vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2006084 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 avril 2020, M. A C B, représenté par Me Devillières, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.
Il soutient que :
- les sommes au titre desquelles il a été imposé pour l'année 2015 ne sauraient être considérées comme des revenus de capitaux mobiliers provenant de la société Sen Transporte, dès lors que celles-ci figurent au passif de l'exercice 2015 et ne lui ont donc pas été versées ;
- la somme de 82 664 euros correspondant au montant du bénéfice reconstitué par le vérificateur au titre de l'année 2016 est erronée dès lors que le montant des charges de la société était nettement supérieur au taux retenu de 53,46 % ;
- l'imposition des revenus distribués n'est pas justifiée dès lors qu'il n'a pas la qualité de maître de l'affaire.
La requête a été communiquée au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une mise en demeure a été adressée le 22 mars 2022 au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Par ordonnance du 25 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Anne Breillon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Devillières, représentant M. C B.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sen Transporte, dont M. A C B est le gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des années 2015, 2016 et 2017. A l'issue de ce contrôle, l'administration a, par proposition de rectification, remis en cause la déduction de certaines sommes que la société avait comptabilisées en charges et a assujetti M. C B à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015, 2016 et 2017 en imposant dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en tant que revenus distribués, les sommes réintégrées aux résultats de la société. Par une lettre en date du 19 juin 2019, le requérant a contesté les impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016. Par une décision en date du 19 février 2020, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable du requérant. Par une requête, enregistrée le 2 avril 2020, M. C B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. " Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions citées ci-dessus sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
Sur le bien-fondé des impositions :
Sur l'année 2015 :
3. M. C B soutient que les sommes au titre desquelles il a été imposé pour l'année 2015 ne sauraient être considérées comme des revenus de capitaux mobiliers provenant de la société Sen Transporte, dès lors que celles-ci figurent au passif de l'exercice 2015 et ne le lui ont donc pas été versées.
4. Toutefois, il résulte de l'instruction que le service, à la suite d'une vérification de comptabilité, a réintégré dans la base imposable du requérant à l'impôt sur le revenu, au titre de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les sommes correspondant aux revenus réputés distribués par la société Sen Transporte et correspondant à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des charges injustifiées et non engagées dans l'intérêt de l'entreprise et des amortissements comptabilités mais non justifiés. En outre, en se bornant à produire le bilan de l'année 2015, M. C B ne démontre pas, contrairement à ce qu'il soutient, que ces revenus ne lui ont pas été versés. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
Sur l'année 2016 :
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :
5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'administration d'établir que la comptabilité qu'elle entend rejeter comme étant dénuée de valeur probante est entachée de graves irrégularités.
6. Il résulte de l'instruction que, pour écarter la comptabilité tenue par la société Sen Transporte, le service a relevé que celle-ci n'avait pas présenté le grand-journal et le livre-journal. Par suite, l'administration était fondée à rejeter la comptabilité présentée au titre de l'exercice 2016 comme étant dénuée de toute valeur probante.
En ce qui concerne le montant du bénéfice reconstitué par le vérificateur :
7. En l'espèce, à la suite du rejet de la comptabilité de la société requérante au titre de l'exercice 2016, l'administration a reconstitué le résultat de la société en prenant en compte les montants crédités sur les comptes bancaires de la société et a mis en œuvre la méthode dite " par comparaison " afin de déterminer le taux de charges déductibles et, par suite, de reconstituer le résultat imposable. La proposition de rectification du 2 octobre 2018 notifiée à M. C B a ainsi déterminé le résultat imposable à partir d'un échantillon d'entreprises comparables répondant à des critères similaires, soit en l'espèce les sociétés Mac Transport, ADT Transport et Paris Express Services.
8. D'une part, si M. C B soutient que la société Mac Transport n'est pas représentative du taux de charges moyen retenu par l'administration, ce constat n'est à lui seul pas suffisant pour établir que les paramètres de la méthode choisie par l'administration sont erronés dès lors que M. C B se borne à invoquer le chiffre d'affaires et le résultat de ladite société, sans indiquer la méthode de calcul de ces taux de marge commerciale, ni même la nature des données intégrées audit calcul.
9. D'autre part, la seule circonstance que les chiffres des sociétés ADT Transport et Paris Express Services ne soient pas publics n'entache pas d'illégalité la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires et du taux de charge moyen utilisée par l'administration, en l'absence de toute critique de fond relative à la détermination du taux de charges déductibles.
10. Enfin, si la société requérante prétend que le montant des charges admises en déduction au titre de l'année 2016 a été sous-estimé, le bien-fondé de ces allégations n'est justifié par aucun élément. En particulier, elle n'a justifié, auprès de l'administration fiscale, des charges supportées lors de l'exercice 2016 qu'à hauteur de 50 269, 67 euros. Si elle soutient que ses relevés bancaires font expressément état de charges d'un montant total de 369 212 euros, supérieur au chiffre d'affaires, elle n'étaye ses allégations d'aucune pièce. Par suite, c'est à bon droit qu'en l'absence d'autres éléments, l'administration a reconstitué le résultat imposable de l'année 2016 en déterminant le taux de charges déductibles du résultat imposable par référence au taux moyen déclaré par les entreprises répondant à des critères similaires.
Sur la qualification de maître de l'affaire :
11. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
12. M. C B soutient que l'imposition des revenus distribués n'est pas justifiée dès lors qu'il n'apparaît pas avoir la qualité de maître de l'affaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. C B était gérant de la société Sen Transporte sur la période vérifiée et disposait de la signature sociale des comptes bancaires ouvertes au nom de ladite société. S'il soutient qu'il ne détenait que 50 % des parts de la société, il n'apporte aucun élément relatif aux fonctions de son associé, dont il ne conteste pas les allégations du service dans la décision de rejet de sa réclamation préalable selon lesquelles il ne vivait pas en France durant la période contrôlée, qu'il n'y déclare aucun revenu, et qu'aucune intervention de sa part n'a été constatée dans la gestion de la société. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration a regardé M. C B, gérant disposant ainsi des pouvoirs les plus étendus dans la société, comme le seul maître de l'affaire.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à solliciter la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016. Par suite, sa requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Lahary, conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
B. D
Le président,
J. SORIN
La greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026