnel (vestiaires, douches) auraient dû être déduits ;

- seuls les parkings des clients, des véhicules neufs et d'occasion auraient dû être pris en compte comme emplacements de stationnement ;

- la surface commerciale totale doit être évaluée à 1 632 m² déduction faite des voies de circulation des parkings ;

- la surface totale des bureaux représente 28 m², une valeur inférieure au seuil d'imposition de 100 m².

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 17 avril 2020 et le 4 août 2020, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- et les observations de Me Carmouze, représentant la SAS Garage Ardennes Jaurès.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Garage Ardennes Jaurès, qui exerce une activité de vente et réparation automobile, exploite un ensemble immobilier, situé aux 3, 5, 5 bis rue des Ardennes à Paris -19ème arrondissement) composé de locaux commerciaux, de bureaux, d'un atelier d'entretien et de réparation et de surfaces de stationnement de véhicules réservés aux clients et au personnel. La SAS Garage Ardennes Jaurès a spontanément acquitté, à raison de l'ensemble de ces locaux et surfaces, au titre des années 2013 à 2016, la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux, prévue par l'article 231 ter du code général des impôts. A l'issue d'un contrôle sur pièces, la société a été assujettie à des cotisations supplémentaires de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement au titre de chacune de ces années, par une proposition de rectification du 21 décembre 2016. La réclamation du 31 décembre 2018 de la société requérante demandant la restitution de ces cotisations a été rejetée par une décision de l'administration fiscale en date du 3 septembre 2019. A l'appui de sa requête, la SAS Garage Ardennes Jaurès demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives et supplémentaires de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts : " I.- Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France (). / () III.- La taxe est due : / 1° Pour les locaux à usage de bureaux, qui s'entendent, d'une part, des bureaux proprement dits et de leurs dépendances immédiates et indispensables destinés à l'exercice d'une activité, de quelque nature que ce soit, par des personnes physiques ou morales privées () / 2° Pour les locaux commerciaux, qui s'entendent des locaux destinés à l'exercice d'une activité de commerce de détail ou de gros et de prestations de services à caractère commercial ou artisanal ainsi que de leurs réserves attenantes couvertes ou non et des emplacements attenants affectés en permanence à la vente ; / 3° Pour les locaux de stockage, qui s'entendent des locaux ou aires couvertes destinés à l'entreposage de produits, de marchandises ou de biens et qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production ; / 4° Pour les surfaces de stationnement, qui s'entendent des locaux ou aires, couvertes ou non couvertes annexées aux locaux mentionnés aux 1° à 3°, destinés au stationnement des véhicules, qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production. / IV.- Pour le calcul des surfaces visées au 3° du V et au VI, il est tenu compte de tous les locaux de même nature, hors parties communes, qu'une personne privée ou publique possède à une même adresse ou, en cas de pluralité d'adresses, dans un même groupement topographique. / V.- Sont exonérés de la taxe : / () 3° Les locaux à usage de bureaux d'une superficie inférieure à 100 mètres carrés, les locaux commerciaux d'une superficie inférieure à 2 500 mètres carrés, les locaux de stockage d'une superficie inférieure à 5 000 mètres carrés et les surfaces de stationnement de moins de 500 mètres carrés annexées à ces catégories de locaux ; / () ".

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3.Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ".

4. D'une part, dès lors que la société requérante a été imposée, conformément à ses déclarations s'agissant des surfaces de bureaux, au titre des années en litige concernant la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux, il lui appartient de justifier de son caractère exagéré pour pouvoir en obtenir la décharge ou la réduction.

5. D'autre part, si l'administration fait valoir que, dès lors que la société a souscrit, dans le cadre de la révision foncière de l'année 2013, une déclaration 6660-REV-K faisant état de surfaces de 9 500 m2 affectées notamment à usage de bureaux et de magasins d'une surface supérieure à 2 500 m2, elle supporte la charge de la preuve, il résulte de l'instruction que ladite déclaration, souscrite au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties, ne détaillait pas les surfaces selon les quatre catégories relatives à la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement. Dans ces conditions, la charge de la preuve n'incombait pas à la société requérante en ce qui concerne les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement.

En ce qui concerne la fiabilité du métrage des surfaces établi par la société requérante :

6. En premier lieu, si, ainsi que le fait valoir l'administration, la surface à prendre en compte pour l'établissement de la taxe litigieuse est la somme, arrondie au mètre carré inférieur, des surfaces réelles de chaque niveau de la construction mesurées au plancher entre murs ou séparations, la circonstance que la société requérante produit des plans métrés et un tableau des surfaces des pièces de chaque niveau du garage aux 3, 5, 5 bis rue des Ardennes à Paris, arrondies à l'unité inférieure, n'est pas à elle seule de nature à faire regarder ces plans comme comportant des informations erronées devant être écartées du débat alors qu'il résulte de l'instruction que ces plans et le tableau annexé ont été établis et signés par un géomètre expert et que le service a tenu compte de ces éléments dans sa réponse aux observations du contribuable du 7 juin 2018.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que seule une page du plan, relative au niveau 5 de l'immeuble comporte des mentions en langue anglaise alors que le même niveau est décrit en français dans un autre plan établi par le géomètre expert. En outre, si l'administration fait valoir que, dès lors que la société requérante avait déclaré en 2013 dans le cadre de la révision foncière une surface totale de 9 500 m², le métrage total de 6 731 m² proposé par la société doit être écarté et prétend, sans apporter de précisions, que des surfaces n'auraient pas été mesurées, il ressort de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que le métrage produit par la société a été établi par un géomètre expert et qu'aucun élément ne permet de remettre en cause cette évaluation.

En ce qui concerne les surfaces commerciales :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les surfaces commerciales du garage de la société requérante comprennent, au rez-de-chaussée, le hall commercial de 368 m², un parking client de 48 m², un WC et un débarras totalisant 8 m², à l'entresol, une aire de stockage des véhicules d'occasion de 398 m², au niveau +1 destiné aux activités de réparation, une surface totale de 283,5 m² incluant deux parkings devant être regardés comme des réserves attenantes, des salles d'attente et de réception des clients, un magasin et un local de stockage de pièces destinées à la vente, au niveau +2, un magasin de 109 m2, au niveau +3 des parkings de véhicules neufs d'une superficie de 316 m² et au niveau +4 un parking de 41 m2 à l'affectation non précisée et devant aussi être regardé comme une réserve attenante.

9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient l'administration, les surfaces occupées par le lavage automobile d'une superficie totale de 48 m² au niveau +2 sont destinées à des activités de production et ne peuvent être taxées dans la catégorie des surfaces commerciales. En outre, et pour le même motif, il ne résulte pas de l'instruction que les surfaces situées au niveau -2 " atelier de préparation des véhicule neufs et d'occasion " et les surfaces attenantes puissent être regardées comme des surfaces commerciales.

10. En troisième lieu, si la société requérante soutient que les voies de circulation desservant les surfaces de stationnement des véhicules neufs et d'occasion destinés à la vente ne sont pas situées dans le champ de la taxe, il résulte de l'instruction que ces surfaces doivent être regardées comme des emplacements attenants affectés en permanence à des activités de vente ou de prestations de service, au sens des dispositions précitées du 2° du II de l'article 231 ter du code général des impôts. En outre, les voies de circulation desservant conjointement des locaux commerciaux et des locaux à usage de bureaux doivent être réparties au prorata des surfaces utilisées, pour chacun des niveaux de l'immeuble. Par suite, les voies de circulation doivent être comptabilisées comme surfaces commerciales pour une superficie totale de 643 m².

11. En dernier lieu et contrairement à ce que fait valoir le service, les surfaces occupées au rez-de-chaussée de l'immeuble par les bureaux de vente, d'une superficie totale de 51 m², doivent être regardées comme des surfaces commerciales, dès lors qu'ils sont accessibles au public et participent de l'activité de vente de véhicules du garage.

12. Il résulte de ce qui précède que les surfaces commerciales du garage représentent au total une superficie de 1583 m². Par suite, ces locaux, qui occupaient une superficie inférieure à 2 500 m², relevaient de l'exonération prévue par le 3° du V de l'article 231 ter du code général des impôts.

En ce qui concerne les surfaces de bureaux :

13. En premier lieu, ainsi que le fait valoir l'administration, les surfaces du bureau d'atelier et le local d'archives de l'atelier au niveau -1, d'une superficie de 66 m², doivent regardés comme des espaces de bureaux.

14. En deuxième lieu, il résulte l'instruction que le local d'une superficie de 219 m² situé au niveau +5, qui a été comptabilisé comme surface de bureau par l'administration, est un appartement, ainsi qu'en atteste le bail commercial conclu le 9 février 2010 entre la requérante et la SAS Toyota Tsusho Automobiles Paris Est ainsi que le procès-verbal d'huissier en date du 7 octobre 2020, produit par la société requérante. Par conséquent, la superficie occupée par ce local à usage d'habitation ne peut être regardée comme surface de bureau.

15. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, des voies de circulation desservant concurremment les locaux commerciaux et les locaux à usage de bureaux doivent être comptabilisées comme surfaces de bureaux pour une superficie totale de 7,88 m².

16. Il résulte de ce qui précède que la superficie totale de surfaces de bureaux du garage, qui comprend les espaces au niveau -1, le standard du service après-vente de 28m² au niveau +1 et 7,88 m2 de voies de circulation, totalise 91,88 m². Ainsi, les surfaces de bureaux de la société requérante, d'une superficie inférieure à 100 mètres carrés, sont exonérées des taxes en litige en application des dispositions du 3° du V de l'article 231 ter du code général des impôts.

17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société est fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2016.

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Garage Ardennes Jaurès et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La SAS Garage Ardennes Jaurès est déchargée de la cotisation de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2016.

Article 2 : L'Etat versera à la SAS Garage Ardennes Jaurès une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Garage Ardennes Jaurès et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Guiader, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. A La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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