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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2000815

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2000815

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2000815
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantKRIEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2020, la société F'errarie, représentée par Me Krief, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ainsi que des pénalités et majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

-elle a régulièrement comptabilisé le mali technique issu de la transmission universelle du patrimoine de la société MG Girls en " charge exceptionnelle sur cession d'éléments d'actifs " pour sa totalité ;

-ce mali est constitutif d'un actif corporel correspondant à la valeur du bail commercial dans lequel était exploité le fonds de commerce de la boutique des Champs-Elysées ;

-ce mali constitue une source régulière de profit ;

-la provision sur droit au bail était justifiée dès lors que la perte de la valeur de ce droit était clairement identifiée à la clôture de l'exercice 2015 et était nettement précisée quant à son montant ;

-le taux des intérêts de retard doit être limité au taux légal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques de la direction régionale de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société F'errarie, qui exerce une activité de commerce de gros d'habillement et de chaussures, sous l'enseigne " Best Mountain ", a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle le service lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des pénalités. La société F'errarie demande la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le mali de fusion :

2. Aux termes de l'article 210 du code général des impôts : " () II bis.-En cas de reprise d'un passif excédant la valeur réelle de l'actif qui est transféré à l'occasion d'une opération mentionnée au 3° du I de l'article 210-0 A, la charge correspondant à cet excédent ne peut être déduite. () " et aux termes de 210 A du même code dans sa version applicable : " 1 () L'inscription à l'actif de la société absorbante du mali technique de fusion consécutif à l'annulation des titres de la société absorbée ne peut donner lieu à aucune déduction ultérieure. () ".

3. Il résulte de l'instruction que la société F'errarie a acquis, le 30 mars 2012, la totalité des actions de la société MG Girls. Par une décision du 21 avril 2015, elle a dissous, sans liquidation, la société MG Girls avec effet rétroactif au 1er janvier 2015 et a opéré une transmission universelle du patrimoine sous le régime spécial prévu par l'article 210 A du code général des impôts. L'actif net reçu étant de - 2 745 182 euros et la valeur nette comptable des titres de la société représentant 525 497 euros, l'opération a généré un mali de fusion de 3 270 679 euros que la société requérante a affecté au droit au bail portant sur des locaux situés au 71-73 avenue des Champs-Elysées à Paris, actif auquel la plus-value latente se rapportait. Elle a ainsi comptabilisé le mali en charges sans le réintégrer extra-comptablement. Or, en vertu des dispositions précitées de l'article 210 A du code général des impôts, ce mali n'était pas déductible. En outre, ainsi que le fait valoir l'administration, la société a appliqué le traitement comptable du mali prévu par les dispositions comptables entrées en vigueur le 1er janvier 2016 et donc postérieurement à l'opération en litige qui a eu lieu le 1er janvier 2015. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la société F'errarie les redressements correspondants.

En ce qui concerne les provisions sur droit au bail :

4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ".

5. La société F'errarie a enregistré en comptabilité une provision pour dépréciation du droit au bail concernant des locaux situés au 88 rue Réaumur, Paris 2ème, regroupant un local commercial et des bureaux et constituant son siège. Le bail en cause, signé le 13 janvier 2009 pour une durée de 9 ans, arrivait à échéance le 12 janvier 2018. La société F'errarie justifie cette provision en se prévalant de la perte de valeur et d'attractivité du quartier où sont situés ces locaux et de la baisse de son chiffre d'affaires qui est passé de 20 millions d'euros en 2012 à 14,8 millions d'euros en 2015. En outre, elle produit un procès-verbal d'huissier du 2 mai 2016 qui atteste de la présence à proximité des locaux en question de nombreux locaux commerciaux vides. Toutefois, il est constant que les locaux occupés par la société requérante étaient réservés, pour une partie, à des bureaux et, pour l'autre, à la vente en gros et la perte d'attractivité du quartier a moins de conséquence sur la valeur du droit au bail de ce type de locaux que sur celle de locaux consacrés à la vente au détail. De même, la baisse des résultats de la société en 2015 ne saurait suffire à justifier la dépréciation de son droit au bail, d'autant que l'administration indique que cette baisse n'était pas seulement imputable à une diminution de son chiffre d'affaires mais également à une augmentation de ses charges d'exploitation. Par ailleurs, si la société F'errarie se prévaut du fait qu'un fonds de commerce voisin mis à prix à 40 000 euros a été finalement cédé à 21 000 euros, l'administration indique qu'il s'agissait d'une vente aux enchères intervenant à la suite d'une liquidation judiciaire et que cette société était déficitaire depuis 2009. Enfin, il est constant que si le bail arrivait à échéance le 12 janvier 2018, la propriétaire des locaux n'avait pas fait connaître sa volonté de ne pas le renouveler. Ainsi, la société F'errarie ne peut être regardée comme démontrant que son droit au bail aurait subi une dépréciation justifiant l'enregistrement de la provision litigieuse à la date de la clôture de l'exercice 2015.

6. Il résulte de ce qui précède que la société F'errarie n'est pas fondée à demander la décharge des impositions supplémentaires litigieuses ainsi que, par voie de conséquence, des pénalités correspondantes.

Sur les intérêts :

7. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () III. - Le taux de l'intérêt de retard est de 0,40 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé. () ".

8. La société F'errarie soutient que le taux de l'intérêt de retard qui lui a été appliqué sur le fondement de l'article 1727 du code général des impôts doit être limité au taux légal. Toutefois, si l'évolution des taux du marché a conduit à une hausse relative de l'intérêt prévu par l'article 1727 du code général des impôts depuis son institution, ce niveau n'est pas devenu manifestement excessif au regard du taux moyen pratiqué par les prêteurs privés pour un découvert non négocié. En outre, la référence au taux de l'intérêt légal, qui ne reflète qu'imparfaitement le taux du marché monétaire, ne constitue pas une référence plus pertinente pour établir le caractère manifestement excessif du taux de l'intérêt appliqué à la société requérante. Enfin, il n'appartient au juge de l'impôt ni de moduler le montant des intérêts de retard ni de limiter celui-ci au montant résultant de la seule application du taux légal. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le taux de 0,40 % par mois appliqué en l'espèce serait excessif doit dès lors être écarté.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société F'errarie au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la société requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société F'errarie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société F'errarie et à l'administrateur général des finances publiques de la direction régionale de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

A. A

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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