mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2000414 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LALOS, CHAUMEIL (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2021, M. et Mme A, représentés par Me Lalos, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépense.
Ils soutiennent que :
- l'apport de titres assorti d'une soulte ne peut être remis en cause sur le terrain de l'abus de droit, qui vise à sanctionner un enchaînement d'actes et non un acte isolé ;
- les modalités d'octroi de la soulte en litige ne sont pas contraires aux objectifs du législateur ;
- seule l'opération d'apport de titres peut être constitutive d'un abus de droit, la soulte n'étant qu'une modalité indissociable de l'opération d'ensemble ;
- la soulte ne répond pas à un objectif d'ajustement des parités d'échange ;
- l'octroi d'une soulte dans la limite de 10 % des apports de titres est autorisé sans condition.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une proposition de rectification du 12 septembre 2018, l'administration a notifié à M. et Mme A, dans le cadre de la procédure d'abus de droit fiscal prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015. Par la présente requête, M. et Mme A demandent la décharge de ces impositions.
2. Aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la procédure d'imposition en litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'administration use des pouvoirs que lui confère ce texte dans des conditions telles que la charge de la preuve lui incombe, elle est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables certains actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif ou que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé ces actes, aurait normalement supportées, eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. L'administration fiscale apporte cette preuve par la production de tous éléments suffisamment précis attestant du caractère fictif des actes en cause ou de l'intention du contribuable d'éluder ou d'atténuer ses charges fiscales normales. Dans l'hypothèse où l'administration s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au contribuable, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de la réalité des actes contestés ou de ce que l'opération litigieuse est justifiée par un motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer ses charges fiscales normales.
3. Aux termes du I de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, dans sa rédaction issue du B du I de l'article 18 de la loi du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012 : " L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. Le contribuable mentionne le montant de la plus-value dans la déclaration prévue à l'article 170. Les apports avec soulte demeurent soumis à l'article 150-0 A lorsque le montant de la soulte reçue excède 10 % de la valeur nominale des titres reçus. () ".
4. En instituant un mécanisme de report d'imposition, le législateur a entendu favoriser les restructurations d'entreprises susceptibles d'intervenir par échange de titres en évitant que l'imposition immédiate de la plus-value constatée à l'occasion d'une telle opération, alors que le contribuable ne dispose pas des liquidités lui permettant d'acquitter cet impôt, fasse obstacle à sa réalisation. Si, dans la version du texte applicable au litige, le report d'imposition bénéficie à la totalité de la plus-value résultant d'une opération d'apport avec soulte lorsque le montant de celle-ci n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus en rémunération de l'apport, le but ainsi poursuivi par le législateur n'est pas respecté si la stipulation d'une soulte au profit de l'apporteur en complément de l'attribution de titres de la société bénéficiaire de l'apport n'a aucune autre finalité que de permettre à celui-ci d'appréhender, en franchise immédiate d'impôt, des liquidités détenues par cette société ou par celle dont les titres sont apportés. Dans ce cas, l'administration est fondée, sur le fondement de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, à considérer qu'en stipulant l'octroi de cette soulte, les parties à l'opération d'apport ont recherché le bénéfice d'une application littérale des dispositions de l'article 150-0 B ter du code général des impôts à l'encontre des objectifs poursuivis par le législateur, dans le seul but d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'apporteur aurait normalement supportées.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. et Mme A ainsi que leurs deux enfants ont fait apport à la SARL AJMV GESTION, le 17 avril 2015, des actions et parts qu'ils possédaient dans quatre sociétés. Les requérants et leurs enfants ont reçu, en contrepartie, 1 274 951 parts de la SARL AJMV GESTION d'une valeur nominale de 1 euro chacune, réparties entre eux, et une soulte d'un montant global de 110 866 euros, répartie entre eux et portée au crédit de leurs comptes courants d'associés dans les livres de la SARL AJMV GESTION. Ces plus-values ont bénéficié de plein droit du régime de report d'imposition prévu à l'article 150-0 B du code général des impôts, dès lors que le montant des soultes n'excédait pas 10 % de la valeur nominale des titres de la SARL AJMV GESTION reçus en échange par les associés. Or, il résulte également de l'instruction que les requérants et leurs enfants ont opéré des prélèvements sur leurs comptes courants d'associés, dont le solde créditeur est passé de 110 866 euros au 31 décembre 2015 à 4,64 euros au 31 décembre 2016, et ce alors que l'activité de la SARL AJMV GESTION a dégagé, au titre des années 2015 et 2016, des déficits d'exploitation ne permettant pas le remboursement des soultes et que, dans le même temps, cette société a perçu des produits financiers à hauteur de 30 000 euros au titre de l'exercice 2015 et 434 317 euros au titre de l'exercice 2016. Dans ces conditions, l'administration apporte des éléments suffisamment précis pour démontrer l'existence d'un montage qui, d'une part, est constitué par une série d'opérations visant à masquer l'appréhension par les requérants de liquidités provenant de la remontée de dividendes des titres apportés à la SARL AJMV GESTION en franchise d'impôts et, d'autre part, détourne l'objectif poursuivi par le législateur dans le seul but d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que les requérants auraient normalement supportées.
6. En deuxième lieu, M. et Mme A soutiennent que la soulte n'est pas un acte au sens de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales mais une modalité possible de rémunération de l'apport, et que seul l'apport de titres peut être constitutif d'un abus de droit. Toutefois, la circonstance que le versement de soultes en espèces s'inscrit, avec la remise de parts de la SARL AJMV GESTION, dans le cadre d'une seule opération d'apport de titres, ne fait pas obstacle à ce que cette opération soit dissociée en un échange de titres et une cession de titres, la plus-value de cession résultant du versement d'une soulte pouvant être imposée séparément de celle réalisée lors de l'échange si son versement est constitutif d'un abus de droit. Si le législateur a admis que l'opération d'apport de titres à une société contrôlée par l'apporteur bénéficie intégralement, y compris pour la soulte, du report d'imposition dès lors que le montant de la soulte reçue par le contribuable n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus, l'octroi d'une soulte doit s'inscrire dans le respect du but qu'il a entendu poursuivre et constitue à défaut un abus de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que l'existence d'une soulte n'a pas uniquement vocation à résoudre des problématiques de parité d'échange subies par les associés, l'administration a fondé les rehaussements sur le fait que le versement des soultes en litige était seulement justifié par la volonté des requérants d'appréhender des liquidités en franchise d'impôt. Il suit de là que le moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, les requérants soutiennent que l'octroi d'une soulte dans la limite de 10 % des apports est autorisé sans condition et ne saurait faire l'objet d'une procédure d'abus de droit. Il résulte de l'instruction que les plus-values constituées par l'inscription de soultes au crédit des comptes courants d'associés des requérants et de leurs enfants dans les livres de la SARL AJMV GESTION ont effectivement bénéficié de plein droit, c'est-à-dire " sans condition ", du régime de report d'imposition prévu à l'article 150-0 B du code général des impôts, dès lors que le montant de ces soultes n'excédait pas 10 % de la valeur nominale des titres de la SARL AJMV GESTION reçus en échange par les associés. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'administration n'a pas fondé les rehaussements sur le seul octroi d'une soulte mais sur le fait que le versement des soultes en litige était seulement justifié par la volonté des requérants d'appréhender des liquidités en franchise d'impôt. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A ainsi qu'à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.
Le rapporteur,
A. B
Le président,
B. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026