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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2004717

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2004717

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2004717
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantWEISS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 mars 2020, le 13 octobre 2020, le 10 mars 2021, le 31 mai 2021, le 12 août 2021 et le 10 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Elie Weiss, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2020 par laquelle le directeur de l'école normale supérieure (ENS) a implicitement rejeté sa demande indemnitaire reçue le 27 novembre 2019 ;

2°) de condamner l'ENS à lui verser une indemnité de :

- 71 200 euros au titre de son préjudice de carrière lié à l'échec, provoqué par les appréciations de son supérieur hiérarchique, au tour extérieur des administrateurs civils (TEAC) pour l'année 2019, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2019 ;

- 57 036 euros au titre du préjudice financier résultant pour lui de la privation de logement de fonction, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2019 ;

- 30 000 euros au titre du préjudice moral, de santé, de carrière et financier résultant pour lui du harcèlement qu'il a subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 avril 2017, six semaines après le dépôt de sa requête du 14 mars 2017 devant le tribunal, première manifestation écrite conservée de ce harcèlement ;

- 10 000 euros au titre du préjudice résultant pour lui de l'absence de fiche de poste, entre juin 2015 et mai 2018, qui a facilité ce harcèlement ;

- 29 785 euros au titre du préjudice résultant pour lui des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'ENS de mettre en œuvre a posteriori la protection fonctionnelle à son égard ;

4°) de mettre à la charge de l'ENS la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il n'y a pas identité d'objet et de cause avec la requête n° 1815881 et que l'autorité de la chose jugée ne s'attache qu'aux jugements devenus définitifs ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en raison d'agissements répétés dirigés à son encontre ayant entraîné une dégradation de ses conditions de travail, une atteinte grave à sa santé, à sa dignité et à sa carrière ;

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

- il a été victime d'agissements répétés constitutifs de harcèlement moral ;

- il a subi un préjudice de carrière du fait de l'obstacle mis à sa candidature au TEAC pour l'année 2019, un préjudice lié à la privation de logement de fonction et de compensation, un préjudice de carrière, qui doit être actualisé par rapport à sa requête n° 1815881.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juillet 2020, le 17 décembre 2020, le 21 avril 2021 et le 30 juin 2021, le directeur de l'ENS conclut au rejet de la requête.

Il oppose une fin de non-recevoir tirée de l'autorité de la chose jugée par le tribunal aux conclusions tendant, d'une part, à l'annulation du refus de faire droit à une demande de protection fonctionnelle et, d'autre part, à sa condamnation à réparer les préjudices résultant, en premier lieu, de l'absence de fiche de poste, en deuxième lieu, du refus de restaurer les horaires de travail du requérant et de mettre un bureau à sa disposition, en troisième lieu, d'un harcèlement moral et, en quatrième et dernier lieu, de l'absence de logement de fonction, et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en réparation des préjudices résultant pour M. B de l'absence de fiche de poste entre juin 2015 et mai 2018 et des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés, qui ne se rattachent pas aux mêmes faits générateurs que ceux des préjudices mentionnés dans la réclamation indemnitaire du 24 novembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 99-945 du 16 novembre 1999 ;

- le décret n° 2012-752 du 9 mai 2012 ;

- l'arrêté du 10 novembre 2010 fixant les modalités de l'examen des titres professionnels et de l'établissement de la liste d'aptitude d'accès au corps des administrateurs civils ;

- les arrêtés du 5 juin 2015 et du 23 décembre 2015 fixant les listes de fonctions des établissements d'enseignement supérieur du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche prévues aux articles R. 2124-65 et R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques pouvant ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public,

- les observations de Me Weiss pour M. B,

- et les observations de Mme C pour l'école normale supérieure.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B, attaché principal d'administration de l'Etat en poste au sein de l'école normale supérieure (ENS) depuis 2006, affecté à compter du 1er juin 2015 sur le poste de responsable des pôles administratif, financier et hébergement du service logistique puis, à compter du 22 juillet 2019, sur le poste de responsable des archives institutionnelles, demande, d'une part, l'annulation de la décision née du silence gardé sur sa demande, reçue le 27 novembre 2019, par laquelle le directeur de l'ENS a implicitement refusé d'indemniser les préjudices ayant résulté pour lui, en premier lieu, des appréciations de son supérieur hiérarchique du 26 février 2019 relatives à sa candidature au tour extérieur des administrateurs civils (TEAC) pour l'année 2019, en deuxième lieu, du harcèlement moral dont il a fait l'objet de la part de son supérieur hiérarchique depuis 2017 et, en troisième et dernier lieu, de la privation de logement de fonction dont il a fait l'objet de juin 2015 à juillet 2019, d'autre part, la condamnation de l'ENS à lui verser une indemnité de 198 021 euros en réparation de ces préjudices ainsi que des préjudices ayant résulté pour lui de l'absence de fiche de poste entre juin 2015 et mai 2018 et des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés et, enfin, que le tribunal enjoigne à l'administration de lui octroyer a posteriori la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. B demande, d'une part, l'annulation de la décision née du silence gardé sur la demande précitée, reçue le 27 novembre 2019, et, d'autre part, la condamnation de l'ENS à lui verser une indemnité en réparation des préjudices visés dans cette demande ainsi que des préjudices ayant résulté pour lui de l'absence de fiche de poste entre juin 2015 et mai 2018 et des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés.

3. La décision de l'ENS a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. B qui, en formulant ces conclusions, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. En l'absence de conclusions tendant à l'annulation d'une décision refusant à M. B l'octroi de la protection fonctionnelle et, a fortiori, d'annulation par le présent jugement d'une telle décision, les conclusions du demandeur tendant à ce que le tribunal enjoigne à l'administration de lui octroyer a posteriori la protection fonctionnelle n'entrent pas, notamment, dans les prévisions de l'article L. 911-1 du code précité. Dès lors, elles sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la recevabilité :

S'agissant des préjudices ayant résulté pour M. B de l'absence de fiche de poste entre juin 2015 et mai 2018 et des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés :

6. Par sa demande indemnitaire du 24 novembre 2019, reçue le 27 novembre 2019, M. B a demandé à l'ENS la réparation des seuls préjudices ayant résulté pour lui, en premier lieu, des appréciations de son supérieur hiérarchique du 26 février 2019 relatives à sa candidature au tour extérieur des administrateurs civils (TEAC) pour l'année 2019, en deuxième lieu, du harcèlement moral dont il a fait l'objet de la part de son supérieur hiérarchique depuis 2017 et, en troisième et dernier lieu, de la privation de logement de fonction dont il a fait l'objet de juin 2015 à juillet 2019. La décision implicite par laquelle l'ENS a rejeté cette demande n'a lié le contentieux qu'à l'égard de l'objet de cette demande. Par suite, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices ayant résulté pour M. B de l'absence de fiche de poste entre juin 2015 et mai 2018 et des nouveaux horaires de travail et du bureau partagé qui lui ont été imposés, qui ne se rattachent pas aux mêmes faits générateurs, sont irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

En ce qui concerne le surplus des conclusions indemnitaires :

S'agissant des préjudices résultant pour M. B d'une situation de harcèlement moral :

7. Par une décision du 5 juillet 2018, l'ENS a rejeté la demande d'indemnisation que M. B lui avait adressée le 5 mai 2018 au titre du préjudice moral, de santé, de carrière et financier résultant pour lui du harcèlement moral dont il faisait l'objet de la part de sa hiérarchie. Par un jugement n° 1815881 du 18 novembre 2020, le tribunal a rejeté la requête par laquelle M. B lui demandait d'annuler cette décision et de condamner l'ENS à l'indemniser au titre de ces préjudices en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'ENS en raison d'un harcèlement moral. Par un arrêt n° 21PA00313 du 2 mars 2022, la cour administrative de Paris a rejeté la requête par laquelle M. B lui demandait l'annulation de ce jugement. Par une ordonnance n° 463651 du 25 octobre 2022, le président du la 7ème chambre de la section du contentieux du Conseil d'Etat a refusé l'admission du pourvoi formé par M. B contre cet arrêt au motif qu'il était manifeste qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à la justifier. L'ENS oppose l'autorité de la chose jugée par le tribunal aux conclusions tendant, notamment, à sa condamnation à réparer les préjudices résultant d'un harcèlement moral.

8. Il résulte de l'instruction, en particulier des écritures de M. B, que sa demande relative aux préjudices résultant du harcèlement moral qu'il dit avoir subi constitue, en dehors de son argumentation relative à son affectation en qualité de responsable des archives institutionnelles de l'ENS à compter du 22 juillet 2019, une simple actualisation de celle qui faisait l'objet de l'instance n° 1815881 et qui a été rejetée par le jugement précité du 18 novembre 2020 devenu définitif. Dès lors, l'ENS est fondée à opposer à cette demande, fondée sur le même fait générateur et la même cause juridique, sauf en ce qui concerne le changement d'affectation, l'exception tirée de l'autorité de la chose jugée. Par suite, cette demande doit, dans cette mesure, être rejetée.

9. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la date de la décision attaquée, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ".

10. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

12. Il résulte de l'instruction, notamment de la fiche de poste " Responsable des archives institutionnelles ", que ce poste de catégorie A peut être attribué à un attaché principal d'administration qui, comme M. B, a une formation du niveau d'ingénieur de recherche. Toutefois, il en résulte également que cette fiche de poste comporte, outre des activités qui sont celles d'un responsable des archives, des activités de collecte des archives, de tri des archives et de réalisation de leur inventaire, de travail de recherches documentaires et de communication des documents, qui ne sont pas celles d'un responsable des archives mais d'agents que celui-ci a vocation à encadrer tels qu'un chargé ou un assistant d'archives, des techniciens d'information documentaire et de collections permanentes et des aides d'information documentaire et de collections patrimoniales. En outre, si la fiche de poste précise que le responsable des archives " planifie et coordonne les opérations de versement et de destruction d'archives " et " organise et contrôle les opérations de classement et de communication d'archives ", il est constant qu'aucun agent n'est placé sous la hiérarchie du requérant ce qui le contraint à effectuer lui-même la totalité des tâches que nécessite la gestion des archives institutionnelles de l'ENS. Enfin, ces archives se présentaient, lors de sa prise de fonctions, sous la forme de documents non classés contenus dans des cartons entreposés dans des caves non entretenues et ne comportant pas l'équipement minimal requis pour travailler. Ces éléments sont de nature à faire présumer, dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'un harcèlement moral. En se bornant à faire valoir l'intérêt que présente le poste de responsable de ses archives institutionnelles, tant par son niveau technique que par l'intérêt patrimonial de ces archives et par les relations institutionnelles qu'il implique et à faire état de difficultés relationnelles antérieures de M. B pour justifier son changement d'affectation, l'ENS ne démontre pas que les conditions dans lesquelles le requérant exerce ses fonctions de responsable des archives institutionnelles sont justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement. Il suit de là que ces conditions de travail caractérisent une situation de harcèlement moral constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'ENS.

13. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la nature et à la durée de cette situation de harcèlement moral, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral qu'elle a causé à M. B en l'évaluant à la somme de 3 000 euros, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.

S'agissant de la nomination au tour extérieur dans le corps des administrateurs civils au titre de l'année 2019 :

14. Aux termes de l'article 5 du décret du 16 novembre 1999 portant statut particulier des administrateurs civils, alors en vigueur : " Les administrateurs civils sont recrutés parmi les anciens élèves de l'Ecole nationale d'administration ; ils sont nommés et titularisés en cette qualité à compter du lendemain du dernier jour de leur scolarité à l'école. / En outre, peuvent être nommés au choix dans le corps des administrateurs civils des fonctionnaires titulaires d'un corps de catégorie A ou assimilé de l'Etat () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " Les nominations prévues au deuxième alinéa de l'article précédent sont prononcées après inscription sur une liste d'aptitude établie par ordre alphabétique par le ministre chargé de la fonction publique sur avis d'un comité de sélection interministériel rendu après examen des titres professionnels des intéressés. () / L'examen des titres prévu à l'alinéa précédent comprend : / 1° Un examen par le comité de sélection du dossier de chaque candidat ; / 2° Une audition par le comité de sélection de ceux des candidats dont les mérites sont jugés satisfaisants à l'issue de cet examen. / () Un arrêté du ministre chargé de la fonction publique fixe, d'une part, les modalités de l'examen des titres professionnels et de l'établissement de la liste d'aptitude prévue ci-dessus, d'autre part, l'organisation et le fonctionnement du comité de sélection interministériel qui comprend des membres ayant voix délibérative et des membres ayant voix consultative ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2010 susvisé, alors en vigueur : " Pour chaque candidat, les administrations intéressées constituent un dossier, le cas échéant, en liaison avec les administrations auprès desquelles l'agent est détaché ou dont il relève pour l'exercice de ses fonctions, si ce dernier n'est pas présenté directement par celles-ci. Elles produisent les évaluations qu'il a obtenues au titre des cinq dernières années, une appréciation motivée et circonstanciée sur sa manière de servir, sur les emplois qu'il a occupés, sur ses aptitudes à exercer les fonctions d'administrateur civil et sur le type de mission qu'il semble le mieux à même d'assumer. Elles y joignent les éléments rédigés par le candidat, à savoir : / 1° Un curriculum vitae ; / 2° Une lettre de motivation ; / 3° Un rapport présentant une réalisation professionnelle de son choix ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " Le comité de sélection examine les dossiers mentionnés à l'article 2 du présent arrêté en appréciant, pour chaque candidat, son parcours professionnel antérieur, sa motivation et son aptitude à exercer les missions dévolues aux membres du corps des administrateurs civils, telles que définies à l'article 1er du décret du 16 novembre 1999 susvisé. Il tient compte, notamment, des fonctions d'encadrement ou d'expertise déjà exercées par les candidats ".

15. S'il est constant que M. B remplissait les conditions statutaires pour être nommé dans le corps des administrateurs civils au titre de l'année 2019, il résulte des dispositions précitées que cette circonstance ne lui donnait pas un droit à cette nomination, qui a lieu exclusivement au choix, la liste d'aptitude devant être établie en considération du parcours professionnel antérieur, de la motivation et de l'aptitude des candidats à exercer les missions dévolues aux membres du corps des administrateurs civils. En se bornant à faire valoir que l'appréciation émise par son supérieur hiérarchique a fait obstacle à sa nomination au tour extérieur dans le corps des administrateurs civils au titre de l'année 2019 alors qu'elle ne constitue qu'un des éléments du dossier examiné par le comité de sélection, qui comprend également les évaluations obtenues au titre des cinq dernières années mais aussi un curriculum vitae, une lettre de motivation et un rapport présentant une réalisation professionnelle de son choix rédigés par le candidat, et alors que le taux d'inscription sur la liste d'aptitude est très faible, en particulier pour les candidats issus du ministère de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, M. B n'établit pas, et il ne résulte pas de l'instruction, que ses mérites sont plus grands que ceux des candidats qui ont été mieux classés que lui et inscrits sur la liste d'aptitude ni, dès lors, que la faute alléguée lui a fait perdre une chance sérieuse d'être nommé dans le corps des administrateurs civils. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur le caractère fautif de cette appréciation ni sur la réalité et le quantum du préjudice de carrière allégué, en l'absence de lien de causalité direct et certain entre les deux, les conclusions indemnitaires de M. B relatives à la nomination au tour extérieur dans le corps des administrateurs civils au titre de l'année 2019 doivent être rejetées.

S'agissant de l'absence de mise à disposition d'un logement de fonction :

16. Aux termes de l'article R. 2124-64 du code général de la propriété des personnes publiques dans sa rédaction issue du décret du 9 mai 2012 portant réforme du régime des concessions de logement : " Dans les immeubles dépendant de son domaine public, l'Etat peut accorder à ses agents civils ou militaires une concession de logement par nécessité absolue de service ou une convention d'occupation précaire avec astreinte, dans les conditions prévues au présent paragraphe ". Aux termes de l'article R. 2124-65 du même code : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ". Aux termes de l'article R. 2124-68 dudit code : " Lorsqu'un agent est tenu d'accomplir un service d'astreinte mais qu'il ne remplit pas les conditions ouvrant droit à la concession d'un logement par nécessité absolue de service, une convention d'occupation précaire avec astreinte peut lui être accordée. Elle est accordée par priorité dans des immeubles appartenant à l'Etat. / Une redevance est mise à la charge du bénéficiaire de cette convention. Elle est égale à 50 % de la valeur locative réelle des locaux occupés. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions comportant un service d'astreinte qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une convention d'occupation précaire ". Aux termes de l'article R. 2124-76 de ce code : " Les dispositions des articles R. 2124-64 à D. 2124-75-1 sont applicables aux personnels civils ou militaires de l'Etat et aux personnels des établissements publics de l'Etat qui occupent un logement dans un immeuble dépendant du domaine public de l'un de ces établissements, sous réserve des modalités fixées par le présent paragraphe. / () / Les concessions de logement et les conventions d'occupation précaire avec astreinte sont accordées, par l'organe compétent de l'établissement et en conformité avec les dispositions statutaires propres à ce dernier, aux agents qui occupent les fonctions définies par les arrêtés prévus au dernier alinéa de l'article R. 2124-65 et au dernier alinéa de l'article R. 2124­68. () ". Aux termes de l'article 9 du décret du 9 mai 2012 : " En l'absence de changement dans la situation ayant justifié leur attribution, les agents civils ou militaires auxquels il a été accordé une concession de logement antérieurement à la date d'entrée en vigueur du présent décret en conservent le bénéfice jusqu'à l'entrée en vigueur des arrêtés prévus aux articles R. 2124-65 et R. 2124-68 et au plus tard le 1er septembre 2013. Ces concessions demeurent régies par les dispositions du code du domaine de l'Etat et du code général de la propriété des personnes publiques, dans leur rédaction antérieure à la date d'entrée en vigueur du présent décret ".

17. L'arrêté du 5 juin 2015 fixant les listes de fonctions des établissements d'enseignement supérieur du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche pouvant ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte, applicable jusqu'au 31 décembre 2015, autorise l'ENS à concéder un logement par nécessité absolue de service à neuf agents assurant une astreinte concernant la sécurité des biens, des personnes, des animaux et des expérimentations scientifiques et à douze agents assurant une fonction de gardiennage, liste réduite par l'arrêté du 23 décembre 2015, applicable jusqu'au 31 décembre 2020, à huit agents assurant une astreinte concernant la sécurité des biens et des personnes à Paris et à Montrouge et à neuf autres responsables en charge de la sécurité et/ou de la continuité de l'activité des mêmes sites, et une convention d'occupation précaire avec astreinte à son directeur ou à un responsable en charge de la sécurité et de la continuité de l'activité du site, liste élargie à deux responsables par l'arrêté du 23 décembre 2015.

18. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B, en sa qualité de responsable du pôle hébergement, ne pouvait accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate et, en particulier, que la sécurité des biens, des personnes, des animaux et des expérimentations scientifiques ou que le gardiennage entraient directement dans les fonctions qu'il exerçait à ce titre, ni même que son activité pendant les fins de semaine ou ses congés annuels, à supposer qu'il ait été tenu d'exercer des astreintes pendant ces congés, en particulier la lecture et la réponse aux courriels, nécessitait sa présence sur place.

19. Il ne résulte pas non plus de l'instruction qu'il était dans la même situation que les personnes qu'il cite comme étant ses prédécesseurs et comme ayant bénéficié d'une concession de logement par nécessité absolue de service, alors que, en tout état de cause, le régime de ces concessions a été réformé avant son arrivée par l'adoption des textes réglementaires cités au point 16 pour le réserver aux personnes ayant une obligation de disponibilité totale pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité et que le nombre de logement que l'ENS a été autorisée à concéder à ce titre a en conséquence été réduit.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'ENS a commis une faute en refusant de lui concéder un logement ni, par suite, à demander sa condamnation à l'indemniser des préjudices qui en seraient résultés.

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'ENS doit seulement être condamnée à verser à M. B une somme de 3 000 euros, y compris tous intérêts échus à la date du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

22. Le présent jugement n'a pas entraîné de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent dès lors être rejetées.

23. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ENS une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'ENS est condamnée à verser à M. B une indemnité de 3 000 euros, tous intérêts échus à la date du présent jugement.

Article 2 : L'ENS versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur de l'école normale supérieure (ENS).

Une copie en sera adressée à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

S. JULINETLa présidente,

S. AUBERTLa greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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