vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1926550 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DUFAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 décembre 2019, le 19 mai 2020, le 8 juin 2022 et le 9 juin 2022, M. E F et Mme C F, représentés par Me Dufau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à M. E F, en son nom propre, une somme totale de 417 348,37 euros, à Mme C F, en son nom propre, une somme de 11 500 euros, et à M. E F et Mme C F, en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, une somme totale de 18 000 euros, en réparation des préjudices consécutifs à la prise en charge de M. F à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison de la contraction par M. F, lors de sa prise en charge par l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, d'une infection nosocomiale tenant à une lymphangite du bras droit et du traitement inadapté de cette infection ;
- M. F est fondé à solliciter, en son nom propre, le versement d'indemnités de 15 000 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels, de 4 309,62 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne temporaire, de 274 080 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs, de 4 190 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne permanente, de 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, de 5 468,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 30 000 euros au titre des souffrances endurées, de 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 40 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, de 6 000 euros au titre du préjudice d'agrément et de 5 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- Mme F est fondée à solliciter, en son nom propre, le versement d'indemnités de 10 000 euros au titre du préjudice d'affection et de 1 500 euros au titre du préjudice d'accompagnement ;
- M. et Mme F sont fondés à solliciter, en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, A el Rahman, Miloud et Afnane, des indemnités de 8 000 euros, 5 000 euros et 5 000 euros au titre du préjudice d'affection de ces derniers.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 avril 2020 et le 8 juin 2020, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut à ce que l'indemnisation accordée aux requérants soit ramenée à de plus justes proportions et au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne présentées au titre des dépenses de santé actuelles.
Elle soutient que :
- les préjudices invoqués par M. F au titre de la perte de gains professionnels actuels et futurs, des frais d'assistance par tierce personne temporaire et permanente et de l'incidence professionnelle ne doivent pas donner lieu à indemnisation ;
- la réparation des préjudices de M. F peut être fixée à 3 012 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 15 000 euros au titre des souffrances endurées, à 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, à 31 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 1 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, à 1 500 euros au titre du préjudice d'agrément et à 2 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- les préjudices invoqués par les victimes indirectes ne présentent pas de lien de causalité avec la survenue de l'infection nosocomiale et ne peuvent donc donner lieu à indemnisation ;
- les demandes présentées par la CPAM de la Haute-Garonne au titre des dépenses de santé actuelles ne sont pas suffisamment justifiées.
Par des mémoires, enregistrés le 19 mai 2020 et le 17 juin 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Garonne, représentée par Me Noy, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 46 471,43 euros en remboursement des prestations versées dans l'intérêt de M. F, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2020 ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander à l'AP-HP le remboursement des prestations versées dans l'intérêt de M. F, ainsi que le paiement des frais futurs qui s'élèvent à la somme totale de 46 471,43 euros ;
- l'indemnité forfaitaire de gestion doit être mise à la charge de l'AP-HP.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dufau pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, qui est atteint d'une cardiopathie congénitale, a subi le 28 octobre 2010 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dépendant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), une opération d'exérèse partielle du septum et de valvuloplastie septale. Le 30 octobre 2010, un problème septique est apparu avec lymphangite du bras droit. La perfusion responsable de la lymphangite a été retirée le 1er novembre 2010 et un traitement antibiotique a été mis en place. Des hémocultures ont été réalisées et ont révélé une infection par staphylocoque blanc Méthi R, responsable d'une endocardite aortique. L'évolution de l'état de santé de M. F a rendu nécessaire la réalisation d'une opération de remplacement valvulaire, effectuée le 24 mai 2011 à l'hôpital Marie Lannelongue au Plessis-Robinson (92350). Par courrier du 20 septembre 2019, M. F et son épouse, en leur nom propre ainsi qu'en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, ont sollicité la réparation des préjudices qu'ils estimaient avoir subis du fait de la prise en charge de M. F à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Cette demande étant restée sans réponse, M. et Mme F demandent au tribunal, par la présente requête, de condamner l'AP-HP à leur verser respectivement, en leur nom propre, les sommes de 417 348,37 euros et 11 500 euros et, en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, la somme de 18 000 euros.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé et les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 26 mai 2014 établi par le Dr B et le Dr D, dont les conclusions ne sont pas contestées par l'AP-HP, que l'infection par staphylocoque contractée par M. F et à l'origine de son endocardite est survenue au cours de sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et que l'intéressé n'était porteur d'aucune infection avant cette prise en charge. L'AP-HP, qui n'établit pas que l'infection en cause aurait une autre origine que cette prise en charge, est dès lors entièrement responsable, en application des dispositions précitées, des dommages qui en ont résulté.
Sur les préjudices de M. F et de la CPAM de la Haute-Garonne :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux dépenses de santé :
4. Il résulte d'une notification définitive de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil que la CPAM de la Haute-Garonne a exposé, en lien avec l'infection nosocomiale contractée par M. F au sein de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, des dépenses de santé, consistant en des frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques et de transport d'un montant total de 40 379,73 euros jusqu'à la consolidation de l'état de santé de l'intéressé. Sur cette même période, M. F n'établit ni n'allègue avoir exposé des frais de santé restés à sa charge.
5. Il y a dès lors lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM de la Haute-Garonne la somme précitée de 40 379,73 euros.
Quant à la perte de gains professionnels actuels :
6. Si M. F demande la réparation du préjudice correspondant à la perte de revenus qu'il a subie entre sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière en octobre 2010 et la date de sa consolidation, fixée au 18 avril 2012, il ne justifie pas, par les pièces qu'il verse au dossier, qu'il percevait des revenus professionnels avant ladite prise en charge, notamment dans le cadre de l'activité d'entrepreneur indépendant qu'il exerçait depuis le 1er juillet 2018. Il n'est dès lors pas fondé à demander une réparation au titre d'un tel chef de préjudice.
Quant à l'assistance par tierce personne :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 26 mai 2014, que, jusqu'à la consolidation de son état de santé, le 18 avril 2012, M. F a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de trois heures par semaine. Par ailleurs, il n'a pas été exposé à un tel besoin d'assistance entre le 25 octobre 2010 et le 3 décembre 2010, du 7 janvier 2011 au 20 janvier 2011 et du 20 mai 2011 au 1er juin 2011, périodes au cours desquelles il était hospitalisé. Dans ces conditions, au regard du caractère non spécialisé de cette assistance justifiant que le taux horaire retenu soit fixé à 15 euros pour la période considérée, sur la base du salaire minimum de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, il sera fait une juste appréciation des besoins temporaires en assistance d'une tierce personne à domicile de M. F, calculés sur une période de 68 semaines, en les évaluant à la somme de 3 060 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant aux dépenses de santé futures :
8. Il résulte de l'attestation produite par la CPAM de la Haute-Garonne que les frais de santé futurs qu'elle sera amenée à exposer dans l'intérêt de M. F peuvent être évalués à la somme de 214,65 euros par an. A la date du présent jugement, M. F est âgé de 51 ans. L'euro de rente viagère prévu au barème de capitalisation 2020 des rentes des victimes, établi selon les tables de mortalité de l'INSEE de la population générale pour 2014-2016 à partir d'un taux d'intérêt nul et publié à la Gazette du Palais, s'élève pour un homme de cet âge à 30,016. Ainsi, et dès lors que l'AP-HP ne s'oppose pas au remboursement des frais en cause sous forme de capital, il y a lieu de faire droit à la demande présentée à la CPAM de la Haute-Garonne en mettant à la charge de l'AP-HP à ce titre le versement d'une somme de 6 091,70 euros.
Quant à la perte de gains professionnels futurs :
9. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. F ne justifie pas, par les pièces qu'il verse au dossier, qu'il percevait des revenus professionnels avant sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, notamment dans le cadre de l'activité d'entrepreneur indépendant qu'il exerçait depuis le 1er juillet 2018. Il n'est dès lors pas fondé à demander à être indemnisé au titre de pertes de gains professionnels postérieures à sa consolidation.
Quant à l'assistance par tierce personne :
10. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de M. F aurait justifié, après consolidation, l'assistance d'une tierce personne pour les besoins de la vie quotidienne. Il n'est lors pas fondé à réclamer une indemnité à ce titre.
Quant à l'incidence professionnelle :
11. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 26 mai 2014 que le syndrome anxio-dépressif dont M. F a souffert du fait des complications liées à l'infection nosocomiale qu'il a contractée à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière l'a mis dans l'incapacité de reprendre l'activité de gérant de société qu'il exerçait précédemment. En outre, l'incapacité définitive de 20 % dont il est atteint en raison de cette infection nosocomiale affecte sa capacité à retrouver du travail et à percevoir des revenus pour l'avenir. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle de l'infection en cause en condamnant l'AP-HP à verser à M. F une indemnité de 30 000 euros à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
12. Il résulte de l'instruction est n'est pas contesté par l'AP-HP que M. F a présenté, entre sa prise en charge à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et sa date de consolidation, un déficit fonctionnel temporaire total du 25 octobre 2010 au 3 décembre 2010, du 7 janvier 2011 au 20 janvier 2011 et du 20 mai 2011 au 1er juin 2011, un déficit fonctionnel temporaire partiel qui peut être évalué au taux de 50 % pour les périodes du 4 décembre 2010 au 6 janvier 2011 et du 21 janvier 2011 au 19 mai 2011, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel pouvant être évalué au taux de 25 % pour la période du 2 juin 2011 au 18 avril 2012. Ces périodes de déficit fonctionnel temporaire doivent être regardées comme imputables, pour moitié s'agissant de la période d'hospitalisation initiale du 25 octobre 2010 au 3 décembre 2010, et en totalité s'agissant des autres périodes, à l'infection nosocomiale contractée par M. F à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de l'indemnisation due au requérant au titre du déficit fonctionnel en lien avec ladite infection en l'évaluant, sur la base d'un taux de 20 euros par jour de déficit fonctionnel temporaire total, à 4 080 euros.
Quant aux souffrances endurées :
13. Les experts ont évalué le préjudice correspondant aux souffrances endurées par M. F du fait de l'infection nosocomiale qu'il a contractée, liées à la gêne fonctionnelle, au fort retentissement psychologique, aux hospitalisations prolongées et à la nécessité de subir une seconde chirurgie cardiaque lourde, à 5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation du chef de préjudice dont s'agit en condamnant l'AP-HP à verser à M. F une somme de 13 000 euros.
Quant aux préjudice esthétique temporaire :
14. Il ne résulte pas de l'instruction que M. F aurait, notamment durant ses périodes d'hospitalisation, présenté une altération de son apparence physique justifiant l'octroi d'une indemnité au titre d'un préjudice esthétique temporaire. Le requérant ne peut dès lors prétendre à être indemnisé à ce titre.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
15. Les experts ont évalué à 30 %, dont 20 % en lien avec l'infection nosocomiale qu'il contractée à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le déficit fonctionnel permanent de M. F. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du chef de préjudice dont s'agit en l'évaluant à la somme de 30 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
16. Les experts ont évalué le préjudice esthétique permanent de M. F, en raison de la présence d'une cicatrice, à 1/7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans les circonstances de l'espèce, en mettant à la charge de l'AP-HP à ce titre une indemnité de 1 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
17. M. F, qui ne fait état d'aucune activité particulière à laquelle il aurait dû renoncer en raison des conséquences sur son état de santé de l'infection nosocomiale qu'il a contractée à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, n'est pas fondé à demander réparation du préjudice d'agrément qu'il invoque.
Quant au préjudice sexuel :
18. Les experts ont admis un préjudice sexuel modéré subi par M. F du fait des suites de son infection nosocomiale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'AP-HP à verser au requérant, en réparation de ce préjudice, une indemnité de 1 500 euros.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme totale de 82 640 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les préjudices des victimes indirectes :
En ce qui concerne l'épouse de M. F :
20. D'une part, il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme F, épouse de M. F, en l'évaluant à 2 000 euros.
21. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 18 que l'infection nosocomiale dont a été victime M. F a eu un retentissement sexuel dont a également été victime son épouse. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des préjudices extrapatrimoniaux exceptionnels de Mme F en les fixant à la somme de 1 500 euros.
En ce qui concerne les enfants mineurs de M. F :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection des trois enfants mineurs de M. F, en l'évaluant à 2 000 euros pour chaque enfant. Il y a dès lors lieu de condamner l'AP-HP à verser à M. et Mme F, en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants, une indemnité globale de 6 000 euros.
Sur les intérêts :
23. La CPAM de la Haute-Garonne a droit aux intérêts au taux légal sur la somme totale de 46 471,43 euros à compter du 19 mai 2020, date d'enregistrement au greffe de ses conclusions.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :
24. Aux termes du neuvième aliéna de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. ".
25. Il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par la CPAM de la Haute-Garonne sur le fondement des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'AP-HP, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par lesdites dispositions, une somme de 1 114 euros.
Sur les frais liés au litige :
26. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif à la charge de l'AP-HP.
27. D'autre part, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. et Mme F et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de la Haute-Garonne et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'AP-HP est condamnée à verser à M. F une indemnité de 82 640 euros.
Article 2 : L'AP-HP est à verser à Mme F, épouse de M. F, une indemnité de 3 500 euros.
Article 3 : L'AP-HP est condamnée à verser à M. et Mme F, en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, une somme de 6 000 euros.
Article 4 : L'AP-HP est condamnée à verser à la CPAM de la Haute-Garonne une somme de 46 471,43 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2020.
Article 5 : L'AP-HP versera à la CPAM de la Haute-Garonne la somme de 1 114 euros au titre de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 6 : Les frais d'expertise sont la charge de l'AP-HP.
Article 7 : L'AP-HP versera à M. et Mme F une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : L'AP-HP versera à la CPAM de la Haute-Garonne une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E F, à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
N. G
Le président,
Y. Marino
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1926550/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026