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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2003979

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2003979

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2003979
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantLALLEMAND

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête accompagnée de pièces complémentaires, enregistrée sous le numéro 2003769 le 21 février et le 15 avril 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Aerodata France, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'ordonner à la Ville de Paris la reprise des relations contractuelles dans le cadre de l'accord-cadre à bons de commande pour l'acquisition d'une maquette 3D complète de l'ensemble des bâtiments et ouvrages d'art structurants parisiens, et l'acquisitions 3D complémentaires, conclu le 1er mars 2018 et résilié le 17 décembre 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la Ville de Paris au paiement des sommes de 461 250 euros TTC et 50 000 euros au titre, respectivement, d'une part, des prestations livrées et effectuées tant par elle-même que par son sous-traitant et, d'autre part, du préjudice découlant de la résiliation de ce contrat ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable.

Sur la décision du 17 décembre 2019 prononçant la résiliation du contrat :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée, à tort, sur la méconnaissance des stipulations de l'article 6.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et de l'article 32 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de techniques de l'information et de la communication (CCAG TIC) ;

- elle n'est pas fondée, dans la mesure où elle n'a commis aucune faute grave dans l'exécution du contrat ; elle a procédé à la livraison des prestations contractuelles prévues, dans les délais requis ; ses prestations sont indépendantes des autres prestations prévues au contrat, si bien que la Ville de Paris ne pouvait le résilier dans sa globalité ; l'acte d'engagement prévoit expressément deux co-traitants non solidaires ; aucune stipulation n'indique que les prestations contractuelles listées sont interdépendantes et qu'en cas de résiliation du marché, tous les titulaires sont susceptibles d'être concernés ; au contraire, il ressort des articles 2 et 2-2-5 du CCAP que le paiement est séparé par lot, sur la base du service fait ; en outre, l'acte d'engagement indique ce qui doit être respectivement payé au titulaire, au mandataire ou au co-traitant ; par ailleurs, il ressort tant du CCAP et du CCAG TIC que du code des marchés publics qu'en cas de groupement conjoint sans solidarité du mandataire, les prestations et les prix correspondants sont répartis de manière détaillée entre chacun des membres du groupement, chaque entreprise étant responsable de ses propres prestations ; l'article 51-3 du code des marchés publics prévoit la résiliation partielle du marché en cas de défaillance d'un des titulaire du contrat, membre du groupement conjoint ; une grande partie de ses prestations, notamment en ce qui concerne le MNT et les données Lidar, a été validée avant le mois de juin 2019 et est remise en cause par le refus des prestations de la société Luxcarta ; la société Geofit, mandatée par la Ville de Paris pour contrôler la qualité de ses prestations, a reconnu la qualité des prestations fournies tant en ce qui concerne la base de données d'images stéréoscopiques, que les images et le géoréférencement et a considéré que la base de données de ces images pourra être exploitée pour la création des volumes des bâtiments ainsi que des orthophotographies de haute résolution ;

- elle n'a pas été suivie d'une réunion contradictoire ayant pour objet de dresser un procès-verbal d'inventaire des prestations réalisées, des approvisionnements existants et des matériels se trouvant sur le site ;

- la société Igo, sous-traitant, a réalisé la prestation UO8 dans les délais requis par la Ville de Paris et conformément aux stipulations contractuelles ; elle doit donc être réglée à ce titre ;

- ces différents vices affectent la validité de la résiliation du contrat, qui est donc illégale, et impliquent la reprise des relations contractuelles.

Sur le décompte de résiliation du marché du 22 janvier 2020 :

- il est entaché d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie dans la mesure où il a été établi en application de l'article 34.5 du CCAG TIC, au lieu de l'être sur le fondement de l'article 44 du même cahier ;

- il est entaché de plusieurs erreurs ; la facture F18022 du 17 septembre 2018 d'un montant de 113 850 euros TTC correspond à la description UO1-2, quantité de 25 % ; la facture F18039 du 9 novembre 2018, d'un montant de 43 800 euros dont le virement a été reçu le 21 novembre 2018 correspond à la description UO13-1 et 2 ; la référence administrative est erronée dans les deux premières lignes du tableau ; il prévoit le remboursement de la première facture émise le 17 septembre 2018 alors que la deuxième facture, émise le 9 novembre 2018, a été acceptée et validée.

Sur les préjudices découlant de la décision de résiliation du contrat :

- elle subit un préjudice financier relatif à l'absence de paiement des factures n° F200002, n° F200003, n° 142-19 et n° F19011 comportant respectivement les montants de 227 700 euros TTC, 35 700 euros TTC, 84 000 euros TTC et 113 850 euros ;

- elle subit un préjudice d'atteinte à sa réputation qu'elle évalue à 50 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Aerodata France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision du 17 décembre 2019 prononçant la résiliation du contrat :

- elle n'est pas entachée d'incompétence ;

- elle est suffisamment motivée ;

- la circonstance qu'elle vise l'article 32 du CCAG TIC en lieu et place de l'article 42 de ce cahier constitue une simple erreur matérielle, sans incidence sur sa validité, d'autant que le titulaire du marché a été invité à présenter des observations préalablement, conformément à l'article 42.2 de ce cahier ;

- la réalité et la gravité des fautes commises par le groupement, qui sont imputables à la société requérante, justifient cette résiliation ; dès le démarrage du projet, l'exécution des prestations par le groupement a été défaillante ; elle a été obligée de réunir un " comité de crise " à plusieurs reprises afin que les membres du groupement exécutent leurs obligations contractuelles de manière plus rigoureuse ; elle a adressé une première mise en demeure le 21 février 2019 et a proposé au titulaire du marché d'exécuter des prestations de façon partielle et facilitée en lui livrant une maquette " blanche " portant seulement sur la moitié de la ville ; en juin 2019, elle ne disposait ni de la maquette " blanche ", ni de la maquette texturée sur la moitié du territoire ; seul un demit-lot des UO 2 et 3 avait été validé le 1er avril 2019 avec réserves ; une nouvelle mise en demeure a été adressée le 31 juillet 2019, portant cette fois sur le produit complémentaire dit " photomaillage " correspondant à une version 3D simplifiée de la maquette ; ce produit, rendu le 19 août 2019, a été rejeté le 28 du même mois en raison de ses insuffisances ; les retards pris par le groupement se sont aggravés tout au long de la durée d'exécution du marché, comme l'indiquent les comptes rendus de comités de pilotage ; lors du comité de pilotage du 26 juin 2019, un consultant externe de la société Aerodata a constaté les défauts majeurs du travail fourni par ce groupement, relatifs notamment à des toits " flottants ", des raccords manquants, des parties de bâtiment qui " dépassent " ; ces manquements sont inadmissibles au regard de l'usage qui devait être fait de la maquette ; par un courrier du 8 novembre 2019, la Ville de Paris a rejeté l'ensemble des prestations ayant jusque-là fait l'objet de bons de commande ; elle a adressé une nouvelle mise en demeure au groupement le 14 novembre 2019, lui laissant alors jusqu'au 29 novembre pour satisfaire à ses obligations contractuelles ; les livrables remis par le groupement le 29 novembre 2019 n'étaient pas conformes au CCTP ; la remise de la maquette texturée au mois de juin 2019 faisait l'objet d'une communication publique depuis le 5 juillet 2017 ; elle devait servir à la réalisation de plusieurs projets d'aménagements dès réception ; les prestations des membres du groupement, telles qu'elles découlent de l'objet du marché, sont interdépendantes, ainsi que cela ressort également des stipulations du CCTP et de la présentation du projet ; la société requérante a fourni avec retard les prestations qui lui incombaient, lesquelles présentaient en outre une qualité très insatisfaisante ; elle a également manqué aux obligations de coordination qui lui incombaient en tant que mandataire du groupement mais aussi de pilote du projet spécifiquement prévu par le marché ; la circonstance que la société requérante ait remis de nouveaux livrables qu'elle prétend conforme au CCTP est sans incidence puisque les prestations de la société Luxcarta ne permettaient pas de disposer d'une maquette complète ; en résiliant le marché, la Ville de Paris n'a nullement sanctionné la société requérante pour des manquements de la société Aerodata, mais a sanctionné les manquements commis par le groupement dans son ensemble ; les manquements à répétition du groupement ont induit une surcharge de travail et des coûts conséquents ;

- la société requérante ne peut utilement se prévaloir des sommes prétendument dues à la société Igo à l'encontre de la décision de résiliation attaquée ;

- la réalisation d'un inventaire postérieurement à la résiliation du marché n'est prévue pas aucun texte ni aucune stipulation du contrat ; l'absence d'inventaire ne constitue donc pas un vice affectant la validité de la décision de résiliation du contrat ;

- à considérer même que la résiliation du contrat soit entachée d'invalidité, le terme de celui-ci s'oppose à ce qu'il soit enjoint à la Ville de Paris de reprendre les relations contractuelles.

Sur le décompte de résiliation du marché du 22 janvier 2020 :

- les erreurs portant sur le décompte de résiliation, tenant à la mention de l'article 34-5 du CCAG TIC en lieu et place de l'article 44-5 et sur l'inversion du numéro de la facture du 17 septembre 2018 avec celui de la facture du 12 novembre 2018 sont sans incidence sur sa régularité ;

- les montants indiqués au décompte sont corrects.

Sur les préjudices découlant de la décision de résiliation du contrat :

- la société requérante ne peut prétendre au versement d'aucune somme au titre du préjudice financier, dès lors que les prestations dont le paiement a été demandé n'ont pas été effectuées ;

- le préjudice d'image n'est pas établi, alors en outre qu'aucune mesure de publicité n'a été donné à la résiliation du marché en cause.

Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2021, la société Aerodata France, désormais représentée par Me Jorion, conclut aux mêmes fins que dans sa requête, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que :

- l'UO2 et l'UO3 correspondent à la maquette, l'UO8 au photomaillage. Ils sont élaborés à partir des mêmes données, mais sont réalisés par des sociétés distinctes et leur processus d'élaboration diffère ; le photomaillage constitue un produit de substitution de la maquette, que la Ville de Paris souhaitait présenter aux conseillers municipaux au mois de juin 2019 ;

- c'est en raison des contraintes réglementaires supplémentaires concernant le survol de Paris qu'elle ne pouvait prévoir que les prises de vue aériennes prendraient du retard ; la moindre précision de la résolution des images a seulement eu des conséquences sur la qualité du photomaillage commandé en mars 2019 ;

- la Ville de Paris lui a systématiquement adressé de nouvelles exigences, nécessitant un travail supplémentaire non prévu par le contrat ;

- les difficultés identifiées lors de la réunion de crise du 20 décembre 2018 sont liées à la qualité des données fournies par la Ville de Paris, en particulier en ce qui concerne le MNT ;

- le 19 février 2019, la Ville de Paris a transmis une demande de correction de données non complète sans transmettre de rapport de contrôle, lequel ne lui a été transmis que le 1er avril 2019 suivant ;

- les corrections demandées par la Ville de Paris résultaient d'erreurs transmises par celle-ci, notamment en ce qui concerne la classification de certaines classes ; la Ville de Paris a accepté la méthode de classification semi-automatique, moins précise que la méthode manuelle, mais également moins onéreuse ; si la Ville de Paris a signalé un décalage entre les données produites et les données existantes, ce décalage n'a pas d'incidence sur la qualité du MNT ; le MNT, qui a été validé, présente une résolution métrique, alors que les décalages signalés étaient de l'ordre du centimètre, voir du décimètre ;

- la prestation photomaillage devait être réalisée pour le 2 septembre 2019, et non pour le mois de juin de la même année ; la Ville de Paris a validé l'échantillon transmis ; elle et son sous-traitant ont respecté le délai fixé par le bon de commande ; la Ville de Paris a considéré arbitraitement que les prestations livrées n'étaient pas conformes au CCTP ; le contrôle qualité de la Ville de Paris n'a jamais été exercé ; la Ville de Paris a formulé des remarques contradictoires, dont elle n'a donc pas pu tenir compte ; la Ville de Paris n'a constaté aucun défaut concernant les prestations de la société Aerodata (UO1) et de la société Igo (UO8) ; elle a décidé de résilier le contrat sans procéder préalablement à un contrôle technique ni établir un procès-verbal de rejet, en violation des clauses du CCTP, du CCAP et du CCAG ;

- la Ville de Paris pouvait décider de résilier le marché uniquement à partir de la phase qui devait être réalisée par la société Luxcarta ; la Ville de Paris, qui peut utiliser les images qu'elle a réalisées, doit donc lui régler le prix de cette prestation ; aucune dépendance n'est établie entre les missions de l'UO2 et de l'UO8 ;

- elle n'a pas manqué à son rôle de mandataire de groupement ; au contraire, c'est la Ville de Paris qui, cessant toute communication après le comité de pilotage du 26 juin 2019 dont le résultat était pourtant positif, a paralysé la finalisation du projet durant cinq mois, jusqu'en novembre 2019 ;

- l'attitude très exigeante de la Ville de Paris a contribué à la réalisation du litige en ce qui concerne les données de la base urbanistique APUR, la reprise manuelle de 13 bâtiments remarquables par la société Igo non prévue au cahier des charges, son délai de validation du photomaillage et la mise en place d'une réunion dans la perspective de la finalisation du projet ; la Ville de Paris n'a plus cherché de solutions techniques à partir du mois de juin 2019 ; la Ville de Paris n'a donc pas permis au groupement d'effectuer sereinement et dans de bonnes conditions les prestations demandées ; en tout état de cause, tous les produits qu'elle et la société Igo ont réalisés ont été corrigés et livrés le 29 novembre 2019 ; ils étaient lisibles et complets ; aucune donnée exploitable ne manquait ; ces prestations doivent donc être réglées.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut aux mêmes fins que dans son premier mémoire en défense, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que :

- la société Aerodata ne nie ni les retards, ni les graves défauts présentés par les prestations remises par les membres du groupement, y compris lors de la dernière livraison ;

- certaines des prestations de la société Luxcarta n'étaient pas faites, alors que la société requérante aurait pourtant dû s'assurer de leur exécution, en tant que mandataire du groupement ;

- les prestations assurées par la société Igo étaient insuffisantes, raison pour laquelle le juge des référés a rejeté la demande de référé provision de celle-ci ;

- en tant qu'entrepreneur principal, la société Aerodata doit supporter la responsabilité des inexécutions contractuelles de son sous-traitant, qui n'est pas contractuellement lié à l'acheteur.

Par un mémoire enregistré le 22 février 2022, la société Aerodata France, représentée par Me Jorion, conclut aux mêmes fins que dans ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que la Ville de Paris n'apporte aucun élément technique permettant d'établir que la livraison de la société Igo n'est pas conforme.

Par une intervention, enregistrée le 14 avril 2020, la société Igo, représentée par Me Kluczynski, conclut :

1°) d'ordonner à la Ville de Paris la reprise provisoire des relations contractuelles dans le cadre de l'accord-cadre à bons de commande pour l'acquisition d'une maquette 3D complète de l'ensemble des bâtiments et ouvrages d'art structurants parisiens, et acquisitions 3D complémentaires, conclu le 1er mars 2018 et résilié le 17 décembre 2019 ;

2°) de condamner la Ville de Paris au paiement d'une somme totale de 84 000 euros TTC en règlement de la facture n° 142-19 relative au bon de commande n° 4502409603 (UO8) ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable ;

- la décision du 17 décembre 2019 prononçant la résiliation du contrat est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 4.2.2 du CCAP ; la Ville de Paris n'a adressé ni à la société Aerodata France, ni à elle-même, un procès-verbal de service fait ; elle aurait dû laisser l'occasion à son prestataire de rectifier le livrable avant de résilier le contrat ; le taux d'erreur mentionné par l'article 5.3.5.4 du CCTP n'a pas été pris en compte par la Ville de Paris ;

- elle méconnaît l'article 42 du CCAG-TIC, la mise en demeure du 31 juillet 2019 étant irrégulière et celle du 14 novembre 2019 n'étant pas restée infructueuse ;

- les conditions de la résiliation pour faute ne sont pas réunies, en l'absence de toute méconnaissance grave d'une obligation contractuelle ; la prestation qu'elle et la société Aerodata France ont remise dans le délai de la mise en demeure n'ayant donné lieu à aucune critique de la Ville de Paris ;

- la résiliation intégrale du marché n'est pas justifiée et disproportionnée ; les prestations sont indépendantes les unes des autres, sauf clauses contraires ; chaque opérateur était responsable de ses propres prestations ; aucune dépendance n'est établie entre les UO2 et UO8 ; les motifs de résiliation concernant uniquement l'UO2, la Ville de Paris ne pouvait résilier l'ensemble du marché ;

- elle a intégralement exécuté sa mission correspondant à l'UO8 et doit donc être réglée de cette prestation, conformément à l'article 12.2 du CCAG TIC ;

- la Ville de Paris aurait dû procéder à une résiliation partielle du marché.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2007957 le 8 juin 2020, la société à responsabilité limitée (SARL) Aerodata France, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris au paiement d'une somme totale de 461 250 euros TTC au titre des sommes dues au titre des prestations livrées et effectuées tant par elle-même que par son sous-traitant ;

2°) d'annuler la demande de remboursement de la somme de 94 875 euros HT mentionnée dans le décompte de résiliation ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable.

Sur la décision du 17 décembre 2019 prononçant la résiliation du contrat :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée, à tort, sur la méconnaissance des stipulations de l'article 6.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et de l'article 32 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de techniques de l'information et de la communication (CCAG TIC) ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 4-2-2 du CCAP, dès lors qu'aucun procès-verbal de contrôle intermédiaire ou final n'a été délivré par l'administration au titre de la vérification des prestations ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 42 du CCAG TIC, dès lors que la mise en demeure n'est pas restée infructueuse dans la mesure où les prestations ont été livrées le 29 novembre 2019, sans que l'administration n'adresse de réserves en retour ;

- elle n'est pas fondée, dans la mesure où elle n'a commis aucune faute grave dans l'exécution du contrat ; elle a procédé à la livraison des prestations contractuelles prévues, dans les délais requis ; ses prestations sont indépendantes des autres prestations prévues au contrat, si bien que la Ville de Paris ne pouvait le résilier dans sa globalité ; l'acte d'engagement prévoit expressément deux co-traitants non solidaires ; aucune stipulation n'indique que les prestations contractuelles listées sont interdépendantes et qu'en cas de résiliation du marché, tous les titulaires sont susceptibles d'être concernés ; au contraire, il ressort des articles 2 et 2-2-5 du CCAP que le paiement fait l'objet d'un paiement séparé par lot, sur la base du service fait ; en outre, l'acte d'engagement indique ce qui doit être respectivement payé au titulaire, au mandataire ou au co-traitant ; par ailleurs, il ressort tant du CCAP et du CCAG TIC que du code des marchés publics qu'en cas de groupement conjoint sans solidarité du mandataire, les prestations et les prix correspondants sont répartis de manière détaillée entre chacun des membres du groupement, chaque entreprise étant responsable de ses propres prestations ; l'article 51-3 du code des marchés publics prévoit la résiliation partielle du marché en cas de défaillance d'un des titulaire du contrat, membre du groupement conjoint ; une grande partie de ses prestations, notamment en ce qui concerne le MNT et les données Lidar, a été validée avant le mois de juin 2019 et est remise en cause par le refus des prestations de la société Luxcarta ; la société Geofit, mandatée par la Ville de Paris pour contrôler la qualité de ses prestations, a reconnu la qualité des prestations fournies tant en ce qui concerne la base de données d'images stéréoscopiques, que les images et le géoréférencement et a considéré que la base de données de ces images pourra être exploitée pour la création des volumes des bâtiments ainsi que des orthophotographies de haute résolution ;

- elle n'a pas été suivie d'une réunion contradictoire ayant pour objet de dresser un procès-verbal d'inventaire des prestations réalisées, des approvisionnements existants et des matériels se trouvant sur le site ;

- la société Igo, sous-traitant, a réalisé la prestation UO8 dans les délais requis par la Ville de Paris et conformément aux stipulations contractuelles ; elle doit donc être réglée à ce titre ;

- ces différents vices affectent la validité de la résiliation du contrat, qui est donc illégale, et impliquent la reprise des relations contractuelles.

Sur le décompte de résiliation du marché du 22 janvier 2020 :

- il est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie dans la mesure où il a été établi en application de l'article 34.5 du CCAG TIC au lieu de l'être sur le fondement de l'article 44 du même cahier ;

- il est entaché de plusieurs erreurs ; la facture F18022 du 17 septembre 2018 d'un montant de 113 850 euros TTC correspond à la description UO1-2, quantité de 25 % ; la facture F18039 du 9 novembre 2018, d'un montant de 43 800 euros dont le virement a été reçu le 21 novembre 2018 correspond à la description UO13-1 et 2 ; la référence administrative est erronée dans les deux premières lignes du tableau ; il prévoit le remboursement de la première facture émise le 17 septembre 2018 alors que la deuxième facture, émise le 9 novembre 2018, a été acceptée et validée ;

Sur les préjudices découlant de la décision de résiliation du contrat :

- elle subit un préjudice financier relatif à l'absence de paiement des factures n° F200002, n° F200003, n° 142-19 et n° F19011 comportant respectivement les montants de 227 700 euros TTC, 35 700 euros TTC, 84 000 euros TTC et 113 850 euros.

- il y a enrichissement sans cause de la Ville de Paris qui refuse le paiement des prestations réalisées dont elle bénéficie.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Aerodata France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans son mémoire en défense enregistré le même jour, sous le numéro 2003769 visé au I. ci-dessus.

Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2021, la société Aerodata France, représentée par Me Jorion, conclut aux mêmes fins que dans sa requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, les mêmes nouveaux arguments que ceux exposés dans son mémoire enregistré le même jour, sous le numéro 2003769 visé au I. ci-dessus.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, la Ville de Paris, représentée par Me Falala, conclut aux mêmes fins que dans son premier mémoire en défense, par les mêmes moyens, comme dans son mémoire enregistré le même jour, sous le numéro 2003769 visé au I. ci-dessus.

Par un mémoire enregistré le 22 février 2022, la société Aerodata France, représentée par Me Jorion, conclut aux mêmes fins que dans ses précédentes écritures, par les mêmes moyens et soutient, en outre, les mêmes nouveaux arguments que ceux exposés dans son mémoire enregistré le même jour, sous le numéro 2003769 visé au I. ci-dessus.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de techniques de l'information et de la communication ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- les observations de Me Favain, substituant Me Jorion, pour la SARL Aerodata France,

- les observations de Me Kluczynski, pour la société Igo,

- et les observations de Me Gorse, avocat de la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La Ville de Paris a, par un acte d'engagement du 13 octobre 2017 signé le 1er mars 2018 avec la société à responsabilité limitée (SARL) Aerodata France, premier co-traitant et mandataire du groupement conjoint formé avec la société par actions simplifiée (SAS) Luxcarta Technology et la société Géosat, respectivement deuxième et troisième co-traitants, conclu un accord-cadre à bons de commande pour l'acquisition d'une maquette 3D complète de l'ensemble des bâtiments et ouvrages d'art structurants parisiens, et acquisitions 3D complémentaires d'une durée de quatre ans ferme. Par un courrier du 21 février 2019, la Ville de Paris a mis en demeure la SARL Aerodata France et la SAS Luxcarta Technology de lui adresser la maquette 3D commandée. Elle a de nouveau adressé à la société requérante deux mises en demeure datées des 31 juillet et 14 novembre 2019 et tendant respectivement à la livraison, d'une part, d'un photomaillage 3D tel que défini dans la commande n° 4502409609 du 8 mars 2019 d'ici le 19 août 2019, d'autre part, de l'ensemble des prestations commandées d'ici le 29 novembre 2019. Le 17 décembre 2019, la Ville de Paris a décidé de résilier le marché pour faute au motif que les éléments livrés à cette date n'incluaient pas les bâtiments 3D et les ouvrages d'art. Elle a ensuite, par courrier du 22 janvier 2020, adressé à la SARL Aerodata France le décompte de résiliation indiquant qu'elle était redevable d'une somme de 94 875 euros HT. Par les présentes requêtes, la SARL Aerodata France demande au tribunal d'ordonner à la Ville de Paris la reprise des relations contractuelles et de condamner la Ville de Paris au paiement des sommes de 461 250 euros TTC et 50 000 euros au titre, respectivement, d'une part, des prestations livrées et effectuées tant par elle-même que par son sous-traitant, la société Igo, d'autre part, du préjudice découlant de la résiliation de ce contrat.

Sur l'intervention de la société Igo sous le n° 2003769 :

2. Le jugement à rendre sur les requêtes de la SARL Aerodata France est susceptible de préjudicier aux droits de la société Igo. Dès lors, l'intervention de la société Igo est recevable.

Sur la jonction :

3. Les requêtes visées ci-dessus portent sur le même marché public, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu opposée par la Ville de Paris en ce qui concerne la reprise des relations contractuelles :

4. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles.

5. Il résulte de l'instruction que le terme du marché était fixé au 28 février 2022. Ainsi, à la date du présent jugement, les conclusions de la requête de la SARL Aerodata France tendant à la reprise des relations contractuelles sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu de statuer sur leur bien fondé.

Sur la décision de résiliation du 17 décembre 2019 :

En ce qui concerne la régularité de la décision de résiliation :

S'agissant de la compétence de son signataire :

6. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 4° De prendre toute décision concernant () l'exécution et le règlement des marchés et des accords-cadres () ; / () ". Selon l'article L. 2511-27 du même code : " () le maire de Paris peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature () aux responsables de services communaux ".

7. D'une part, il résulte de la délibération n° 2014 SGCP 1 du 5 avril 2014 du conseil de Paris, siégeant en formation de conseil municipal, affichée à l'hôtel de ville et transmise au représentant de l'Etat le même jour, laquelle a été modifiée par délibération du même conseil n° 2016 DFA 167 rendue à l'issue de la séance des 12, 13, 14 et 15 décembre 2016 affichée à l'hôtel de ville et transmise au représentant de l'Etat le 20 décembre 2016 que le conseil de Paris a délégué à la maire de Paris le pouvoir de prendre toute décision concernant l'exécution, dont la résiliation et le règlement, des marchés publics au sens de l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015, quel que soit leur montant. D'autre part, par un arrêté du 28 août 2018, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 18 septembre 2018, la maire de Paris a donné délégation à Mme B C, directrice des systèmes d'information et du numérique, à l'effet de signer, dans la limite des attributions de la direction des systèmes d'information et du numérique, tous arrêtés, actes et décisions préparés par les services placés sous son autorité ainsi que pour toute décision concernant, notamment, l'exécution et le règlement des marchés publics au sens de l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015, quel que soit leur montant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et de la signataire de la décision de résiliation manque en fait et doit donc, en tout état de cause, être écarté en ses deux branches.

S'agissant de la procédure préalable à son édiction :

8. En premier lieu, la décision de résiliation est fondée sur l'incomplétude des prestations livrées du fait de l'absence des bâtiments 3D et des ouvrages d'art et, ainsi, sur l'absence de service fait. En l'absence de livraison de ces éléments et donc de ce service fait les concernant, la Ville de Paris ne pouvait mettre en œuvre les stipulations de l'article 4.2.2 du CCAP qui fixe les règles relatives à la réception ou à l'admission des prestations en cas de service fait. Le moyen tiré du vice de procédure relatif à la méconnaissance des règles fixées par ces stipulations est donc inopérant et doit être écarté pour ce motif.

9. En second lieu, aux termes de l'article 42.1 du CCAG-TIC dans sa version en vigueur à la date de signature de la signature de l'accord-cadre : " Le pouvoir adjudicateur peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : / () / c) Le titulaire ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels. / () ". En vertu de l'article 42.2 du même cahier : " 42. 2. Sauf dans les cas prévus aux i, m et n du 42. 1 ci-dessus, une mise en demeure, assortie d'un délai d'exécution, doit avoir été préalablement notifiée au titulaire et être restée infructueuse ".

10. Il résulte de l'instruction que la Ville de Paris a, par un courrier du 14 novembre 2019, mis en demeure le groupement représenté par son mandataire, la société requérante, de fournir d'ici le 29 novembre 2019 avant midi les prestations dues. Or, il ressort de la décision de résiliation que l'ensemble de ces prestations n'a pas été livré à cette date dans la mesure où les prestations livrées ne contenaient pas les bâtiments 3D et ouvrages d'art, ce que ne conteste pas la société requérante. La mise en demeure du 14 novembre 2019 est donc bien restée infructueuse. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure consécutif à la méconnaissance de l'article 42.2 du CCAG-TIC ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

S'agissant de sa motivation :

11. Il ressort de la décision de résiliation qu'elle compte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que cette décision reposerait sur des stipulations du CCAP et du CCAG-TIC qui ne sont pas applicables à sa situation est sans incidence sur l'appréciation de sa régularité formelle. Ce moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision de résiliation :

S'agissant de sa base légale :

12. La décision de résiliation pour faute indique que cette mesure est prise en application de l'article 6.1 du CCAP et de l'article 32 du CCAG-TIC. Ces articles, qui concernent respectivement les obligations du titulaire du marché en matière d'assurances et la maintenance des prestations, ne constituent pas la base légale appropriée à la décision de résiliation, fondée sur l'incomplétude des livrables du fait de l'absence des bâtiments 3D et des ouvrages d'art. Toutefois, et comme l'indique la Ville de Paris dans chacun de ses mémoires en défense qui ont été communiqués à la société requérante, elle aurait pris la même décision en se fondant sur l'article 42 du CCAG-TIC relatif à la résiliation pour faute du titulaire, lequel était d'ailleurs mentionné dans la mise en demeure du 14 novembre 2019 qui lui a été adressée et qui l'invitait à présenter ses observations sur l'éventuelle sanction susceptible d'être prononcée à son encontre. L'article 42 du CCAG TIC ne prévoyant, avant le prononcé d'une mesure de résiliation pour faute, aucune autre garantie que le respect du principe de la contradiction qui, au cas présent, a bien été respecté, il y a donc lieu de substituer cet article aux articles 6.1 du CCAP et 32 du CCAG TIC sur le fondement desquels la décision de résiliation est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit invoqué par la société requérante doit être écarté.

S'agissant de l'existence d'une faute d'une gravité suffisante la justifiant :

13. Aux termes de l'article 42.1 du CCAG-TIC dans sa version en vigueur à la date de signature de la signature de l'accord-cadre : " Le pouvoir adjudicateur peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : / () / c) Le titulaire ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels. / () ". Par ailleurs, en l'absence de clause prévue à cet effet, seule une faute d'une gravité suffisante est de nature à justifier la résiliation d'un marché public aux torts exclusifs de son titulaire.

Quant aux manquements :

14. Il résulte de l'article 1 de l'acte d'engagement que le marché litigieux signé par la société requérante, au nom du groupement qu'elle compose avec la SAS Luxcarta Technology et la société Géosat, constitue un accord-cadre à bons de commande pour l'acquisition d'une maquette 3D complète de l'ensemble des bâtiments et " ouvrages d'art structurants parisiens ", et des acquisitions 3D complémentaires. L'article 1.1 du CCTP précise que cette maquette 3D est destinée aux services de la Ville de Paris pour la concertation et la conception de projets divers et d'études règlementaires ou environnementales, et qu'elle a également vocation à être diffusée librement pour stimuler le développement d'études, de produits numériques et de travaux de recherche sur le territoire parisien. L'article 3 du même cahier, qui fixe les jalons principaux du marché, prévoit une livraison de la maquette 3D, des ouvrages d'art structurants et de l'orthophoto 3D et le lancement de l'étude de cadrage pour l'évolution de la maquette 3D pour le mois de juin 2019. La réalisation du projet se décomposait en plusieurs phases, nommées unités d'œuvres (UO), explicitées à l'article 5 de ce cahier. L'UO1 était relative à l'initialisation du socle 3D. Elle intègre quatre produits, à savoir une orthophotographie aérienne très haute résolution (THR), un modèle numérique de terrain (MNT) et un modèle numérique d'élévation (MNE), des prises de vue obliques et un LiDAR THR classifié. L'UO2 et l'UO3 ont respectivement pour objectif de constituer une base de données sur l'ensemble du territoire de la maquette 3D, d'une part, de bâtiments 3D texturés avec toits et superstructures de toits sur l'ensemble du périmètre de la maquette 3D, d'autre part, d'ouvrages d'art structurants 3D texturés. Enfin, l'UO8 visait à acquérir, sur l'ensemble du périmètre de la maquette, une orthophoto 3D ou photomaillage, c'est-à-dire un maillage 3D texturé à 360° permettant un déplacement de manière continue et fluide, en temps réel, en particulier au moyen d'un navigateur internet, dans une image 3D de Paris.

15. Il résulte des stipulations citées au point précédent que le marché conclu entre la Ville de Paris et le groupement représenté par la société requérante visait à acquérir une maquette 3D complète, comprenant l'ensemble des bâtiments et des " ouvrages d'art structurants parisiens ", laquelle a d'ailleurs fait l'objet d'une publication dans la presse. Si l'article 5.2.1.8 du CCTP indique que l'UO1, relative au socle de la maquette 3D, ne dépend pas de la réalisation d'autres unités d'œuvres, il ressort en revanche des articles 5.2.2.3, 5.2.3.3 et 5.3.5.3 que les UO2, UO3 et UO8 impliquent nécessairement la livraison et la validation, en amont, de l'UO1, dont les produits sont indispensables à leur réalisation. Il existe donc un lien technique et juridique entre ces différentes unités d'œuvre, dont la première conditionne la bonne exécution des suivantes et devait permettre la livraison d'une maquette complète, conformément à l'objet du marché. La double circonstance, étrangère à l'appréciation de l'objet du marché, que les co-titulaires ne sont pas solidaires entre eux et que chacun est payé pour le service qu'il exécute est sans incidence sur ce point.

16. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le groupement a rencontré plusieurs difficultés dans le cadre de l'exécution du marché, lesquelles ont conduit la Ville de Paris à l'alerter à plusieurs reprises lors du comité de crise du 20 décembre 2018, du comité de pilotage du 27 mars 2019 et des comités stratégiques des 27 mars et 24 avril 2019 et par une mise en demeure du 21 février 2019 sur le haut niveau de priorité de ce projet impliquant nécessairement la livraison d'une maquette 3D dès le mois de juin 2019. Ces difficultés ont notamment concerné l'UO1, dont la société requérante était spécifiquement chargée. À cet égard, et contrairement à ce que cette dernière soutient, la Ville de Paris, si elle a souligné la bonne qualité du MNT dans un courriel du 19 février 2019, a également indiqué que sa validation était conditionnée à plusieurs vérifications des lignes créées et à la rectification des artéfacts en dessous et au-dessus des bâtiments, ce qu'elle a rappelé dans son courriel du 5 mars 2019 précisant que le MNT complet devait être utilisé pour la création du projet de maquette 3D sous réserve du traitement des anomalies signalées le 19 février. Ces problèmes, qui s'ajoutent aux anomalies de classification du LiDAR et aux défauts de l'orthophotographie tenant notamment à des " mosaiquages " incomplets, des décalages et des déformations de l'image, ont conduit la Ville de Paris a rejeté la livraison de ce lot le 8 novembre 2019, lequel n'a alors pu être utilisé de manière optimale pour la réalisation des UO2 et UO3 conformément aux stipulations du CCTP. Dans ces conditions, et indépendamment de la nouvelle livraison des UO1 et UO8 le 29 novembre 2019 et dont la conformité aux stipulations du contrat n'est d'ailleurs pas établie, c'est sans entacher sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation que la Ville de Paris a, le 17 décembre 2019, après sa mise en demeure infructueuse adressée au groupement de lui fournir d'ici fin novembre la maquette 3D de Paris complète, estimé qu'en l'absence de la livraison de l'intégralité des prestations dues, et plus particulièrement de ces bâtiments et ouvrages d'art, le groupement a commis une faute d'une gravité suffisante justifiant la résiliation du marché en cause.

Quant aux causes exonératoires :

17. En premier lieu, il résulte de l'article 5.2.1.1 du CCTP relatif aux contraintes et aux exigences pour le vol et les prises de vues que la période de prise de vue doit impérativement être comprise entre le 15 mai et le 31 août. S'il résulte de l'instruction que le survol de Paris a fait l'objet de diverses difficultés nécessitant la mise en place d'un protocole spécifique par avenant du 27 juillet 2018, le vol a néanmoins pu se dérouler dans le courant de septembre. Dès lors, ce léger retard dans la campagne des vols n'est pas de nature à remettre en cause la faute commise par le groupement, tenant à l'absence de livraison de la maquette 3D et des bâtiments et ouvrages d'art le 29 novembre 2019, soit plus de cinq mois après la date de livraison de cette prestation initialement fixée au mois de juin 2019.

18. En second lieu, il résulte de l'instruction que la Ville de Paris a, contrairement à ce qu'indique la société requérante, cherché à plusieurs reprises une solution permettant la réalisation du projet, notamment en proposant au titulaire, dès le mois de février 2019, de substituer à la livraison de la maquette 3D initialement prévue au projet pour le mois de juin 2019 la livraison d'une maquette blanche, plus simple. Toutefois, compte tenu du retard pris sur le calendrier de livraison à la fin du mois d'août 2019 et du dépassement du délai de livraison prévu, il ne saurait être reproché à la Ville de Paris d'avoir refusé la proposition de la société requérante du 23 août 2019 d'organiser une nouvelle réunion technique dès lors qu'elle souhaitait désormais être fixée sur la poursuite de l'exécution du marché et non sur les modalités de celle-ci. En outre, la société requérante ne démontre pas que les difficultés de livraison du MNT, inclus dans l'UO1, sont imputables à la Ville de Paris qui, au contraire, a indiqué dans son courriel du 19 février 2019 les obstacles à sa validation, lesquels n'ont toutefois pas été corrigés, en particulier en ce qui concerne la présence d'artéfacts au niveau des bâtiments, ainsi que cela ressort du courrier de la Ville de Paris du 8 novembre 2019. Par ailleurs, il ressort du compte-rendu de la réunion de crise du 20 décembre 2018 que les difficultés rencontrées par le groupement étaient essentiellement liés à une mauvaise synchronisation du travail d'exécution de leur part respective du marché entre la société requérante et la SAS Luxcarta Technology en ce qui concerne le MNT, et non à l'utilisation de la base de données APUR de la Ville de Paris, dont les conditions d'utilisation ont été explicitées par cette dernière. De plus, si la société requérante fait état de malentendus entre elle et la Ville de Paris, notamment en ce qui concerne la prise en compte des sols dans la définition du sous-sol, elle ne les établit pas. Enfin, la circonstance, à la supposée même fondée, que la société Igo, sous-traitant de la société requérante, a livré la prestation UO8 dans les délais et conformément aux exigences du CCTP est sans incidence sur l'appréciation du motif de résiliation du contrat litigieux, qui repose sur l'absence de de livraison des maquettes et ouvrages d'art relevant des UO2 et UO3.

19. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 6 à 18 ci-dessus que la décision de résiliation du marché litigieux est fondée. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation du préjudice d'image qu'elle estime avoir subi du fait de cette décision de résiliation et qui, en tout état de cause, n'est pas établi dès lors que la Ville de Paris n'a procédé à aucune publicité de cette mesure.

Sur le décompte de résiliation :

En ce qui concerne la compétence de signataire du décompte de résiliation :

20. Le moyen tiré de l'incompétence de Mme B C, directrice des systèmes d'information et du numérique, pour signer le décompte de résiliation doit, en tout état de cause, être écarté pour les motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement.

En ce qui concerne la motivation du décompte de résiliation :

21. Il ressort du relevé de décompte de résiliation que les références administratives des factures concernant les UO13-1 et UO1-2 ont été inversées. Toutefois, cette erreur est sans incidence sur le calcul du solde de ce décompte.

En ce qui concerne la base légale du décompte de résiliation :

22. Il ressort du décompte de liquidation qu'il a été adressé à la société requérante conformément aux stipulations de l'article 34.5 du CCAG-TIC et non de l'article 44 de ce cahier, cette erreur est sans incidence sur le solde de ce décompte. En outre, si la requérante soutient qu'une telle erreur l'a privée d'une garantie, elle n'assortit pas cette branche de son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit donc, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne le solde du décompte de résiliation :

23. Aux termes de l'article 44 du CCAG-TIC applicable à la date de la signature du marché : " 44. 1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. / () / 44. 3. Le décompte de liquidation à la suite d'une décision de résiliation prise en application de l'article 42 comprend : / 44. 3. 1. Au débit du titulaire : / ' le montant des sommes versées à titre d'avance, d'acompte, de règlement partiel définitif et de solde ; (). / 44. 3. 2. Au crédit du titulaire : / ' la valeur contractuelle des prestations reçues () ; ".

S'agissant de l'UO1-2 :

24. Il résulte de l'instruction que l'UO1-2 porte sur l'initialisation d'un socle 3D de 5 centimètres qui implique la livraison d'une orthophotographie aérienne THR, d'un MNT, d'un MNE, de prises de vues obliques et d'un LiDAR THR classifié. La Ville de Paris a émis un bon de commande pour cette unité d'œuvre le 14 mars 2018, moyennant le paiement d'une somme globale de 379 500 euros HT, soit 455 400 euros TTC. Ce bon de commande, qui indique les jalons de paiement, prévoit le versement d'un acompte de 25 %, soit 94 875 euros HT, à verser après autorisation de la réalisation du vol, puis le versement de 25 % du prix total, soit de nouveau 94 875 euros HT, à l'issue du contrôle intermédiaire de la réalisation des prestations et, enfin, à l'issue du contrôle final, le paiement du solde correspondant à 189 750 euros HT. La société requérante a émis une première facture n° F18022 le 17 septembre 2018 correspondant au montant du paiement de l'acompte, soit d'une somme de 94 875 euros HT correspondant à 113 850 euros TTC. Elle a ensuite émis une facture n° F20002 le 31 janvier 2020 correspondant à 50 % des prestations de l'unité d'œuvre, soit 189 750 euros HT et 227 700 euros TTC.

Quant à la facture F18022 :

25. En premier lieu, les clichés photographiques dont la SARL Aerodata France demande le paiement ont été réalisés au mois de septembre 2018 à l'occasion d'un vol au-dessus de Paris, comme il a été indiqué au point 17 du présent jugement, soit antérieurement à la résiliation du marché en cause survenue le 17 décembre 2019. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement en demander le paiement de cette prestation sur le terrain de l'enrichissement sans cause.

26. En second lieu, il résulte de l'instruction que la facture F18022 a été réglée par la Ville de Paris qui, dans le décompte de résiliation, a inscrit son montant au " débit titulaire " en raison du rejet de l'UO1, ce que conteste la société requérante. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, cette somme ne correspond pas à la réalisation des clichés aériens mais, comme cela est précisé au point 24, au versement d'un acompte de 25 % relatif à l'UO1-2 qui porte sur l'initialisation du socle de la maquette 3D et non sur la seule réalisation de photographies aériennes, comme l'a indiqué la Ville de Paris en défense sans être contestée sur ce point. En outre, la SARL Aerodata France n'établit pas que ces seuls clichés permettront à la Ville de Paris de faire réaliser le socle de la maquette 3D par une autre entreprise alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment du CCTP d'un contrat conclu entre la société requérante et une autre personne publique, que la création d'une telle maquette suppose également l'utilisation d'un LiDAR, prestation qui a, en l'espèce, été rejetée par la Ville de Paris en raison de défaut de classification. La SARL Aerodata France n'est donc pas fondée à demander la déduction de la somme de 94 875 euros HT soit 113 850 euros TTC mise à sa charge dans le décompte de résiliation ni, en tout état de cause, son remboursement.

Quant à la facture F20002 :

27. Il résulte de l'instruction que par un courriel du 19 février 2019, le chef de projet de la Ville de Paris a indiqué à la société requérante que le MNT livré est globalement cohérent avec les images stéréoscopiques, qu'il définit bien le sol et que la société Geofit, dans son rapport du 28 mars 2019 de contrôle de qualité de la base de données stéréoscopiques, du MNT et du traitement des données du LiDAR, lui avait fait part de la bonne qualité du MNT livré. Toutefois, il lui a également été précisé que la validation du MNT était conditionnée à une vérification complète stéréoscopique des lignes créées sur les quais de la Seine, une vérification des lignes d'aide en dessous des ouvrages d'art et une rectification des artéfacts importants en dessous et au-dessus des bâtiments. Ces corrections et vérifications ont également été identifiées par la société Geofit dans son rapport précité, recommandant également des corrections du calage altimétrique sur les bandes Lidar et un contrôle de la classification sur les dalles du LiDAR. Ces corrections et modifications n'ont pas été effectuées par la société requérante, ainsi que cela ressort du courrier du 8 novembre 2019 par lequel la Ville de Paris a rejeté les livrables de l'UO1-2 au motif que le LiDAR comporte des anomalies de classification, que le fichier de lignes de rupture livré au titre du MNT est vide à l'exception de la Seine, qu'il est incohérent avec le MNT et qu'il présente des artéfacts au niveau des bâtiments et, enfin, que l'orthophotographie présente des défauts majeurs. En outre, et comme cela a été indiqué au point 16 ci-dessus, la Ville de Paris n'a pas validé le MNT par son courriel du 5 mars 2019. Enfin, si la société requérante soutient que la Ville de Paris a fait état de détails non significatifs pour rejeter ses prestations, elle ne l'établit. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à solliciter le paiement de cette facture qui, à bon droit, n'a pas été inscrite à son crédit dans le décompte de résiliation.

S'agissant de l'UO8 :

28. Il résulte de l'instruction que l'UO8 vise à acquérir une orthophoto 3D sur l'ensemble du périmètre de la maquette 3D, c'est-à-dire un maillage 3D texturé à 360 degrés permettant de se déplacer de manière continue et fluide, en temps réel, en particulier au moyen d'un navigateur web, à l'intérieur d'une image 3D. La Ville de Paris a émis un bon de commande à la SARL Aerodata France pour cette unité d'œuvre le 8 mars 2019, moyennant le paiement d'une somme de 99 750 euros HT, soit 119 700 euros TTC. La société requérante a sous-traité la réalisation de cette prestation à la société Igo, moyennant le paiement d'une somme de 70 000 euros HT, soit 84 000 euros TTC. La société Igo a émis une facture n° 142-19 de ce montant et la société requérante une facture n° F20003 d'un montant de 35 700 euros TTC. L'UO8 a fait l'objet d'une première livraison le 19 août 2019, laquelle a été rejetée le 28 août suivant. La nouvelle livraison de la prestation a également été rejetée par la Ville de Paris le 8 novembre 2019 en raison de dalles manquantes pour les 6ème et 3ème arrondissements dans le format OBJ, d'anomalies concernant la qualité géométrique et la texturation de quatre bâtiments et des contenus manquants en fonction des niveaux de zoom dans le format I3S/SPK. La société Igo a conformément à la mise en demeure datée du 14 novembre suivant, procédé à une nouvelle livraison de cette unité d'œuvre. Il ressort de ses commentaires joints au bon de livraison que l'ensemble des dalles sont désormais présentes dans le document sous le format OBJ, que la géométrie et la texture sur les quatre bâtiments a été reprise et que les artéfacts, qui correspondent aux contenus manquants identifiés dans la décision de rejet du 8 novembre 2019, sont moins nombreux que dans la livraison précédente mais demeurent visibles sur trois zones. Il est également précisé que ce problème est lié au format du logiciel ESRI I3S/SLPK utilisé, et que les éditeurs mettent tout en œuvre pour résoudre ce problème.

29. La société requérante et la société Igo soutiennent que la prestation UO8 a été validée par la Ville de Paris et livrée conformément aux exigences du CCTP et dans les délais prévus contractuellement. Toutefois, s'il résulte d'un courriel 18 septembre 2019 adressé par le chef du bureau de la géomatique à ces deux sociétés que les contrôles d'intégrité des prestations livrées, c'est-à-dire le contrôle de leur lisibilité, leur dénomination, leur nombre et de leur présentation, sont positifs, ce message, qui indique également que le contrôle de qualité des prestations est engagé, ne présage en rien de leur conformité au marché, ni de leur qualité. Par ailleurs, et comme cela a été indiqué au point précédent, le photomaillage livré le 29 novembre 2019 n'est pas conforme aux stipulations contractuelles dans la mesure où la version proposée sous format ESRI I3S/SLPK présentaient plusieurs artéfacts ne permettant donc pas une visualisation intégrale du document à différentes échelles et sa diffusion au public sur Internet. Si la société requérante soutient que ce problème est lié à la version du logiciel utilisée par la Ville de Paris, elle ne l'établit pas. En outre, la circonstance que le photomaillage fonctionne parfaitement avec le logiciel OBJ est sans incidence sur l'appréciation de sa conformité au marché, qui prévoyait expressément sa livraison au format IRS ESRI. De plus, la société requérante n'établit ni même n'allègue que les artéfacts affectant la qualité du photomaillage sont liés à la technologie de restitution automatique, condition pourtant fixée à l'article 5.3.5 du CCTP pour que ces défauts n'aient pas à faire l'objet d'une correction. Le photomaillage livré en dernier lieu le 29 novembre 2019 n'était donc pas conforme aux préconisations du marché, qui supposait qu'il puisse être intégralement visualisé à différentes échelles. Enfin, la société requérante ne fait pas état du nombre de dalles concernées par ces problèmes d'artéfacts par rapport au nombre de dalles que comporte le photomaillage et n'est donc pas fondée à soutenir que ces artéfacts entrent dans la marge de 5 % d'erreurs prévue à l'article 5.3.5.4 du CCTP. Par ailleurs, et en tout état de cause, le simple fait que le photomaillage livré par la société requérante présentait un taux d'erreur, même minime, démontre qu'il n'était pas conforme aux prescriptions du marché. Dans ces conditions, la SARL Aerodata France n'est pas fondée à demander le paiement des sommes de 84 000 euros TTC, correspond à la prestation exercée par son sous-traitant et la somme de 35 700 euros au titre de cette unité d'œuvre, sommes qui, à bon droit, n'ont pas été inscrite à son crédit dans le décompte de résiliation.

Sur les frais liés au litige :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mise à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, les sommes que demandent la SARL Aerodata France et la société Igo au titre des frais liés au litige. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Aerodata France la somme demandée par la Ville de Paris au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société Igo est admise.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Aerodata France, à la société Igo et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

J. GRANDILLONLe président,

J-F. SIMONNOT

La greffière

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

NOS 2003769 et 2007957

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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