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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2005570

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2005570

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2005570
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET MAISON ECK (AARPI)

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une réclamation du 22 juillet 2019, la SASU Cédric Fabre a demandé à l'administration fiscale le dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 et du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la même période. Le 24 janvier 2020, l'administration a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, la société requérante demande la décharge des impositions en litige.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 261 du même code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / 5. (Opérations immobilières) : / () 2° Les livraisons d'immeubles achevés depuis plus de cinq ans ". Par ailleurs, aux termes de l'article 260 du même code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : () / 5° bis Les personnes qui réalisent une opération visée au 5 de l'article 261 ". Enfin, l'article 271 du même code dispose que : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article 271 du code général des impôts que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en amont soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire l'intégralité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des biens et services en amont, lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti.

4. Il résulte de l'instruction que la SASU Cédric Fabre a fait l'acquisition d'une propriété à Saint-Tropez (Var) et de quatre lots dépendant du même ensemble immobilier à Gassin (Var) en 2015, opérations pour lesquelles elle a engagé des dépenses correspondant à des commissions et des honoraires de notaire qui lui ont été facturés pour des montants incorporant, au total, 20 112 euros de taxe sur la valeur ajoutée. Ces biens immobiliers étant achevés depuis plus de cinq ans, leur revente relevait de plein droit du régime d'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévu par les dispositions précitées de l'article 261 du code général des impôts, sauf exercice de l'option prévue par les dispositions précitées de l'article 260 du même code. Il n'est pas contesté que la société requérante, qui exerce l'activité de marchand de biens, a acquis cette propriété et ces lots dans l'intention de les revendre, pour bénéficier de l'exonération de droits et taxes de mutation prévue par les dispositions de l'article 1115 du code général des impôts. Ainsi, elle a entendu lier directement et immédiatement ces achats à des opérations de revente d'immeubles de plus de cinq ans, exonérées comme il a été dit ci-avant. Par suite, ces biens, qui n'ont pas fait l'objet d'une cession au cours de la période vérifiée, ne pouvaient être regardés, avant la date éventuelle d'exercice de l'option susmentionnée, comme affectés à des opérations soumises à la taxe sur la valeur ajoutée et la taxe grevant le coût de ces acquisitions n'était donc pas déductible avant cette date. En outre, les dépenses en cause ne sauraient être regardées comme des frais généraux, dès lors que, ainsi que le fait valoir l'administration sans être contredite par la société requérante, elles ont été identifiées en comptabilité par cette dernière comme des frais d'acquisition. Dans ces conditions, la SASU Cédric Fabre n'est pas fondée à soutenir qu'elle était en droit de déduire de son bénéfice net la taxe sur la valeur ajoutée grevant les coûts d'acquisition de ces biens immobiliers.

5. En deuxième lieu, lorsqu'un contribuable a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.

6. La société requérante n'est pas fondée, ainsi qu'il a été dit au point 4, à demander la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée en litige. Par suite, elle n'est pas fondée à contester la réintégration, dans ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice correspondant, d'un profit sur le Trésor.

7. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () Les provisions pour pertes afférentes à des opérations en cours à la clôture d'un exercice ne sont déductibles des résultats de cet exercice qu'à concurrence de la perte qui est égale à l'excédent du coût de revient des travaux exécutés à la clôture du même exercice sur le prix de vente de ces travaux compte tenu des révisions contractuelles certaines à cette date. S'agissant des produits en stock à la clôture d'un exercice, les dépenses non engagées à cette date en vue de leur commercialisation ultérieure ne peuvent, à la date de cette clôture, être retenues pour l'évaluation de ces produits en application des dispositions du 3 de l'article 38, ni faire l'objet d'une provision pour perte ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 38 ter de l'annexe III au code général des impôts : " Le stock est constitué par l'ensemble des marchandises, des matières premières, des matières et fournitures consommables, des productions en cours, des produits récupérés, qui sont la propriété de l'entreprise à la date de l'inventaire et dont la vente en l'état ou au terme d'un processus de production à venir ou en cours permet la réalisation d'un bénéfice d'exploitation. Les productions en cours sont les biens ou les services en cours de formation au travers d'un processus de production ". Aux termes de l'article 38 nonies de cette annexe : " Les marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, emballages perdus, produits en stock et productions en cours au jour de l'inventaire sont évalués pour leur coût de revient () ". Enfin, aux termes de l'article 38 decies de la même annexe : " Si le cours à la date de l'inventaire des marchandises, matières premières, matières et fournitures consommables, produits intermédiaires, produits finis et emballages commerciaux perdus en stock au jour de l'inventaire est inférieur au coût de revient défini à l'article 38 nonies, l'entreprise doit constituer, à due concurrence, des provisions pour dépréciation ".

9. Il résulte de ces dispositions que, si les éléments du stock proprement dit peuvent, le cas échéant, être évalués d'après le cours du jour et leur éventuelle dépréciation être constatée par une provision égale à la différence entre le prix de revient et le cours du jour, les productions en cours doivent être évaluées à leur seul prix de revient et ne peuvent éventuellement donner lieu qu'à une provision pour perte conformément au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts.

10. Il résulte de l'instruction que la SASU Cédric Fabre a constitué des provisions pour dépréciation de la valeur de la propriété " Le Mas du Rocher " à hauteur d'un million d'euros à la clôture de l'exercice 2015 et de 600 000 euros à la clôture de l'exercice 2016, après une reprise de 400 000 euros. L'administration n'a pas admis la déduction de cette provision du bénéfice net de la société requérante, en relevant notamment que l'immeuble en litige constituait une production en cours ne pouvant pas faire l'objet d'une provision pour dépréciation. La SASU Cédric Fabre soutient désormais qu'elle a constitué les provisions en litige non en raison d'une dépréciation mais pour faire face à des pertes afférentes à une opération en cours à la clôture d'un exercice, et que, dès lors que de telles provisions sont conformes aux dispositions précitées du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et que l'administration n'a pas contesté la valeur de marché retenue par la société pour la propriété " Le Mas du Rocher ", elle était en droit de déduire ces provisions de son bénéfice net au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration sans être contestée sérieusement sur ce point, la provision en litige a été comptabilisée au compte n° 39710000, intitulé " Provisions pour dépréciation stocks marchandise ". Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la provision en cause n'a pas été constituée pour dépréciation. En outre, et en tout état de cause, la SASU Cédric Fabre n'apporte aucun élément de nature à contredire l'appréciation portée par l'administration sur le fait que les provisions en litige ne répondent pas aux conditions prévues par les dispositions du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicables aux provisions pour pertes afférentes à une opération en cours. Il suit de là qu'elle ne démontre pas l'exagération des réintégrations auxquelles l'administration a procédé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 et du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la même période. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de de la SASU Cédric Fabre est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Cédric Fabre et à l'administrateur général des finances publiques de la direction du contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

A. A

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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