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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2001425

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2001425

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2001425
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET MOISAND, BOUTIN & ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2020, la société Altelios, représentée par Me Morazin, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ainsi que des pénalités et intérêts correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais qu'elle a été amenée à engager au cours de l'instance et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-le montant de la taxe sur la valeur ajoutée insuffisamment déclarée retenu par l'administration est erroné ;

-il convient de tenir compte de l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée déclarée en 2016 au regard de la taxe sur la valeur ajoutée déclarée et payée au cours de l'année 2017 ;

-elle conteste le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible retenu par l'administration ;

-elle conteste à titre conservatoire la rectification concernant le crédit de taxe sur la valeur ajoutée à la clôture de l'exercice 2016 ;

-les pénalités pour manquement délibérée de 40 % appliquées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas dues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2020, l'administrateur général des finances publiques de la direction régionale du contrôle fiscal d'Ile de France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. A,

-et les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Altelios, qui a pour principale activité le conseil en systèmes et logiciels informatiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 31 juillet 2018, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La société Altelios demande la décharge des rappels, des intérêts et des pénalités mis en recouvrement le 31 janvier 2019.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée déclarée :

2. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit :/ a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () 2. La taxe est exigible: () c) Pour les prestations de services, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. / En cas d'escompte d'effet de commerce ou de transmission de créance, l'exigibilité intervient respectivement à la date du paiement de l'effet par le client ou à celle du paiement de la dette transmise entre les mains du bénéficiaire de la transmission () ".

3. Lors des opérations de contrôle, le vérificateur a constaté que la société Altelios avait, pendant la période vérifiée, utilisé pour certaines de ses créances clients l'affacturage par la société HSBC Factoring et que l'encaissement des créances clients n'était pas directement traçable en comptabilité puisque la société n'avait pas indiqué quels comptes clients étaient concernés par l'affacturage et qu'elle avait globalisé le règlement au factor dans une seule écriture avec l'ensemble des écritures bancaires du mois. Le vérificateur a estimé, en rapprochant la taxe sur la valeur ajoutée brute déclarée mensuellement par la société et la taxe devenue exigible dans les écritures comptables de cette dernière et chez le factor qu'il existait une insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée de 43 800 euros au titre de l'année 2016.

4. La société Altelios soutient que le cadrage ainsi réalisé par l'administration sur la base des encaissements ne permet pas de déterminer le montant de la taxe réellement due puisque la date d'exigibilité des créances détenues par le factor n'est pas certaine. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, le montant retenu par l'administration prend en compte les recettes enregistrées par la société en comptabilité ainsi que celles encaissées par le factor auprès duquel elle a exercé son droit de communication. En outre, il est constant que cette somme de 43 800 euros a été portée en comptabilité par la société au crédit du compte " 44587110 TVA collectée à régulariser " au 31 décembre 2016. Enfin, si la société Altelios conteste le montant de l'insuffisance de taxe sur la valeur ajoutée collectée retenu par l'administration, alors, au demeurant que ce dernier a été établi contradictoirement lors des opérations de contrôle, elle n'assortit cette contestation d'aucun élément précis et pertinent de nature à remettre en cause le montant ainsi retenu et ne propose aucun autre cadrage. Par ailleurs, la société ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il conviendra de tenir compte de l'insuffisance de déclaration au cours de l'année 2016 au regard de la taxe sur la valeur ajoutée déclarée et payée au cours de l'exercice 2017 dès lors que cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de rappels en cause. En outre, ainsi que le fait valoir l'administration, la société n'établit pas avoir déposé une déclaration rectificative pour l'année 2016 alors qu'une telle déclaration est nécessaire quand l'omission est supérieure à 4 000 euros.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

5. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a constaté qu'au 1er janvier 2015, la société disposait d'un montant de 116 595 euros de taxe sur la valeur ajoutée déductible dans ses écritures " à nouveau " et que ce solde ne correspondait pas au montant de la taxe figurant sur les factures des fournisseurs de prestations de service non réglées au début de l'exercice 2015. Le vérificateur a également constaté que la société n'avait pas régularisé la situation tout au long de la période vérifiée et qu'elle avait continué à déduire de la taxe sur la valeur ajoutée par anticipation voire à déduire de la taxe sur la valeur ajoutée même s'il n'existait aucune taxe sur la valeur ajoutée déductible. La société Altelios, qui ne nie pas avoir déduit par anticipation la taxe sur la valeur ajoutée, conteste le montant des rappels mis à sa charge à ce titre à hauteur de 540 279 euros. Toutefois, elle n'assortit cette contestation d'aucune précision et ne présente aucun élément de nature à remettre en cause le montant contesté.

En ce qui concerne le crédit de taxe sur la valeur ajoutée à la clôture de l'exercice 2016 :

6. Si la société conteste le fait que le service a, compte tenu des rectifications opérées à l'issue des opérations de contrôle, ramené le crédit de taxe sur la valeur ajoutée à la clôture de l'exercice à 0 euro, elle se borne à se référer à ses écritures contestant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déclarée et déductible litigieux. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, elle n'est donc pas fondée à contester ce redressement.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.

8. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration fait valoir qu'il ressort de l'ensemble des constatations opérées par le service vérificateur que la société a entendu se soustraire au paiement de la taxe sur la valeur ajoutée à laquelle elle était redevable, que les minorations de taxe sur la valeur ajoutée à déclarer et les majorations de la taxe déductible présentaient un caractère systémique et que l'importance des droits éludés excluait toute erreur ou simple négligence. Elle souligne qu'elle a constaté, en particulier, lors des opérations de contrôle que 11 % de la taxe sur la valeur ajoutée à déclarer a été omise et que la majoration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible était de 3 164 % sur l'ensemble de la période vérifiée, soit 479 388 euros déduits au lieu de 16 384 euros. L'administration souligne, enfin, que la société ne pouvait ignorer les obligations fiscales auxquelles elle devait se conformer d'autant que les faits constatés par le vérificateur avaient déjà fait l'objet de rappels lors d'un précédent contrôle. La société se prévaut de la circonstance qu'elle a fait apparaître dans ses comptes sociaux au compte 44587110 une ligne " TVA collectée à régulariser " au 30 décembre 2016 indiquant un montant de taxe sur la valeur ajoutée de 112 232 euros à régulariser et qu'elle ne peut, dans ces conditions, être regardée comme ayant cherché à dissimuler la déduction anticipée de la taxe sur la valeur ajoutée et que la situation a été régularisée en comptabilité. Toutefois, d'une part, elle n'établit pas cette régularisation et, d'autre part, ces circonstances ne sauraient suffire à remettre en cause l'application des pénalités pour manquement délibéré. Enfin, le fait que le montant des majorations qui lui ont été appliquées serait de nature à compromettre sa pérennité est sans incidence sur le bien-fondé de ces pénalités.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Altelios au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la société Altelios est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Altelios et à l'administrateur général des finances publiques de la direction régionale du contrôle fiscal d'Ile de France.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

V. A

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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