jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2003830 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MATTEI (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février 2020 et 2 décembre 2020, la société Novatex Bioengineering, représentée par Me Mattei, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos les 31 décembre 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2013 au 30 septembre 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales ;
-l'article L. 76 B du même livre a été méconnu ;
-l'administration n'établit que les comptes bancaires détenus par Mme B avaient un caractère mixte et que les crédits apparaissant sur ces comptes constituaient des recettes de la société ;
-l'administration n'établit pas que les sommes figurant dans le coffre-fort constituaient des recettes de la société ;
-le pourcentage de charges retenu par l'administration pour l'activité d'intermédiaire de commerce est erroné ;
-en ce qui concerne la taxe sur les véhicules de société, l'administration n'apporte aucune précision sur le modèle, l'usage et les caractéristiques du véhicule.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 octobre 2020 et le 17 mai 2021, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme C,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Novatex Bioengineering, qui est spécialisée dans la recherche, le développement et la fabrication de produits médicaux, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014. Par une proposition de rectification du 5 décembre 2016, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de société et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société Novatex Bioengineering demande la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt, de l'année et de la base d'imposition concernés, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
3. La proposition de rectification du 5 décembre 2016 mentionne la nature des impôts concernés par chacun des redressements, les années d'imposition visées ainsi que les bases d'imposition faisant l'objet des rectifications proposées. Par ailleurs, elle indique les dispositions du code général des impôts qui fondent en droit les impositions contestées et comporte un exposé précis des éléments de fait justifiant chacun des redressements envisagés. Dans ces conditions, la société Novatex Bioengineering était informée des motifs de droit et de fait fondant les rectifications de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations et d'engager avec l'administration un dialogue contradictoire, ce qu'elle a fait en présentant des observations les 7 décembre 2016 et 4 janvier 2017. Si la société requérante soutient que la proposition de rectification ne précise pas si les rappels de taxe sur les véhicules de société ont été soumis à la procédure contradictoire ou à la procédure de taxation d'office, cette circonstance ne saurait suffire à la faire regarder comme insuffisamment motivée dès lors que la procédure contradictoire s'applique en l'absence de mention contraire. Par suite, et quand bien même elle ne mentionne pas le modèle exact, l'usage et les caractéristiques du véhicule dont la société était propriétaire et pour lequel la taxe sur les véhicules de société a été appliquée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
4. En outre aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". La garantie prévue par ces dispositions s'applique à tous renseignements et documents obtenus auprès de tiers dont l'administration se prévaut pour établir les impositions, que ce soit pour conduire la procédure d'imposition ou pour déterminer le montant de l'impôt. Cette garantie ne s'étend aux renseignements qui ont motivé l'engagement du contrôle fiscal que dans la mesure où ces renseignements, par la nature et la précision de leur contenu, ont servi à l'établissement des rectifications.
5. La société Novatex Bioengineering soutient qu'elle a demandé à plusieurs reprises au service vérificateur de lui communiquer l'ensemble des documents obtenus lors de l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, de la Société générale et de tous les tiers et que le service ne lui a pas communiqué l'intégralité des documents obtenus auprès de l'autorité judiciaire et, en particulier, les pièces cotées D. 169 et D. 253. Toutefois, l'administration fait valoir qu'elle a communiqué à la société l'ensemble des pièces dont elle avait pris des copies le 20 juillet 2016 lors de la consultation du dossier de la société et que les pièces cotées D. 169 et D. 253, dont elle a seulement pris connaissance ce même jour, n'en faisaient pas partie. Elle produit pour l'établir le recensement des pièces copiées, qui ne mentionne effectivement pas les pièces litigieuses. Au demeurant, il ne résulte de pas de l'instruction que les pièces en cause auraient servi à l'établissement des rectifications en litige. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, l'administration n'était pas tenue, sous peine d'irrégularité de la procédure, de l'inviter à se rapprocher de l'autorité judiciaire pour obtenir une copie de ces pièces, auxquelles elle avait, au demeurant, accès dès lors que la procédure judiciaire en cause la concernait directement.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la reconstitution des charges et des recettes :
6. Il résulte de l'instruction que le service a constaté, lors des opérations de contrôle et de l'exercice de son droit de communication auprès des autorités judiciaires, que la société Novatex Bioengineering ne disposait d'aucun compte en banque et que ses recettes étaient encaissées sur deux comptes ouverts au nom de Mme B, associée de la requérante, à la Société générale. La société Novatex Bioengineering soutient que l'administration a estimé à tort que l'ensemble des sommes figurant sur les comptes bancaires de Mme B constituaient des recettes professionnelles taxables sans démontrer le caractère mixte des deux comptes en cause et que, dans ces conditions, l'administration a utilisé une méthode de reconstitution des recettes radicalement viciée. Toutefois, l'administration fait valoir qu'elle a constaté que la grande majorité des sommes encaissées sur les comptes litigieux provenait de la société britannique de vente de produits médicaux Orgev Laboratoires Cluster Ltd, société à laquelle la requérante vend les produits médicaux qu'elle fabrique et qui les commercialise sous son nom. En outre, l'administration souligne que l'enquête judiciaire a permis de constater que la société exerçait dans ses locaux à Paris une activité annexe de soins d'esthétique et que les paiements des clients pour ces soins et l'achat de produits cosmétiques étaient encaissés sur les deux comptes litigieux. Ainsi, l'administration doit être regardée comme établissant le caractère mixte de ces comptes. Enfin, cette dernière fait valoir, sans être sérieusement contredite, qu'elle n'a pris en compte, pour reconstituer les recettes de la société que les sommes provenant de son activité et elle ne peut ainsi être regardée comme ayant pas taxé sans discernement, comme le soutient la société Novatex Bioengineering, l'ensemble de sommes figurant au crédit de ces comptes.
7. En outre, lors de la perquisition au siège de la société Novatex Bioengineering, les officiers de police ont procédé à l'ouverture d'un coffre-fort situé dans les sous-sols de ces locaux et dont la clé a été trouvée au domicile de Mme B lors de la perquisition de ce dernier et ont constaté que ce coffre-fort contenait 219 750 euros. La société Novatex Bioengineering soutient que la somme en cause appartenait, dans sa totalité, à la société britannique Orgev International Ltd et qu'elle provenait de l'achat par des clients de produits commercialisés par cette société. Toutefois, elle ne produit aucune pièce pour l'établir. Ainsi faute d'éléments, que seule la société était en mesure d'apporter, prouvant que la somme en cause ne lui appartenait pas, l'administration était fondée à regarder ladite somme, trouvée dans les locaux de la requérante, comme des recettes provenant de son acticité.
8. Enfin, en l'absence de présentation par la société Novatex Bioengineering de sa comptabilité, défaut constaté par un procès-verbal du 16 août 2016, le service a appliqué, dans un souci de réalisme économique, le taux de charges forfaitaire prévu pour l'activité d'agent commercial par le 1 de l'article 102 ter du code général des impôts soit 34 % du montant brut des recettes annuelles. Si la société Novatex Bioengineering soutient que l'administration n'a pas pris en compte le fait que M. A, son autre associé, avait déclaré aux services de police avoir acheté des matières premières, des boîtes de conditionnement, des flacons, pour un montant total de 120 000 euros, elle ne produit aucune facture ou aucune pièce de nature à démontrer la réalité de ces dépenses.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Novatex Bioengineering n'est pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution utilisée par l'administration est radicalement viciée.
En ce qui concerne la taxe sur les véhicules de société :
10. Aux termes de l'article 1010 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - Les sociétés sont soumises à une taxe annuelle à raison des véhicules de tourisme qu'elles utilisent en France, quel que soit l'Etat dans lequel ils sont immatriculés, ou qu'elles possèdent et qui sont immatriculés en France. Sont considérés comme véhicules de tourisme les voitures particulières au sens du 1 du C de l'annexe II à la directive 2007/46/CE du Parlement européen et du Conseil, du 5 septembre 2007, établissant un cadre pour la réception des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, des composants et des entités techniques destinés à ces véhicules, ainsi que les véhicules à usages multiples qui, tout en étant classés en catégorie N1 au sens de cette même annexe, sont destinés au transport de voyageurs et de leurs bagages ou de leurs biens. () ".
11. Il est constant que le vérificateur a constaté que la société Novatex Bioengineering avait acquis le 2 octobre 2013 un véhicule de marque BMW et qu'elle ne s'était pas acquittée de la taxe prévue par l'article 1010 du code général des impôts. Par suite, il a assujetti la société à cette taxe en s'appuyant, pour calculer son montant, sur les informations figurant sur la carte grise, à savoir la date de première immatriculation, la puissance fiscale et le taux d'émission de dioxyde de carbone. La société, qui se borne à soutenir que l'administration n'apporte aucune précision sur le modèle du véhicule, son usage ou ses caractéristiques, ne conteste pas sérieusement ce redressement dès lors que ces éléments sont sans incidence sur le calcul de la taxe. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la décharge des redressements litigieux.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Novatex Bioengineering au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : La requête de la société Novatex Bioengineering est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société Novatex Bioengineering et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
A. C
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026