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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1923912

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1923912

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1923912
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance du 6 novembre 2019, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de M. C D, enregistrée le 30 juillet 2018. Par cette requête enregistrée sous le n° 1923912, et un mémoire en réplique, enregistré le 3 juin 2019, M. D, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mai 2018 par laquelle la commune d'Aulnay-sous-Bois a refusé de procéder à sa réintégration et de reconstituer sa carrière ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Aulnay-sous-Bois de le réintégrer à compter du jour de son éviction et de procéder à la reconstitution de sa carrière depuis ce jour.

Il soutient que :

- une erreur d'appréciation a été commise : la circonstance que le jugement du tribunal administratif de Paris du 18 avril 1991, prononçant l'annulation de la décision mettant fin à ses fonctions, a rejeté sa demande tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune d'Aulnay-sous-Bois de le réintégrer dans ses effectifs, n'a pas d'incidence sur son droit à être réintégré ;

- la commune ne pouvait refuser de le réintégrer dès lors qu'il n'avait pas fait valoir ses droits à la retraite à la date à laquelle il avait sollicité sa réintégration ;

- il est en droit d'obtenir la reconstitution de sa carrière au-delà de la période pour laquelle la commune a été reconnue responsable du fait de l'illégalité de la décision mettant fin à ses fonctions et du refus de le réintégrer opposé à la demande qu'il a formulée le 7 février 1992 ;

- la commune n'a pas procédé au versement des cotisations nécessaires à la reconstitution de ses droits à pension de retraite ;

- la prescription quadriennale ne peut être opposée à sa demande de reconstitution de carrière dans la mesure où celle-ci ne correspond pas une créance de nature pécuniaire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 février 2019 et le 27 juin 2019, la commune d'Aulnay-sous-Bois conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 10 mars 2022, un complément d'instruction a été adressé à M. D sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Un mémoire complémentaire, en réponse à ce complément d'instruction, a été enregistré le 30 mars 2022, et soumis au contradictoire.

II. Par une demande, enregistrée le 2 août 2018 sous le n° 1921737, M. C D, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal d'enjoindre à la commune d'Aulnay-sous-Bois de le réintégrer à compter du jour de son éviction et de procéder à la reconstitution de sa carrière depuis ce jour, en exécution du jugement n° 0880620 du 18 avril 1991 par lequel le présent tribunal avait annulé l'arrêté du 17 novembre 1987 par lequel le maire de la commune d'Aulnay-sous-Bois avait accepté sa démission et l'avait rayé des cadres.

Il soutient que la commune d'Aulnay-sous-Bois n'a pas procédé à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière.

Par une décision du 5 avril 2019, le vice-président du tribunal administratif a classé la demande de M. D.

Par un mémoire, enregistré le 6 mai 2019, M. D a contesté ce classement et demandé au tribunal de prescrire, par voie juridictionnelle, les mesures d'exécution du jugement visé ci-dessus.

Par une ordonnance du 3 octobre 2019, le président du tribunal administratif a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par un mémoire, enregistré le 15 novembre 2019, la commune d'Aulnay-sous-Bois conclut au rejet de la demande de M. D.

Elle soutient avoir pleinement exécuté les obligations résultant du jugement dont l'exécution est demandée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bousquet, avocat de M. D ;

- et les observations de Mme B, représentant de la commune d'Aulnay-sous-Bois.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées ci-dessus n°1923912 et n°1921737, présentées par M. D, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par un jugement n° 0880620 du 18 avril 1991, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 17 novembre 1987 par lequel le maire de la commune d'Aulnay-sous-Bois avait accepté la démission de M. D et l'avait rayé des cadres de la commune. Par des jugements en date du 3 juin 1999 et du 8 février 2001, le tribunal a condamné cette même commune au versement des sommes de 50 000 F (7 622,45 euros) et de 270 000 F (41 161,23 euros) en réparation des préjudices moral et financier subis par l'intéressé du fait de l'illégalité de l'arrêté du 17 novembre 1987 et du refus de le réintégrer, opposé à la demande qu'il avait formulée le 7 février 1992. Par un courrier du 29 mars 2018, M. D a demandé à la commune d'Aulnay-sous-Bois de procéder à sa réintégration sur un poste équivalent à celui qu'il occupait au moment de son éviction, ainsi qu'à la reconstitution de sa carrière. Par un courrier du 29 mai 2018, le maire de la commune a refusé de faire droit à cette demande. M. D demande, d'une part, l'annulation de cette décision, d'autre part, de prescrire par voie juridictionnelle les mesures d'exécution du jugement n° 0880620 du 18 avril 1991.

Sur la requête n°1923912 :

En ce qui concerne le refus de réintégration :

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de procéder à la réintégration de M. D, le maire de la commune d'Aulnay-sous-Bois s'est notamment fondé sur la circonstance que le jugement du 18 avril 1991, prononçant l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 1987, avait rejeté les conclusions de l'intéressé tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de le réintégrer dans ses effectifs. Toutefois, l'annulation par le juge administratif d'une décision mettant fin aux fonctions d'un agent public comporte nécessairement l'obligation pour l'administration de le réintégrer dans ses fonctions et cette obligation n'est pas subordonnée à une demande de l'intéressé. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de procéder à sa réintégration pour ce motif, le maire de la commune d'Aulnay-sous-Bois a commis une erreur de droit.

4. Toutefois, dans le cas où le motif d'une décision administrative est erroné, il revient au juge de l'excès de pouvoir d'examiner si, après neutralisation de ce motif, l'autorité administrative aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur un autre motif légal. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse du 29 mai 2018 est également fondée sur le motif tiré de ce que l'admission à la retraite de M. D faisait obstacle à sa réintégration effective. Or, l'admission à la retraite d'un agent public irrégulièrement évincé, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle est intervenue, fait obstacle à ce que l'exécution de la décision juridictionnelle prononçant l'annulation de la décision de licenciement implique la réintégration effective de l'intéressé dans son emploi ou dans un emploi équivalent. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du brevet de pension produit par le requérant en réponse au complément d'instruction qui lui a été adressé le 10 mars 2022, que ce dernier a été admis à faire valoir ses droits à la retraite le 1er avril 2018. Ainsi, il résulte de l'instruction que le maire de la commune d'Aulnay-sous-Bois, qui s'est fondé sur la situation de fait et de droit prévalant à la date à laquelle il s'est prononcé, aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur cet autre motif, qui n'est pas entaché d'illégalité et de nature à justifier, à lui seul, le refus de réintégrer M. D.

En ce qui concerne le refus de reconstitution de carrière :

5. D'une part, l'obligation de reconstituer la carrière d'un agent illégalement radié des cadres ne porte que sur la période comprise entre la date de l'éviction illégale et la date de l'annulation contentieuse de cette décision d'éviction. Ainsi, en refusant de procéder à la reconstitution de la carrière de M. D au-delà de cette période, la commune d'Aulnay-sous-Bois n'a pas commis d'erreur de droit.

6. D'autre part, l'annulation d'une décision licenciant illégalement un agent public implique nécessairement, au titre de la reconstitution de sa carrière, la reconstitution des droits sociaux, notamment des droits à pension de retraite, qu'il aurait acquis en l'absence de l'éviction illégale et, par suite, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à cette reconstitution. Ainsi, sauf à ce que l'agent ait bénéficié d'une indemnité destinée à réparer le préjudice matériel subi incluant les sommes correspondantes, il incombe à l'administration de prendre à sa charge le versement de la part salariale de ces cotisations, au même titre que de la part patronale. Si M. D soutient que la commune d'Aulnay-sous-Bois n'a pas procédé au versement des cotisations nécessaires à la reconstitution de ses droits à pension de retraite, il ressort des pièces du dossier que le requérant a perçu une indemnité destinée à réparer le préjudice financier qu'il a subi du fait de l'illégalité de l'arrêté du 17 novembre 1987 et du refus de le réintégrer opposé à la demande qu'il a formulé le 7 février 1992. Cette indemnité incluait les sommes correspondant aux cotisations nécessaires à la reconstitution des droits à pension de retraite qu'il aurait acquis en l'absence de l'éviction illégale. Par suite, la commune d'Aulnay-sous-Bois n'a pas méconnu l'obligation de reconstituer les droits sociaux de l'intéressé.

7. Enfin, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".

8. L'annulation d'une décision licenciant illégalement un agent public implique nécessairement, au titre de la reconstitution de sa carrière, la restitution de l'avancement auquel il aurait pu prétendre et la reconstitution des droits sociaux qu'il aurait acquis en l'absence de l'éviction illégale. Dans la mesure où M. D n'a jamais été réintégré dans les effectifs de la commune d'Aulnay-sous-Bois à la suite de son éviction, la restitution de son avancement n'a pu que se traduire dans l'indemnité dont il a bénéficié au titre de la perte de son traitement et qui comprend son évolution théorique. S'agissant de la reconstitution des droits sociaux, elle implique, ainsi qu'il a été dit au point 6, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à la reconstitution des droits à pension de retraite de l'agent et revêt ainsi une nature éminemment pécuniaire. Par conséquent, c'est à bon droit que la commune d'Aulnay-sous-Bois a opposé au requérant la prescription quadriennale des sommes auxquelles il prétend au titre de la reconstitution de sa carrière.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mai 2018 par laquelle la commune d'Aulnay-sous-Bois a refusé de procéder à sa réintégration et de reconstituer sa carrière. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur la requête n°1921737 :

10. Il résulte de ce qui précède que la demande d'exécution du jugement n° 0880620 du 18 avril 1991 présentée par M. D doit être rejetée. Si le requérant demande également l'exécution d'un jugement du tribunal en date du 26 février 1996, il n'assortit cette demande d'aucune précision utile permettant d'en apprécier la portée et la pertinence, en l'absence de toute référence précise relative à ce prétendu jugement, au demeurant non versé au dossier.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 1923912 et n° 1921737 de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la commune d'Aulnay-sous-Bois.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Riou, présidente,

- Mme Laforêt, première conseillère,

- Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

C. AL'assesseure la plus ancienne,

L. Laforêt

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 1923912 - 1921737

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