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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2001131

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2001131

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2001131
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2019, sous le n° 1923994, et un mémoire, enregistré le 12 mai 2021, Mme C A, représentée par Me Andrieux, demande au tribunal :

1°) de condamner le ministère de la culture et de la communication à lui verser la somme de 106 000,00 euros à titre de réparation de l'ensemble de ses préjudices, avec intérêt légal à compter de la réception de sa réclamation indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a rejeté sa demande de protection fonctionnelle sans avoir

véritablement et sérieusement procédé à son instruction, le ministère de la culture

a ainsi commis une faute ; est également fautif un défaut de respect de l'obligation de moyen concernant sa souffrance au travail ;

- la responsabilité de l'administration est également engagée du fait de l'illégalité constatée par le tribunal administratif de Paris de l'arrêté du29 avril 2014 prononçant la fin du son détachement à compter du 30 septembre 2013 (jugement du 17 juin 2015 n° 1414381/5-3) ;

- en outre, il y a eu un manque d'information à son égard, en l'absence de toute explication quant à la suite à intervenir sur sa situation une fois l'annulation contentieuse prononcée par le tribunal administratif, aucune information sur la régularisation de sa situation qui a conduit à constater un " indu sur rémunération " de 55 243,77 euros ;

- la responsabilité de l'administration est également engagée suite à des dysfonctionnements divers dans la gestion de sa carrière ;

- en conséquence de ces fautes, elle a subi des préjudices financiers, moraux et des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à 106 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2021 et des pièces enregistrées le

26 septembre 2022, qui n'ont pas été communiquées, le ministre de la culture et de la communication conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2020, sous le n° 2001131, et un mémoire en réplique, enregistré le 22 juin 2022, Mme C A, représentée par Me Andrieux demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et le ministère de la culture et de la communication à lui verser la somme de

106 000,00 euros à titre de réparation de l'ensemble de ses préjudices, avec intérêt légal à compter de la réception de sa réclamation indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en

application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- l'administration a rejeté sa demande de protection fonctionnelle sans avoir véritablement et sérieusement procédé à son instruction, le ministère de la culture a ainsi commis une faute ; est également fautif un défaut de respect de l'obligation de moyen concernant sa souffrance au travail ;

- la responsabilité de l'administration est également engagée du fait de l'illégalité constatée par le tribunal administratif de Paris de l'arrêté du 29 avril 2014 prononçant la fin du son détachement à compter du 30 septembre 2013 (jugement du 17 juin 2015

n° 1414381/5-3) ;

- en outre, il y a eu un manque d'information à son égard, en l'absence de toute explication quant à la suite à intervenir sur sa situation une fois l'annulation contentieuse prononcée par le tribunal administratif, aucune information sur la régularisation de sa situation qui a conduit à constater un " indu sur rémunération " de 55 243,77 euros ;

- la responsabilité de l'administration est également engagée pour faire suite à des dysfonctionnements divers dans la gestion de sa carrière ;

- en conséquence de ces fautes, elle a subi des préjudices financiers, moraux et des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à 106 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 mai 2022 et le 22 juillet 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le conservatoire national supérieur de musique et de danse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre de la culture, qui a produit des pièces le

26 septembre 2022 lesquelles n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité sociale,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée,

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée,

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985,

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986,

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986,

- le décret n° 2005-850 du 27 juin 2005,

- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010,

- l'arrêté du 17 novembre 2009 relatif aux missions et à l'organisation du secrétariat général du ministère de la culture et de la communication,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.

Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le

17 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Gicquel, secrétaire administrative de classe exceptionnelle du ministère de la culture et de la communication, a été détachée auprès du conservatoire national supérieur de la musique et de la danse de Paris (CNSMDP), à compter du 1er juin 2001, dans le cadre d'un contrat en date du 1er juin 2001, renouvelé le 1er juin 2004, en vue d'exercer les fonctions de sous-directrice des affaires scolaires. Le 27 juin 2007, son contrat a été renouvelé sous la forme d'un contrat à durée indéterminée prenant effet au 1er juin 2007. Par un arrêté du 30 avril 2013, le ministre de la culture et de la communication a maintenu Mme A en position de détachement sur un contrat pour une nouvelle période de trois ans à compter du 1er juin 2013. Par un arrêté du 29 avril 2014, il a été mis fin de manière rétroactive à compter du

30 septembre 2013 au détachement de Mme A auprès du conservatoire et celle-ci a été réintégrée au ministère de la culture et de la communication, en qualité de secrétaire administrative de classe exceptionnelle, à compter de cette même date. Par une décision du

11 juin 2014, la ministre de la culture et de la communication a confirmé qu'il était mis fin, de manière rétroactive, à son détachement à compter du 30 septembre 2013. Par un jugement du

17 juin 2015, le tribunal administratif de Paris, saisi par Mme A, a annulé l'arrêté du

29 avril 2014 mettant fin à son détachement, ensemble la décision du 11 juin 2014 en tant qu'elle confirme cette décision. Par un arrêt du 4 octobre 2016, la cour administrative d'appel de Paris a confirmé ce jugement. Par un arrêté du 16 septembre 2015, la ministre de la culture a replacé Mme A en position de détachement auprès du conservatoire, à compter du 30 septembre 2013 et jusqu'au 31 mai 2016. Par un arrêté du 20 mai 2016, la ministre de la culture a réintégré Mme A dans son corps d'origine en qualité de secrétaire administrative de classe exceptionnelle au sein du ministère de la culture et de la communication à compter du 1er juin 2016. Le tribunal administratif de Paris, par un jugement du 9 novembre 2017, a rejeté la requête de Mme A dirigée contre cet arrêté. Par un arrêt du 11 février 2021, la cour administrative d'appel de Paris a confirmé ce jugement. Par une requête n°1923994, Mme A demande de condamner le ministère de la culture et de la communication à lui verser la somme de 106 000 euros à titre de réparation de l'ensemble de ses préjudices. Par une requête n°2001131, Mme A demande de condamner solidairement le conservatoire et le ministère de la culture et de la communication à lui verser la somme de 106 000 euros à titre de réparation de l'ensemble de ses préjudices, avec toutes conséquences de droit.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la même personne, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un unique jugement.

Sur la responsabilité pour faute :

3. En premier lieu, d'une part, l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dispose, dans sa rédaction applicable : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Au soutien de ses conclusions, Mme A fait valoir qu'elle-même, ainsi que d'autres collègues, auraient été affublés de sobriquets méprisants par la direction du conservatoire, qu'elle aurait été prise à partie lors d'une réunion de service, qu'elle aurait été destinataire " d'instructions dépourvues de toute explication ", que des corrections injustifiées auraient été portées sur ses travaux, qu'enfin elle aurait été, comme l'ensemble du personnel, victime de pressions constantes. Toutefois, ses allégations abstraites, non suffisamment circonstanciées et non étayées par des éléments précis, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi susvisée du 13 juillet 1983. Contrairement à ce que semble suggérer l'intéressée, la décision de transformer en service la sous-direction des affaires scolaires qu'elle dirigeait, qui a été prise dans l'intérêt du service, était justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement dirigé à son encontre. Ainsi, la requérante n'apporte aucun élément susceptible de faire présumer l'existence du harcèlement moral dont elle se prétend victime, comme le jugement du 17 juin 2015, confirmé par un arrêt de la cour du 4 octobre 2016, mentionnés au point 1, l'ont, au demeurant, déjà jugé.

6. Mme A soutient également que l'administration a rejeté sa demande de protection fonctionnelle sans avoir véritablement et sérieusement procédé à son instruction et sans se soucier de sa souffrance endurée au travail. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'administration a instruit, de façon diligente, sa demande de protection fonctionnelle datée du

13 décembre 2013 et y a répondu le 13 février 2014, par un courrier révélant un examen minutieux de sa demande. Dès lors, il résulte de tout ce qui précède que l'administration a pu, sans entacher sa décision d'illégalité, d'une part, estimer que Mme A n'était pas victime de harcèlement moral et, d'autre part, rejeter sa demande de protection fonctionnelle présentée à ce titre.

7. En deuxième lieu, Mme A fait valoir que l'arrêté du 29 avril 2014 prononçant la fin du son détachement, de manière anticipée, afin de la placer en congé longue maladie à compter du 30 septembre 2013, a été annulé par un jugement n° 1414381 du tribunal administratif de Paris du 17 juin 2015, confirmé par la cour administrative d'appel de Paris par un arrêt du 4 octobre 2016 et par le Conseil d'Etat par une décision du 16 juin 2017. L'illégalité entachant cette décision constitue, par suite, une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat pour autant qu'elle ait eu pour conséquence la survenance d'un préjudice direct et certain.

8. En troisième lieu, Mme A soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de la mauvaise gestion par son employeur de sa situation administrative, notamment de la signature d'un contrat, à durée indéterminée, le 27 juin 2007 avec le conservatoire. L'administration fait valoir, en défense, que ce contrat est sans effet sur la position administrative de l'intéressée, notamment s'agissant de l'absence de droit au renouvellement du détachement, et sur son appartenance au corps de secrétaire administratif de classe exceptionnelle du ministère de la culture, lesquels résultent des dispositions législatives et réglementaires applicables à sa situation. Si les assurances données à Mme A par l'administration du conservatoire, lors de la signature du contrat à durée indéterminée, n'ont pas été respectées par ce dernier qui a ultérieurement mis fin au détachement de l'intéressée,

Mme A, en sa qualité de fonctionnaire titulaire, ne pouvait, de son côté, ignorer qu'il ne lui était pas possible, du fait de son statut, de signer un contrat à durée indéterminée. Elle n'est ainsi pas fondée à rechercher la responsabilité du conservatoire sur ce point.

9. En quatrième lieu, si Mme A conteste les modalités de remboursement des sommes correspondant aux salaires indument versés à hauteur de 55 243,77 euros qui lui ont été imposées, pour faire suite au jugement du 17 juin 2015 n° 141438, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait commis une faute en lui demandant de procéder au remboursement des sommes indument perçues dont la requérante ne conteste pas l'existence.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. Il est prononcé sur la demande du fonctionnaire. / Le détachement est de courte ou de longue durée. Il est révocable. Le fonctionnaire détaché est soumis aux règles régissant la fonction qu'il exerce par l'effet de son détachement, à l'exception des dispositions des articles L. 1234-9, L. 1243-1 à L. 1243-4 et L. 1243-6 du code du travail ou de toute disposition législative, réglementaire ou conventionnelle prévoyant le versement d'indemnités de licenciement ou de fin de carrière. () A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine () ". Aux termes de l'article 14 4°du décret n°85-986, " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : (..) 4° a) Détachement auprès d'une administration de l'Etat ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi ne conduisant pas à pension du code des pensions civiles et militaires de retraite ; ". Aux termes de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Le fonctionnaire détaché dans un corps ou cadre d'emplois qui est admis à poursuivre son détachement au-delà d'une période de cinq ans se voit proposer une intégration dans ce corps ou cadre d'emplois ".

11. Mme A soutient qu'elle aurait dû être intégrée à l'issue de 5 années passées au sein des effectifs du conservatoire et que l'administration a commis une faute en la maintenant en détachement sur une période qu'elle évalue à 35 ans, sans toutefois justifier de cette durée. Si un fonctionnaire titulaire peut être détaché dans un emploi de contractuel auprès d'une administration ne disposant pas d'un corps de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes, il ne peut y avoir d'intégration, en l'absence d'un corps susceptible de l'accueillir. Dès lors, aucune faute n'est imputable à l'administration du fait du maintien en détachement de Mme A au-delà de 5 ans.

12. En sixième lieu, l'article 6 bis de la loi du 11 janvier 1984, créé par la loi du

12 mars 2012 dite " loi Sauvadet ", dispose que : " () Tout contrat conclu ou renouvelé en application des mêmes articles 4 et 6 [de la loi du 11 janvier 1984] avec un agent qui justifie d'une durée de services publics effectifs de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par une décision expresse, pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au deuxième alinéa du présent article est comptabilisée au titre de l'ensemble des services effectués dans des emplois occupés en application des articles 4,6, 6 quater, 6 quinquies et 6 sexies. Elle doit avoir été accomplie dans sa totalité auprès du même département ministériel, de la même autorité publique ou du même établissement public. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à du temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. ". Les dispositions de l'article 6 bis de la loi du 11 janvier 1984 précitées, qui ne sont applicables qu'aux agents contractuels, ne pouvaient en tout état de cause être mises en œuvre en l'espèce dès lors que Mme A était fonctionnaire titulaire.

13. Enfin, si Mme A semble également invoquer l'existence d'une faute du conservatoire en ce qu'il n'aurait pas transmis les arrêts maladies la concernant à la CPAM la privant des indemnités journalières de la sécurité sociale, elle ne l'établit pas. En tout état de cause, il ressort d'un courrier du 14 avril 2016 que le conservatoire a maintenu son traitement en attendant qu'elle perçoive ces indemnités journalières de la sécurité sociale.

14. Il résulte de ce qui précède que seules deux fautes, en l'espèce, la signature d'un contrat à durée indéterminé illégal et l'illégalité de l'arrêté du 29 avril 2014 prononçant la fin du son détachement à compter du 30 septembre 2013 sont susceptibles d'entraîner la mise en œuvre de la responsabilité de l'Etat et du conservatoire.

Sur les préjudices :

Sur le préjudice financier :

15. Mme A demande, d'une part, réparation à hauteur de 10 000 euros eu égard à la baisse de sa rémunération à compter de sa réintégration au ministère de la culture, du

1er juin 2016 jusqu'au 1er octobre 2017, date de son départ en retraite, et d'autre part, une réparation à hauteur de 36 000 euros en ce qui concerne la perte de revenus liée à sa pension de retraite. Toutefois, la légalité de l'arrêté du 20 mai 2016 la réintégrant au ministère de la culture à compter du 1er juin 2016 a été validée par le tribunal administratif par un jugement du

9 novembre 2017, confirmé par la cour administrative d'appel par un arrêt du 11 février 2021. En tout état de cause, un agent dont le détachement arrive à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. La signature du contrat à durée indéterminé du 27 juin 2007, même fautive, ainsi qu'indiqué précédemment, ne pouvait produire aucun effet sur l'appartenance de Mme A au corps de secrétaire administratif de classe exceptionnelle du ministère de la culture, au sein duquel elle a continué à bénéficier de ses droits à l'avancement et à la retraite. Le préjudice financier invoqué ne peut, par suite, être regardé comme établi en ses deux branches.

Sur le préjudice moral :

16. Si Mme A prétend avoir subi un préjudice moral du fait de l'illégalité de l'arrêté du 29 avril 2014 prononçant la fin du son détachement à compter du 30 septembre 2013, elle ne l'établit pas.

17. Si Mme A prétend également que la mauvaise gestion de sa carrière par l'administration, notamment la signature du contrat à durée indéterminé du 27 juin 2007 déjà évoquée, lui a causé un préjudice moral, elle ne l'établit pas, alors, qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, Mme A en sa qualité de fonctionnaire titulaire ne pouvait, de son côté, ignorer qu'il ne lui était pas possible de signer un contrat à durée indéterminée, incompatible avec son statut.

18. Enfin, si la requérante fait valoir que son état de santé s'est dégradé, il ne résulte pas de l'instruction que ses difficultés de santé seraient dues à sa situation professionnelle ou à la gestion de sa situation. Par suite, le préjudice moral invoqué à hauteur de 50 000 euros ne peut être regardé comme établi. Les prétentions à ce titre doivent être rejetées.

Sur le préjudice lié aux troubles dans les conditions d'existence :

19. Mme A demande, enfin, le versement d'une somme de 10 000 euros de réparation au titre de ses troubles dans les conditions d'existence. Si la requérante indique au soutien de ses prétentions présentées au titre des troubles dans les conditions d'existence du fait que sa pension de retraite fait l'objet d'une saisie de 347,45 euros, ne lui laissant qu'une pension mensuelle de 1283,88 euros, il résulte de l'instruction qu'il a été procédé à la réintégration juridique de Mme A et à sa reconstitution de carrière au sein du conservatoire. Comme le fait valoir justement l'administration, Mme A a perçu des salaires indument versés à hauteur de 55 243,77 euros et il lui incombait de rembourser le trop-perçu. Le préjudice allégué sur la régularisation de sa situation ne peut, dans ces conditions, être regardé comme établi. Par conséquent, Mme A n'établit pas, par les seuls éléments qu'elle produits, avoir subi des troubles dans ses conditions d'existence. Elle n'est donc pas fondée à demander la condamnation de l'Etat et du conservatoire à lui verser une indemnisation à ce titre.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme A doivent être rejetées, y compris ses demandes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au ministre de la culture et de la communication et au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

T. B

La présidente

V. HERMANN JAGER

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au ministre de la culture et de la communication, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N° 1923994-2001131/3-3

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