vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2002974 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | MAZZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 février 2020 et 16 juin 2022, M. A B, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :
1°) de condamner la présidence de la République au paiement d'une somme de 20 637,72 euros au titre de son préjudice financier, 2 000 euros au titre de son préjudice de carrière, et 15 000 euros au titre de son préjudice moral du fait d'agissements de harcèlement moral à son encontre et des manquements de l'administration à son obligation de protection fonctionnelle ;
2°) de mettre à la charge de la présidence de la République la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que victime d'un harcèlement moral, il est en droit d'obtenir, eu égard aux dispositions de l'article 6 quinquiès alinéa 1er de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, l'indemnisation des préjudices subis de ce fait ; il a fait l'objet d'attaques opportunistes de son adjointe, qui a entrepris une campagne de dénigrement à son endroit afin d'obtenir son poste et sa hiérarchie n'a pas pris la mesure de la gravité de ces manipulations ; gravement impacté sur le plan psychologique, face à l'absence de soutien de sa hiérarchie, tant la médecine de prévention que son médecin traitant agréé par les administrations ont attesté sans conteste du lien entre la dégradation de son état de santé et son travail ; il a été destitué dès le 10 janvier 2017 de la chefferie de bureau pour être rétrogradé en qualité d'adjoint alors qu'il n'avait commis aucune faute ; il a été désavoué publiquement vis-à-vis de ses équipes par sa hiérarchie perdant également 100 euros mensuels de prime ; les deux lettres anonymes malveillantes et calomnieuses à son égard lui occasionnant un choc, ne lui ont jamais été remises et la procédure interne prévue en cas de menace des agents n'a jamais été mise en œuvre ;
- aucune enquête n'a été diligentée et aucun signalement n'a été transmis au procureur de la République par la présidence de la République en application de l'article 40 du code de procédure pénale ;
- à son retour d'arrêt maladie, il a été mis fin à sa mise à disposition à la présidence de la République par courrier du 23 février 2018, ce qui a généré un préjudice matériel et moral et de carrière ;
- la présidence de la République a méconnu l'obligation de protection issue de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et celle issue des articles L. 4121-2 et suivants du code du travail ;
- il est bien-fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices de carrière, financier, de santé et de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2020, la présidence de la République, représentée par la SELARL Claisse et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. B ne rapporte pas la preuve de faits susceptibles de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son encontre ;
- c'est bien l'intérêt du service qui a justifié la réaffectation de M. B sur un poste de chef de bureau adjoint, indépendamment de toute situation de harcèlement moral à son égard ;
- la décision de mettre fin à sa mise à disposition est là aussi exclusive de toute situation de harcèlement moral ;
- l'allégation selon laquelle la présidence de la République aurait méconnu son obligation de protection en ne prenant pas les mesures adéquates pour prévenir les agissements de harcèlement moral dont il fait l'objet est fausse ;
- M. B ne peut invoquer la méconnaissance de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors que la présidence de la République lui a accordé le 14 décembre 2017, le bénéfice de la protection fonctionnelle qu'il avait demandé le 6 décembre 2017.
Par ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,
- les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public,
- et les observations de Me Mazza, représentant M. B et les observations de Me Safatian représentant la présidence de la République.
Une notre en délibéré a été enregistrée le 17 novembre 2022 présentée par Me Mazza, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, attaché du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer depuis 2006 a, par un arrêté du 5 juillet 2007, été mis à disposition des services de la présidence de la République pour occuper un poste de rédacteur au service de la correspondance présidentielle, pour une période d'un an à compter du 1er juin 2007. Devenu chef du bureau du courrier des particuliers en 2014, il a été constamment renouvelé dans ces fonctions en vertu de plusieurs arrêtés portant renouvellement de mise à disposition, dont le dernier en date du 11 mai 2015, pour une durée de trois ans à compter du 16 mai 2015, la fin de sa mise à disposition étant ainsi fixée au 15 mai 2018. Ayant fait l'objet à plusieurs reprises de lettres anonymes et s'estimant victime d'agissements constitutifs de harcèlement, notamment de la part de son ancienne adjointe, M. B a, par un courrier du 11 octobre 2019, demandé au service de la présidence de la République l'indemnisation des préjudices subis du fait de ces agissements et des manquements, selon lui, de l'administration à son obligation de protection. Par une décision du 5 décembre 2019, la présidence de la République a rejeté cette demande. M. B demande la condamnation de la présidence de la République au paiement d'une somme de 37 637,72 euros en indemnisation de ses préjudices financier et de carrière, et de son préjudice moral du fait des agissements de harcèlement moral dénoncés et des manquements invoqués de l'administration à son obligation de protection fonctionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ".
3. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
4. D'autre part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ".
5. Les dispositions citées au point précédent établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.
6. Ainsi, lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement moral, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci.
7. Aussi, en l'espèce, la circonstance que l'administration ait ou non commis une faute en manquant à son obligation de protection fonctionnelle vis-à-vis de M. B, ainsi que le fait essentiellement valoir ce dernier pour obtenir réparation, est sans incidence sur l'obligation pour l'administration de l'indemniser de la totalité du préjudice subi du fait des agissements répétés de harcèlement moral dont il aurait été victime, que cette situation de harcèlement moral résulte d'agissements imputables à l'administration ou à un ou d'autres agents publics.
8. Pour la même raison, l'invocation par le requérant des dispositions des articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail qui imposent à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé des travailleurs et de mettre en œuvre une politique de prévention, dont il estime qu'elles n'ont pas été suffisantes, est ici indifférente, ces mesures n'ouvrant aucun droit supplémentaire à indemnisation pour M. B. En toute hypothèse, si M. B a été victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'une situation de harcèlement moral, l'administration doit l'indemniser de l'intégralité de ses préjudices, quelles qu'aient été les mesures prises pour mettre fin à cette situation et quels qu'aient été les auteurs de ce harcèlement.
Sur l'existence d'une situation de harcèlement moral :
9. En l'espèce, M. B dénonce tout à la fois des faits de harcèlement moral émanant des agents du service et des services de la Présidence de la République.
10. Au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de certains agents de son service, le requérant invoque en premier lieu, des accusations infondées de harcèlement sexuel de la part d'une des agentes de son bureau et un courriel inquiétant du 10 octobre 2016 sur sa messagerie professionnelle du mari de celle-ci, auquel il a immédiatement réagi en alertant le même jour la cheffe du service des ressources humaines pour demander le bénéfice de la protection fonctionnelle. M. B a d'ailleurs complété son rapport le lendemain relatant dans celui-ci les propos tenus par cette agente, laquelle souhaitait quitter le service pour se faire pardonner des fausses accusations émises contre lui. Il a également prévenu la médecine du travail. Les services de la Présidence de la République qui font état dans leurs écritures de l'hospitalisation pour troubles psychiatriques de l'agente initiatrice des fausses accusations et avaient organisé à la suite du courriel litigieux de son époux un entretien, ainsi qu'il ressort de la décision du 5 décembre 2019, reconnaissent pleinement ici la situation dont a été victime M. B.
11. M. B invoque, en deuxième lieu, le comportement malveillant et les attaques opportunistes de l'une de ses adjointes qui a entrepris une campagne de dénigrement à son encontre, en relayant notamment, à l'appui d'un courriel du 19 octobre 2016, adressé au requérant, de fausses accusations d'agression physique et harcèlement moral le concernant qui auraient été proférées par un autre agent victime d'humiliations de sa part depuis onze ans. Ces accusations ont été rapidement démenties à la suite des échanges, entretiens individuels et réunion menés les 8 et 22 novembre 2016 à l'initiative des supérieurs hiérarchiques de M. B corroborés par le témoignage d'une des agentes du service qui explique comment l'adjointe en cause a utilisé un de ses SMS envoyé à M. B pour en exagérer et détourner la portée et le faire passer à tort pour un agresseur. Si l'administration, qui ne conteste pas ces faits, évoque dans ses écritures et dans sa décision du 5 décembre 2019, en ce qui concerne M. B, des " difficultés sur le plan relationnel et managérial " et des " conflits interpersonnels ", elle ne produit cependant aucun élément permettant de remettre en cause le comportement de M. B et établissant d'éventuels manquements managériaux de sa part alors qu'il est établi qu'il a subi des attaques et un dénigrement de la part de son adjointe.
12. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il a subi, du fait des agissements qu'il dénonce, une dégradation de son état de santé à la fin de l'année 2016. Il produit, pour en attester, un certificat médical du 6 décembre 2016 mentionnant " un état de stress depuis le 20 octobre 2016 lié de façon directe et certaine à une stigmatisation et harcèlement dans le cadre de son exercice professionnel " ainsi qu'une expertise psychiatrique du 17 janvier 2017 évoquant des répercussions psychologiques sur son état de santé des accusations dont il a fait l'objet, " une souffrance patente en rapport avec le milieu professionnel " et un " harcèlement moral et calomnieux dans ce même lieu ". Ces constats et cet état de fait qui ressortent des pièces du dossier ne sont nullement remis en cause par l'administration.
13. En quatrième lieu, M. B invoque au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, la réception en juillet puis en octobre 2017 par les services de la présidence de la République de lettres anonymes le mettant à nouveau en cause pour des agissements infondés de harcèlement moral et sexuel et à l'origine d'une nouvelle dégradation de son état de santé. M. B, qui a été informé du contenu de ces lettres anonymes le 9 octobre 2017 et qui en a finalement obtenu communication le 24 mai 2018 a, en raison de leur impact, dû être placé en arrêt de travail du 10 octobre au 24 novembre 2017 pour surmenage professionnel puis harcèlement au travail. A son retour de congés maladie, M. B a de nouveau été placé en arrêt de travail prolongé jusqu'au 10 janvier 2018, puis du 7 mars au 31 juillet 2018. Enfin, à la suite de la réunion de la commission de réforme, la maladie de M. B a été reconnue imputable au service par un arrêté du 28 février 2019 et M. B, qui s'était vu accorder par l'administration le 14 novembre 2017, le bénéfice de la protection fonctionnelle pour faire face aux propos diffamatoires contenus dans ces lettres anonymes, a également obtenu le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité de 25 % en raison d'un trouble anxio-dépressif réactionnel.
14. L'ensemble de ces éléments ainsi dénoncés par M. B résultant des agissements incontestablement malveillants de certains agents de son service à son encontre sont établis et reconnus ou, à tout le moins, non sérieusement contestés par l'administration. A l'origine d'une forte dégradation de la situation tant psychologique que professionnelle de l'intéressé, ils sont constitutifs d'agissements de harcèlement moral.
15. Quant aux éléments dénoncés par M. B, tenant à l'attitude de l'administration pour faire face à la situation de harcèlement moral interpersonnel de certains agents de son service, il ne résulte pas de l'instruction que les mesures prises par l'administration consistant d'une part, en la rétrogradation de M. B de chef de bureau à adjoint à compter de février 2017 et d'autre part, en la fin de sa mise à disposition en février 2018 après dix années de service à l'Elysée, traduiraient une intention malveillante de sa hiérarchie à son égard. Ces mesures, pour difficilement acceptables qu'elles soient par l'intéressé, prises cependant, ainsi qu'il résulte de l'instruction, dans le souci de rétablir le bon fonctionnement du service, sont étrangères à toute considération de harcèlement moral à son égard.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à obtenir l'indemnisation des préjudices en lien direct et certain avec la situation de harcèlement moral qu'il a subie du fait des agissements de certains agents de son service.
Sur les préjudices :
17. En premier lieu, M. B, dont les souffrances psychologiques liées à la situation de harcèlement moral dénoncée, ne sont pas contestables, ainsi qu'il résulte des points 12 et 13, a droit à l'indemnisation de son préjudice moral. Il en sera fait une juste appréciation, compte tenu de la nature, de la durée et de l'impact des agissements en cause sur son état de santé, en condamnant l'Etat (les services de la Présidence de la République) à lui verser une somme de 10 000 euros.
18. En deuxième lieu, M. B demande l'indemnisation du préjudice financier qu'il estime avoir subi du fait de la situation de harcèlement moral à laquelle il a été confronté.
19. Il fait ainsi valoir, d'une part, qu'il n'a pas perçu de prime de résultat en décembre 2016, alors qu'une telle prime lui a été versée en décembre 2015, puis en décembre 2017. Aucune pièce du dossier ne permet cependant de conclure que le non-versement de celle-ci, en décembre 2016, serait lié à la situation de harcèlement moral qu'il a subi. M. B ne peut donc obtenir d'indemnisation à ce titre.
20. D'autre part, M. B demande l'indemnisation du préjudice financier lié à la perte de la prime spécifique de chef de bureau en raison de la fin de sa mise à disposition qui n'a pas été renouvelée à son issue le 15 mai 2018. Or, s'il n'est pas contestable que la fin de sa mise à disposition tout comme sa rétrogradation de chef de bureau à adjoint sont liées à la situation de harcèlement moral vécue, le renouvellement d'une mise à disposition, ainsi que le souligne l'administration en défense, n'est cependant pas de droit. Les services de l'Elysée auraient dès lors pu mettre fin à cette mise à disposition pour d'autres raisons. Le préjudice allégué n'est donc pas direct. En tout état de cause, ce préjudice qui repose, selon la présentation faite par M. B, sur la différence de rémunération avec sa nouvelle situation, n'est pas davantage certain, M. B ne produisant aucun bulletin de paie postérieur à son départ des services de la présidence de la République. En outre, son calcul se fonde sur une période de trente-six mois dont il ne justifie pas la durée.
21. M. B demande enfin l'indemnisation du préjudice financier consécutif à sa rétrogradation entre février 2017 et le 15 mai 2018, du poste de chef de bureau à celui d'adjoint, qu'il évalue à la somme de 1 412 euros. Ainsi qu'il résulte de ce qui précède, il n'est pas contestable que M. B a été rétrogradé en raison de la situation de harcèlement moral qu'il a subie. Il produit, pour justifier de son préjudice, des bulletins de paie permettant d'attester que son indemnité de sujétion particulière fixée jusqu'alors à 550 euros a été réduite, à compter de février 2017, du fait de sa rétrogradation au poste d'adjoint, à 450 euros. La réalité de son préjudice étant ainsi établie, il y a lieu de condamner l'Etat (les services de la présidence de la République) à lui verser la somme de 1 412 euros, dont le montant n'est pas contesté en défense, en indemnisation de son préjudice matériel.
22. En troisième lieu, M. B demande l'indemnisation d'un préjudice de carrière qui serait lié aux difficultés de réintégration dans son ministère d'origine, le ministère de l'intérieur, et à la fin de sa mise à disposition à la Présidence, " mettant fin à une évolution prévisible au regard de ses états de service ". M. B a dû, ainsi qu'il résulte de l'instruction, quitter les services de la présidence de la République après avoir été rétrogradé à un poste d'adjoint puis de rédacteur. Justifiant par les pièces qu'il produit, et notamment de nombreux échanges de courriels, avoir présenté de multiples candidatures auprès du ministère de l'intérieur, il n'avait toujours pas retrouvé de poste à la date d'enregistrement de sa requête, soit le 14 février 2020. Au vu des difficultés rencontrées par M. B, resté sans affectation pendant au moins deux ans, pour retrouver un poste, il sera fait une juste appréciation de son préjudice de carrière qui n'est pas contestable, en condamnant l'Etat (la présidence de la République) à lui allouer une somme de 2 000 euros.
23. Enfin et en dernier lieu, il ne peut être fait droit à la demande d'indemnisation formulée par M. B au titre des frais d'avocat qu'il a été contraint d'engager pour assurer sa défense, ces frais étant intégralement couverts par la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 13 412 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la présidence de la République demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat (la Présidence de la République) une somme de 2 352 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat (présidence de la République) est condamné à verser à M. B une somme totale de 13 412 (treize mille quatre-cent-douze) euros à M. B.
Article 2 : L'Etat (présidence de la République) versera à M. B la somme de 2 352 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la présidence de la République.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Lambrecq, première conseillère,
Mme Kanté, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne au président de la République en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026