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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2005624

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2005624

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2005624
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantKOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2020, la société Ezel Bâtiment, représentée par Me Frolich, demande au tribunal :

1°) de fixer le solde du décompte de liquidation du lot n° 1 dit " C D " à la somme de 222 506,28 euros HT, soit 241 902,65 euros TTC ;

2°) de fixer le solde du décompte de liquidation du lot n° 2 dit " A de Lome " à la somme de 216 414,13 euros HT, soit 237 515,68 euros TTC ;

3°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat à lui verser une somme de 96 185,44 euros au titre des impayés du lot n° 1 dit " C D " ;

4°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat à lui verser une somme de 101 620,81 euros au titre des impayés du lot n° 2 dit " A de Lome " ;

5°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat à lui verser une somme de 20 192,75 euros au titre des retenues de garantie sur le lot n° 1 dit " C D " ;

6°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat à lui verser une somme de 24 988,52 euros au titre des retenues de garantie sur le lot n° 2 dit " A de Lome " ;

7°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat au paiement des intérêts moratoires afférents au solde lui restant dû à compter du 7 janvier 2020, date de notification de son mémoire en réclamation ;

8°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat au paiement d'une somme de 160 euros correspondant à l'indemnité pour frais de recouvrement des situations impayées ;

9°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat au paiement d'une somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice financier ;

10°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat au paiement d'une somme de 148 797,29 euros correspondant aux pénalités de retard qui lui ont injustement été appliquées ;

11°) de condamner l'office public d'HLM Paris Habitat au paiement d'une somme de 87 633,52 HT, soit 105 160,22 euros TTC au titre des travaux supplémentaires et modificatifs qu'elle a exécutés ;

12°) de mettre à la charge de l'office public d'HLM Paris Habitat la somme de 2 500 euros à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'office public d'HLM Paris Habitat ne lui a pas entièrement réglé les situations n° 1 à n° 4 pour les lots n° 1 et n° 2 dits respectivement " Camille D " et " A de Lome " ;

- elle a produit quatre situations faisant l'objet d'un blocage injustifié de l'office public d'HLM Paris Habitat : situation n° 5 (CF 18ème) du 31 mai 2019 : 49 745,35 euros TTC ; situation n° 5 (DL 13ème) du 31 mai 2019 : 46 088,85 euros TTC ; situation n° 6 (CF 18ème) du 19 juin 2019 : 123 355,16 euros TTC ; situation n° 16 (DL 13ème) du 19 juin 2019 : 141 238,66 euros TTC ;

- le maître d'œuvre n'a pas transmis ses observations dans les cinq jours suivant réception des situations et l'office public d'HLM Paris Habitat ne lui a pas non plus transmis ses observations dans les 10 jours de cette réception, si bien que, conformément à l'article 4.2.2 du cahier des clauses administratives particulières, cette dernière était tenue de lui régler ces situations ;

- les deux situations n° 5 et n° 6, datées du 31 mai 2019 et du 19 juin 2019, ne lui ont toujours pas été réglées alors qu'elles auraient dû l'être conformément à l'acte d'engagement et au DPGF ; elle réclame le paiement d'intérêts moratoires pour l'ensemble des factures qui ont été payées en retard depuis le début du marché et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement pour chacune d'elle à hauteur de 160 euros ;

- elle subit un préjudice financier important lié au retard de paiement des sommes qui lui restent dues, qu'elle estime à 20 000 euros ;

- le procès-verbal de constatation des ouvrages exécutés dressé le 19 juin 2019 n'est pas devenu définitif car elle ne l'a pas signé ; en outre, elle l'a contesté lors d'une réunion qui s'est tenue le 21 juin 2019 en présence d'un huissier et des représentants de l'office public d'HLM Paris Habitat, et dans son décompte final du 31 juillet 2019 ;

- ce procès-verbal ne tient pas compte de travaux qu'elle a réalisés ;

- le cahier des clauses administratives générales spécifique aux travaux n'exclut pas toute contestation d'avancement des travaux postérieurement à l'établissement d'un premier procès-verbal de constat de l'état d'avancement de ces derniers ;

- le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre lui ont fourni une mauvaise indication des délais et voies de recours de contestation du procès-verbal établi le 19 juin 2019 ;

- l'office public d'HLM Paris Habitat ne justifie pas des modalités de calcul des pénalités qui lui ont été infligées ;

- les pénalités qui lui ont été infligées méconnaissent l'article 6.1 du cahier des clauses administratives particulières ;

- les pénalités qui lui ont été infligées concernant les situations n° 1 et n° 2 ne sont pas conformes à ce qui avait été indiqué dans un courriel qui lui a été adressé le 11 mars 2019 ;

- le maître de l'ouvrage ne précise pas sur quel document il se fonde pour justifier l'existence et le calcul des retards dans l'exécution des prestations de la société Ezel pour la situation n° 5, alors que le marché prévoit seulement un délai d'exécution de dix mois et qu'aucun planning détaillé ne lui a été notifié ;

- le maître de l'ouvrage ne rapporte pas la preuve de ces retards ;

- elle a effectué, après devis, des travaux supplémentaires dont le montant a été accepté par l'office public d'HLM Paris Habitat, qui lui a cependant adressé un avenant n° 1 comportant des montants différents et qu'elle n'a pas signé ;

- ces travaux sont liés au choix de l'office public d'HLM Paris Habitat de recourir en cours de contrat à un système de ventilation en double flux en lieu et place du système à simple flux initialement prévu dans le contrat ;

- la production du devis du 11 juin 2019 postérieurement à la date de résiliation du marché ne justifie pas que l'office public d'HLM Paris Habitat refuse d'en payer le prix ;

- des prestations supplémentaires ont été effectuées concernant la fourniture et la pose de lambris en bois et des habillages chambranles ;

- l'augmentation du coût de pose de la faïence par rapport au cahier des clauses techniques particulières est lié à l'augmentation de la surface traitée ;

- les devis du 12 février 2019 relatif à la fourniture et à la pose d'une chape de mortier et au déblaiement des gravois ont été validés par le maître d'œuvre et ne peuvent donc être remis en cause après la réalisation des travaux ;

- elle a réalisé un regard maçonné sur chaque extrémité du caniveau, conformément à son devis du 29 mars 2019 ;

- certains travaux ont été réalisés sur demande du maître d'œuvre dans le cadre des réunions de chantier.

Par un mémoire enregistré le 7 octobre 2021, la société Oglo, représentée par Me Claude, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Ezel Bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas mise en cause par la société Ezel Bâtiment devant le tribunal comme dans le cadre des mémoires en réclamation ;

- elle est extérieur au présent litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2021, l'office public d'HLM Paris Habitat, représenté par Me Grzelczyk, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Ezel Bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions de la société Ezel Bâtiment sont irrecevables dans la mesure où elle n'a pas contesté le décompte général notifié le 24 février 2020, lequel est devenu définitif le 26 mars suivant en application des dispositions combinées des articles 47.2.1, 13.4.3 et 13.4.5 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux ;

- pour le lot n° 1 dit " C D ", le solde du décompte de liquidation s'établit à la somme de 41 028,01 euros au regard des acomptes déjà versés ;

- la société requérante n'est pas recevable à critiquer les taux d'avancement des travaux retenus à la date de résiliation du marché pour ce lot n° 1 comme pour le lot n° 2 ;

- le montant de rachat des fournitures s'établit à 42 584,08 euros HT pour ce lot n° 1 ;

- seuls les travaux qu'elle a demandés et acceptés ouvrent droit à une indemnisation pour ce lot n° 1 comme pour le lot n° 2 ;

- le montant des pénalités a été valablement arrêté à la somme de 25 050 euros pour ce lot n° 1 ;

- il était fondé à retenir le montant de la garantie et à récupérer le montant de l'avance pour ce lot comme pour le lot n° 2 ;

- pour le lot n° 2 dit " A de Lome ", le solde du décompte de liquidation s'établit à la somme de 15 018,10 euros au regard des acomptes déjà versés ;

- le montant de rachat des fournitures s'établit à 45 881,29 euros HT pour ce lot n° 2 ;

- le montant des pénalités a été valablement arrêté à la somme de 14 250 euros pour ce lot n° 2 ;

- aucune somme n'est due au titre du prétendu préjudice financier subi.

L'office public d'HLM Paris Habitat a déposé des pièces enregistrées le 29 août 2022, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- les observations de Me Robert, avocat de la société Ezel Bâtiment ;

- les observations de Me Lesage, avocat de la société Oglo Agence ;

- et les observations de Me Grzelczyk, avocat de Paris Habitat.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 13 septembre 2022, présentée par la société Ezel Bâtiment.

Considérant ce qui suit :

1. L'office public d'HLM Paris Habitat (Paris Habitat) a, par deux actes d'engagement du 24 juillet 2018, confié à la société Ezel Bâtiment des travaux de restructuration complète de deux jardins d'enfants à Paris. Le lot n° 1, portant le numéro de marché 2018/M0269, concernait des travaux dans un jardin situé rue Camille D dans le 18ème arrondissement pour un prix global et forfaitaire de 663 653,12 euros HT tandis que le lot n° 2, portant le numéro de marché 2018/M0270, concernait des travaux dans un jardin situé rue A de Lome dans le 13ème arrondissement pour un prix global et forfaitaire de 785 487,38 euros HT. Par deux ordres de service du 9 octobre 2018, Paris Habitat a invité la société Ezel Bâtiment à entreprendre immédiatement le démarrage des prestations prévues pour chacun de ces marchés. Puis, par un courrier du 4 juin 2019, le pouvoir adjudicateur a décidé de résilier pour faute les deux marchés précités en raison, notamment, du non-respect par leur titulaire de ses engagements concernant les délais de réalisation des travaux. Pour chacun de ces marchés, un procès-verbal de résiliation de marché emportant la réception des ouvrages a été dressé le 19 juin 2019 par la société Oglo, maître d'œuvre, que la société Ezel Bâtiment a refusé de signer. Cette dernière a établi un décompte final des travaux réalisés pour chacun des lots le 31 juillet 2019. Parallèlement, Paris Habitat a proposé au titulaire un avenant n° 1 pour chacun des marchés dans le but d'arrêter les prix définitifs des travaux supplémentaires en vue de l'établissement du décompte général et définitif dans le cadre de leur résiliation. Toutefois, la société Ezel Bâtiment a refusé de les signer. Enfin, par deux courriers du 27 décembre 2019, Paris Habitat a adressé au titulaire le décompte général valant décompte de liquidation des marchés n° 2018/M0269 et n° 2018/M0270. Par la présente requête, la société Ezel Bâtiment demande la condamnation de Paris Habitat à lui verser les sommes de 96 185,44 euros et 101 620,81 euros au titre des impayés concernant le lot n° 1 et le lot n° 2, 20 192,75 euros et 24 988,52 euros au titre des retenues de garantie pour chacun de ces lots, à lui verser des intérêts moratoires, 160 euros au titre de l'indemnité pour frais de recouvrement des situations impayées, 20 000 euros au titre de son préjudice financier, 148 797,29 euros au titre des pénalités de retard qui lui ont été appliquées et 87 633,53 euros HT, soit 105 160,22 euros TTC au titre des travaux supplémentaires et modificatifs qu'elle a exécutés.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article 47.2.1 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de travaux dans sa version en vigueur à la date de signature des marchés : " En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire ". En vertu de l'article 13.4.3 du même cahier : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / () ". Selon l'article 13.4.5 du même cahier : " Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de trente jours fixé à l'article 13.4.3, ou encore dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, le décompte général notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché ". L'article 50.1.1 de ce même cahier dispose que : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. () ".

3. Paris Habitat soutient avoir notifié le décompte de liquidation de chacun des marchés au titulaire le 24 février 2020 et indique qu'elle n'a pas reçu de réclamation préalable de la société requérante après cette date. Toutefois, elle n'établit pas avoir adressé ces décomptes à la société requérante le 24 février 2020, en produisant une copie écran du site Internet de La Poste indiquant qu'une lettre prise en charge le 21 février, dont l'expéditeur et le destinataire ne sont pas mentionnés, a été distribuée le 24 février, ainsi qu'une lettre datée du 24 janvier indiquant comporter le décompte général et définitif de chacun des lots et des justificatifs de paiement. Il résulte au contraire de l'instruction que, par deux courriers du 27 décembre 2019 portant respectivement les numéros LRAR 2C 131 981 9331 7 et 2C 131 981 9332 4, Paris Habitat a adressé le décompte général valant décompte de liquidation des marchés n° 2018/M0269 et n° 2018/M0270 à la société Ezel Bâtiment, qui soutient les avoir reçus le 30 décembre 2019 et le 3 janvier 2020. En outre, il résulte de l'instruction que cette société a adressé un mémoire en réclamation pour contester chacun de ces décomptes de liquidation à Paris Habitat, qui les a reçus le 7 janvier 2020, soit dans le délai de trente jours prescrit par les stipulations mentionnées au point précédent. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par Paris Habitat, tirée du défaut de réclamation préalable, ne peut qu'être écartée.

Sur le décompte de résiliation :

4. Aux termes de l'article 47.2.1 du CCAG applicable aux marchés en cause : " En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire ". En vertu de l'article 47.2.2 du même cahier : " Le décompte de liquidation comprend : / a) Au débit du titulaire : / - le montant des sommes versées à titre d'avance et d'acompte ; / - la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; / - le montant des pénalités ; / - le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 48. / b) Au crédit du titulaire : / - la valeur contractuelle des travaux exécutés, y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ; / - le montant des rachats ou locations résultant de l'application de l'article 47.1.3 ; / - le cas échéant, le montant des indemnités résultant de l'application des articles 46.2 et 46.4 ".

En ce qui concerne les pénalités de retard d'exécution des travaux :

5. L'article 5.2.1 du CCAP applicable au présent marché stipule que : " l'entrepreneur doit élaborer et présenter à l'accord du maître d'œuvre le calendrier d'exécution détaillé des travaux (). / Le planning définitif sera notifié au titulaire par ordre de service ".

6. Si, dans ses écritures, la société requérante demande une indemnisation à hauteur de 148 797, 29 euros au titre des pénalités de retard, il résulte toutefois de l'instruction que les pénalités qui lui ont été infligées s'élèvent seulement à 25 050 euros au titre du marché n° 2018/M0269, et à 14 250 euros au titre du marché n° 2018/M0270. Elle n'est donc fondée à contester les pénalités de retard mises à sa charge que dans la limite du total de ces deux sommes. Il résulte de l'instruction que si les travaux concernés par les marchés n° 2018/M0269 et n° 2018/M0269 ont pris du retard par rapport aux termes prévus contractuellement, soit une remise des ouvrages le 1er juillet 2019, ce qui a justifié la résiliation de ces marchés pour faute de la société Ezel Bâtiment, aucun planning définitif n'a été notifié à cette dernière par ordre de service. Dans ces conditions, en l'absence d'un tel planning, la société requérante est fondée à soutenir que c'est à tort que Paris Habitat, qui s'est seulement fondée sur les plannings prévisionnels qu'elle lui avait adressés, lui a infligé des pénalités de retard. Par suite, la société requérante est fondée à demander, à ce que les sommes de 25 050 euros au titre du marché n° 2018/M0269 et de 14 250 euros au titre du marché n° 2018/M0270 soient déduites des sommes mises à sa charge dans le décompte de liquidation de chacun de ces marchés.

En ce qui concerne la valeur contractuelle des travaux exécutés :

S'agissant des travaux réalisés :

7. Aux termes de l'article 47.1 du CCAG applicable aux marchés en cause : " En cas de résiliation, il est procédé, le titulaire ou ses ayants droit, tuteur, administrateur ou liquidateur, dûment convoqués dans les conditions prévues par les documents particuliers du marché, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations dans les conditions prévues à l'article 12. Ce procès-verbal comporte l'avis du maître d'œuvre sur la conformité aux dispositions du marché des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. / Ce procès-verbal est signé par le maître de l'ouvrage. Il emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ du délai de garantie défini à l'article 44 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché à l'article 13.3.2 ". En vertu de l'article 12.4 du même cahier : " Le maître d'œuvre fixe la date des constatations lorsque la demande est présentée par le titulaire. Cette date ne peut être postérieure de plus de huit jours à celle de la demande. Les constatations donnent lieu à la rédaction d'un constat dressé sur-le-champ par le maître d'œuvre contradictoirement avec le titulaire. / Si le titulaire refuse de signer ce constat ou ne le signe qu'avec réserves, il doit, dans les quinze jours qui suivent, préciser par écrit ses observations ou réserves au maître d'œuvre. () ".

8. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue des visites des jardins d'enfants situés dans le 13ème et le 18ème arrondissement de Paris réalisées le 19 juin 2019 en présence de la société Ezel Bâtiment, assistée par un huissier de justice, le maître d'œuvre a dressé un procès-verbal de constatations et de résiliation de marché public emportant la réception des ouvrages pour chacun des deux marchés. La société requérante a refusé de signer ce procès-verbal. Si elle fait valoir qu'elle a contesté ce constat, ni ses prétendues contestations orales au cours de cette réunion, ni les courriers qui lui ont été adressés par Paris Habitat les 2 et 3 juillet 2019, ni l'envoie de factures en mai et juin 2019 ni, enfin, la proposition de décompte transmise par courriel le 16 septembre 2019 au maître de l'ouvrage ne constituent une contestation des procès-verbaux précités au sens des stipulations de l'article 12.4 du CCAP cité au point précédent. Il en va de même du procès-verbal établi par l'huissier de justice mandaté par le président de la société requérante pour l'assister lors des visites du 19 juin 2019, dès lors que cette dernière n'établit ni même n'allègue l'avoir transmis au maître d'œuvre dans le délai de quinze jours qui s'imposait à elle en application de ces stipulations. La société Ezel Bâtiment ne peut donc être regardée comme ayant précisé au maître d'œuvre dans les quinze jours suivant les procès-verbaux de constat ses observations ou ses réserves, ainsi d'ailleurs que l'a relevé le maître d'ouvrage dans un courrier du 20 novembre 2019. Dans ces conditions, et contrairement à ce qu'elle soutient, les constatations effectuées contradictoirement le 19 juin 2019 lui sont opposables.

S'agissant du décompte des sommes dues au titre de ces travaux :

9. Si la société requérante soutient qu'elle peut prétendre au paiement de factures impayées ou partiellement réglées correspondant à des prestations réalisées en application des marchés n° 2018/M0269 et n° 2018/M0270, elle ne précise pas les raisons pour lesquelles le maître de l'ouvrage a, selon elle, refusé de les prendre en compte lors de l'établissement du décompte général de chacun de ces marchés qui a été réalisé au regard de l'état d'avancement des travaux tel que constaté contradictoirement le 19 juin 2019 et qui, comme cela a été indiqué au point 8 du présent jugement, lui est opposable. Dans ces conditions, les conclusions présentées par la société Ezel Bâtiment tendant à la prise en compte des travaux réalisés dans le cadre du décompte de liquidation et au paiement de celles-ci doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, en ce qui concerne les intérêts moratoires et l'indemnité pour frais de recouvrement des situations impayées.

S'agissant des sommes versées au titre de retenues pour garantie :

10. Si la société requérante conclut à ce que la retenue de garantie de chacun des lots lui soit restituée après avoir été inscrite à son crédit dans le décompte de liquidation, elle ne développe aucun argument dans ses écritures à l'appui de cette demande, qui ne peut donc qu'être rejetée.

Sur le préjudice financier :

11. La société Ezel Bâtiment soutient que le retard de paiement de Paris Habitat en ce qui concerne les travaux qu'elle a effectué au titre du marché en cause lui occasionne un préjudice financier. Toutefois, et compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 7 à 9 ci-dessus, Paris Habitat n'a commis aucune faute en ne procédant pas au paiement des sommes réclamées par la société requérante au titre des travaux prévus par le contrat. Elle n'est donc pas fondée à prétendre à l'indemnisation de son préjudice qui n'est, en tout état de cause, pas établi.

Sur les travaux supplémentaires :

12. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou si, à défaut d'ordre de service, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

En ce qui concerne les travaux réalisés spontanément par le titulaire :

13. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux consistant en la fourniture et la pose d'une chape en mortier et au déblaiement des gravois en cave concernant le jardin d'enfant du 18ème arrondissement, ont été acceptés par le maître d'œuvre, contrairement à ce que soutient la société requérante, ni qu'ils présentaient un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Les conclusions tendant à leur indemnisation doivent donc être rejetées.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les travaux consistant en la pose et la fourniture de lambris en bois et de chambranles étaient prévus au CCTP pour les deux marchés en cause. La société requérante, qui n'établit ni même n'allègue que Paris Habitat lui aurait demandé des prestations supplémentaires concernant ce poste, ni que de telles prestations auraient été indispensables à la réalisation des ouvrages dans les règles de l'art, n'est donc pas fondée à demander l'indemnisation des suppléments de prestations et travaux qu'elle a fournis en matière de fourniture et pose de lambris et chambranles.

15. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux relatifs à la mise en place d'un regard maçonné sur chaque extrémité du caniveau concernant le jardin d'enfants du 13ème arrondissement présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. Ils ne peuvent donc être indemnisés.

En ce qui concerne les travaux réalisés à la demande du maître de l'ouvrage :

16. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les travaux relatifs à l'installation d'un système de ventilation à double flux pour chacun des lots ont été réglés au sous-traitant de la société requérante pour un montant de 21 399,86 euros HT pour ce qui concerne le marché n° 2018/M0269 et pour un montant de 15 346,83 euros HT pour ce qui concerne le marché n° 2018/M0270. La société requérante, qui ne fait pas valoir avoir participé à l'exécution de cette partie des travaux ni avoir réalisés des travaux supplémentaires au titre de ce poste, n'est donc pas fondée à demander le paiement d'une indemnité au titre de ces travaux.

17. En second lieu, il résulte de l'instruction que les travaux relatifs à la pose faïence ont été exécutés et payés en application des clauses du CCTP. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que des travaux supplémentaires ont été réalisés au titre de ce poste. La société requérante n'est donc pas non plus fondée à demander le paiement d'une indemnité au titre de ces travaux.

18. Il résulte de tout de ce qui précède que la société Ezel Bâtiment est seulement fondée à demander à ce que le décompte de résiliation du lot n° 1, fixé initialement à 41 028,01 euros à sa charge, soit réduit de la somme de 25 050 euros et fixé à la somme de 15 978,01 euros et que celui du lot n° 2, fixé initialement à la somme de 15 018,10 euros à sa charge, soit réduit de la somme de 14 250 euros et fixé à la somme de 768,10 euros. La société requérante, qui n'établit pas s'être acquittée des sommes dues à Paris Habitat au titre de ces décomptes de résiliation, n'est en revanche pas fondée à demander le paiement des sommes précitées de 25 050 euros et de 14 250 euros venant respectivement en déduction du solde du décompte des lots n° 1 et n° 2.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le solde du décompte de résiliation du lot n° 1 dit " C D " est fixé à 15 978,01 euros.

Article 2 : Le solde du décompte de résiliation du lot n° 2 dit " A de Lome " est fixé à 768,10 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Oglo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : les conclusions présentées par Paris Habitat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Ezel Bâtiment, à la société Oglo et à l'office public d'HLM Paris Habitat.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

J. GRANDILLONLe président,

J-F. SIMONNOT

La greffière

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile de France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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