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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2001568

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2001568

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2001568
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET DESFILIS ET MC GOWAN (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2020 et le 5 août 2020, la SARL Ateliers Versigny demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations de taxe annuelle sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement et de taxe sur les surfaces de stationnement auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2018 et des pénalités correspondantes, à raison d'un bien situé 14, rue Versigny à Paris (18ème arrondissement).

Elle soutient que :

- les surfaces de stationnement totalisent une superficie de 2 800 m2, déduction faite des voies de circulation ;

- ces surfaces de stationnement, compte tenu de leur superficie importante, ne pouvaient être regardées comme annexées à des locaux commerciaux ou à usage de bureau, d'une superficie beaucoup plus limitée ;

- ces surfaces ne pouvaient être regardées comme annexées à des locaux commerciaux ou à usage de bureau au sens de l'article 231 ter du code général des impôts dès lors qu'elles n'entretiennent pas de rapport fonctionnel avec ces derniers ;

- dès lors que les locaux commerciaux ou à usages de bureau étaient exonérés de la taxe annuelle sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement, les locaux qui leur sont annexés devaient nécessairement être exonérés ;

- elle est fondée à se prévaloir de la doctrine administrative, publiée le 12 décembre 2013, sous la référence BOI-IF-AUT-50-10 qui prévoit que les surfaces de stationnement intégrées topographiquement à un établissement de production ne sont pas passibles de la taxe même si des locaux taxables sont intégrés topographiquement à cet établissement.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 juin 2020 et le 12 janvier 2021, l'administrateur général en charge du contrôle fiscal d'Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société Ateliers Versigny sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Ateliers Versigny, qui exerce une activité de réparation automobile et de location d'emplacement de stationnement, exploite un ensemble immobilier, situé au 12-16 rue de Versigny à Paris -18ème arrondissement) composé de locaux commerciaux, de bureaux, d'un atelier d'entretien et de réparation automobiles et de surfaces de stationnement. A l'issue d'une vérification de comptabilité, la société a été assujettie à des cotisations primitives de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement et de taxe annuelle sur les surfaces de stationnement au titre des années 2015 à 2018, par une proposition de rectification du 6 décembre 2018. La réclamation du 29 mai 2019 de la société requérante demandant la restitution de ces cotisations a été rejetée par une décision de l'administration fiscale en date du 28 novembre 2019. A l'appui de sa requête, la SARL Ateliers Versigny demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement et de taxe annuelle sur les surfaces de stationnement à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2018.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts dans sa rédaction alors en vigueur : " I.- Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France (). / () III.- La taxe est due : () / 4° Pour les surfaces de stationnement, qui s'entendent des locaux ou aires, couvertes ou non couvertes annexées aux locaux mentionnés aux 1° à 3°, destinés au stationnement des véhicules, qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production. / IV.- Pour le calcul des surfaces visées au 3° du V et au VI, il est tenu compte de tous les locaux de même nature, hors parties communes, qu'une personne privée ou publique possède à une même adresse ou, en cas de pluralité d'adresses, dans un même groupement topographique. / V.- Sont exonérés de la taxe : / () 3° Les locaux à usage de bureaux d'une superficie inférieure à 100 mètres carrés, les locaux commerciaux d'une superficie inférieure à 2 500 mètres carrés, les locaux de stockage d'une superficie inférieure à 5 000 mètres carrés et les surfaces de stationnement de moins de 500 mètres carrés annexées à ces catégories de locaux ; / () ". Aux termes de l'article 1599 quater C du même code : " I. - Il est institué, au profit de la région d'Ile-de-France, une taxe annuelle sur les surfaces de stationnement. () / II. - Sont soumises à la taxe les personnes privées et publiques propriétaires de surfaces de stationnement ou titulaires d'un droit réel portant sur celles-ci. () / III. - Les surfaces de stationnement mentionnées au I s'entendent des locaux ou aires, couvertes ou non couvertes, annexées aux locaux mentionnés aux 1° à 3° du III de l'article 231 ter, destinés au stationnement des véhicules, qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production. / IV. - Sont exclues du champ de la taxe : / 1° Les surfaces de stationnement exonérées en application des 1° à 2° bis du V de l'article 231 ter () ".

3. Il résulte des dispositions applicables au titre des années 2015 à 2018 que le législateur avait alors entendu inclure dans le champ d'application de la taxe annuelle sur les surfaces de stationnement, les surfaces annexées à des locaux à usage de bureaux, à des locaux commerciaux ou à des locaux de stockage, sous réserve qu'elles ne soient pas topographiquement intégrées à un établissement de production. Pour déterminer si les surfaces de stationnement doivent être regardées comme annexées à l'une des catégories de locaux ainsi énumérées, il y a lieu de rechercher si leur utilisation contribue directement à l'activité qui y est déployée.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

5. Lorsqu'un contribuable a été imposé, conformément à ses déclarations s'agissant des surfaces de stationnement, au titre des années en litige concernant la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux et la taxe annuelle sur les surfaces de stationnement, il lui appartient de justifier de son caractère exagéré pour pouvoir en obtenir la décharge ou la réduction.

6. En l'espèce, si l'administration fait valoir que, dès lors que la société a souscrit, dans le cadre de la révision foncière de l'année 2013, une déclaration 6660-REV-K faisant état de surfaces de 5 800 m2 affectées au stationnement de véhicules, elle supporte la charge de la preuve, il résulte de l'instruction que ladite déclaration, souscrite au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties, ne détaillait pas ces surfaces selon qu'elles constituaient des voies de circulation ou des espaces dédiés au stationnement de véhicules. Dans ces conditions, la charge de la preuve n'incombait pas à la société requérante.

En ce qui concerne l'assujettissement à la taxe à raison des surfaces de stationnement :

7. En premier lieu, si la société requérante soutient qu'au sein de l'ensemble immobilier dont elle est propriétaire au 12-16, rue de Versigny, les surfaces de stationnement totalisent une superficie de 2 800 m2, déduction faite des voies de circulation, il résulte de l'instruction que " l'attestation de surface utile " établie par un géomètre expert le 28 novembre 2018, qu'elle produit à l'appui de sa requête, mentionne seulement les surfaces se rapportant aux locaux commerciaux et de bureaux ainsi qu'à l'atelier d'entretien et de réparation automobiles situés dans ledit ensemble immobilier. Dès lors, ces éléments ne permettent pas de remettre en cause les mentions portées sur la déclaration 6660-REV-K faisant état d'une surface totale de 5 800 m2 de surfaces de stationnement, sur lesquelles l'administration s'est fondée pour établir les impositions litigieuses, alors même que cette déclaration avait été faite dans le cadre de la taxe foncière ainsi qu'il a été dit au point 6.

8. En deuxième lieu, la société soutient que ces surfaces de stationnement, compte tenu de leur superficie importante, ne peuvent être regardées comme annexées à des locaux commerciaux ou à usage de bureau, d'une superficie beaucoup plus limitée. Il ne résulte toutefois pas des dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts que le législateur a retenu un critère tenant à la taille des locaux commerciaux ou à usage de bureau pour soumettre les surfaces de stationnement à la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement et à la taxe annuelle sur les surfaces de stationnement. Dès lors, le moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, la société requérante soutient que les places de stationnement pour lesquelles elle a été assujettie aux taxes contestées ne peuvent être regardées comme annexées à des locaux commerciaux ou à usage de bureau dès lors qu'elles sont, " pour 99 % d'entre elles ", louées à des riverains et qu'elles ne contribuent pas à l'activité qui est déployée dans le garage automobile et les bureaux de la société, situés dans le même groupement topographique. Toutefois, la société requérante, qui n'apporte aucun élément, notamment des contrats de location, au soutien de l'allégation selon laquelle elle louerait des emplacements de stationnement à des usagers de locaux non taxables, ne remet pas sérieusement en cause l'appréciation du service selon laquelle ces surfaces sont utilisées par des usagers du garage automobile dont elle est propriétaire dans le même immeuble et contribuaient directement à son activité. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a considéré que ces parkings étaient annexés à des locaux commerciaux ou à usage de bureau et les a taxés comme surfaces de stationnement.

10. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance que les locaux commerciaux et à usage de bureau dont elle est propriétaire seraient exonérés des taxes litigieuses en raison de leur superficie n'a pour effet d'exclure les surfaces de stationnement qui leur sont annexées du champ de la taxe.

11. En dernier lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 320 de la doctrine administrative publiée le 12 décembre 2013, sous la référence BOI-IF-AUT-50-10, qui prévoit que les surfaces de stationnement intégrées topographiquement à un établissement de production ne sont pas passibles des taxes litigieuses même si des locaux taxables sont intégrés topographiquement à cet établissement, dans les prévisions desquelles elle n'entre pas.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Ateliers Versigny doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Ateliers Versigny est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Ateliers Versigny et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

V. A Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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