mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2000855 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 janvier 2020 et le 9 septembre 2021, la société PM Restauration, représentée par Me Maujeul, demande au tribunal :
1°) de condamner la compagnie parisienne de chauffage urbain à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices subis et dire que la somme portera intérêt au taux d'intérêt légal à compter du 30 octobre 2019, date de réception de la demande préalable et avec capitalisation des intérêts échus ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la compagnie parisienne de chauffage urbain doit être engagée en raison des travaux effectués par elle pendant près de cinq mois, qui l'ont empêchée d'exercer normalement son activité de restauration et qui lui ont causé un préjudice anormal et spécial ;
- le préjudice subi en raison d'une perte de chiffre d'affaires et une perte de marge brute s'élève à 60 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 octobre 2020 et le 16 novembre 2021, la compagnie parisienne de chauffage urbain conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société PM Restauration la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société PM Restauration ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Blanchetier, représentant la compagnie parisienne de chauffage urbain.
Considérant ce qui suit :
1. La société PM Restauration exploite un restaurant sous le nom de " A " situé 25 rue de la Pompe dans le 16ème arrondissement de Paris. Par un courrier du 28 octobre 2019, elle a sollicité auprès de la compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), l'indemnisation des préjudices commerciaux qu'elle estime avoir subis en raison de travaux de rénovation du réseau de chauffage effectués à compter du mois de juin 2017, rue de la Pompe. Par courrier du 19 novembre 2019, la CPCU a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société PM Restauration demande au tribunal de condamner la CPCU à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices subis.
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ainsi que de ceux que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'elle allègue avoir subis, et de l'existence d'un lien de causalité entre cet ouvrage et lesdits préjudices, qui doivent en outre présenter un caractère grave et spécial. Les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité.
3. La société PM Restauration soutient que les travaux entrepris du 6 juin au 13 octobre 2017 ont eu pour conséquence une baisse de sa clientèle et, par suite une perte de chiffre d'affaires.
4. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des procès-verbaux de constat d'huissiers datés du 20 juin et du 4 juillet 2017, que les travaux de rénovation du réseau de chauffage ont pu entraîner une gêne pour l'activité du restaurant, notamment en raison des modifications de la circulation automobile, du fait que la vue sur le restaurant a été partiellement masquée par des barrières et des matériaux, et de nuisances sonores pour la clientèle. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux ont rendu impossible ou même excessivement difficile l'accès au restaurant. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que cette situation aurait gêné ou réduit la clientèle dans des conditions telles qu'elles auraient causé à la société PM Restauration un préjudice anormal. Enfin, la société n'établit pas que les travaux auraient duré cinq mois alors qu'il résulte de l'instruction que le restaurant n'a été concerné que par la première phase des travaux qui s'est déroulée du 6 juin au 13 juillet 2017.
5. D'autre part, si la société requérante soutient que son chiffre d'affaires a baissé de 43 472 euros entre juin 2016 et juin 2017, il résulte de l'instruction que ses bénéfices nets ont baissé de 60 000 euros tandis que son chiffre d'affaires net a été en hausse en année complète 2017 par rapport à 2016. En outre, son chiffre d'affaires net n'a baissé que de 1,35% en 2018 par rapport à 2017. La perte de bénéfices invoquée n'est donc pas significative et le lien entre cette baisse et les travaux n'est pas établi. En outre, si la société PM Restauration soutient qu'elle a été contrainte à compter du 1er juillet 2017 de solliciter les prestations du site internet " la fourchette " afin de diminuer les futures pertes de chiffre d'affaires, elle n'établit pas de lien direct entre cette démarche et les dommages causés par les travaux alors qu'il résulte de l'instruction que le restaurant était toujours inscrit sur ce site en février 2020 et en novembre 2021. Par suite, la société PM Restauration n'établit pas que les inconvénients qui ont résulté pour elle de l'opération de travaux publics litigieuse auraient excédé les sujétions que doivent normalement supporter les riverains des voies publiques faisant l'objet de travaux réalisés dans un but d'intérêt général.
6. Il résulte de ce qui précède que le préjudice allégué ne présentant pas un caractère anormal, les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la compagnie parisienne de chauffage urbain, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société PM Restauration au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société PM Restauration la somme demandée par la compagnie parisienne de chauffage urbain au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société PM Restauration est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la compagnie parisienne de chauffage urbain présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société PM Restauration et à la compagnie parisienne de chauffage urbain.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Giraudon, présidente,
- Mme Marcus, première conseillère,
- Mme Castéra, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
A. B
La présidente,
M.-C. GiraudonLe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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