jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2006460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 avril 2020, 11 avril et 10 juin 2022, M. A C, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des comptes rendus d'entretien professionnel dont il a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité de ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2013 et 2014, annulés pour vice de procédure par un jugement du tribunal administratif de Paris en date du 7 décembre 2015, constitue des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- ces décisions méconnaissent également les dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dès lors qu'elles constituent un harcèlement moral ;
- elles sont entachées d'erreurs manifestes dans l'appréciation de sa valeur professionnelle ;
- elles sont entachées de détournement de pouvoir dès lors qu'elles répondent à un mobile étranger à l'intérêt général dans la mesure où ses évaluations ont été utilisées dans le but de nuire à son avancement ;
- ces illégalités fautives engagent la responsabilité de l'Etat ;
- il est fondé à solliciter une indemnisation de 40 000 euros au titre du préjudice physique lié à la dégradation de sa santé, de son préjudice moral et du préjudice lié à la perte de chance d'être muté et de bénéficier d'un avancement avec le traitement indiciaire correspondant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 mars et 18 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que M. C n'a pas indiqué quel était le destinataire de sa demande préalable indemnitaire et n'a pas produit d'accusé de réception permettant d'établir l'existence de sa notification à l'administration ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'Etat ne peut pas être engagée dès lors que les mêmes décisions auraient pu être prises en l'absence de vices de procédure ayant conduit à l'annulation des comptes rendus d'entretien professionnel dont M. C a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014 ;
- les moyens tirés de l'erreur dans l'appréciation de sa valeur professionnelle et du harcèlement moral ne sont pas fondés ;
- les préjudices allégués ne présentent pas de lien de causalité avec l'illégalité de ses comptes rendus d'entretien professionnel.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par le jugement n° 1401125 et 1502274/5-1 du 7 décembre 2015, devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a annulé les comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2013 et 2014 de M. A C, capitaine de police alors affecté au commissariat du 4ème arrondissement de Paris, en qualité de chef de la brigade de police de secours de nuit. Par un courrier du 21 décembre 2019, M. C a saisi le préfet de police d'une demande préalable indemnitaire tendant à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions. En raison du silence gardé par le préfet de police est née une décision implicite de rejet.
2. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des comptes rendus d'entretien professionnel dont il a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité () ". Et aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier () ".
4. L'appréciation générale de la valeur professionnelle d'un agent doit refléter les qualités de ce dernier dans l'accomplissement de ses fonctions et doit tenir compte de l'ensemble des éléments relatifs à son comportement. L'autorité chargée de l'évaluation de la valeur professionnelle dispose d'un large pouvoir d'appréciation, en fonction du travail et du mérite professionnel de l'agent, sous réserve du contrôle du juge administratif portant sur l'erreur de droit, le détournement de pouvoir ou l'erreur manifeste d'appréciation.
5. M. C soutient que les comptes rendus d'entretien professionnel dont il a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014 sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa manière de servir. Il fait notamment valoir que ses résultats chiffrés, tels qu'il a pu les reconstituer sur les années évaluées concernant le nombre d'arrestations effectuées ou d'infractions constatées, n'ont pas baissé par rapport à ceux des années précédentes. Toutefois, les résultats chiffrés obtenus par M. C ne sont pas les seuls éléments sur lesquels porte l'entretien professionnel ainsi qu'il ressort des dispositions précitées de l'article 3 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat. A cet égard, les appréciations défavorables de son évaluateur portent essentiellement sur ses capacités de commandement et de gestion des effectifs ainsi que sur ses relations avec les autres agents du commissariat, et non sur ses résultats chiffrés. M. C ne produit aucun élément permettant de remettre en cause l'appréciation de son évaluateur sur la manière dont il a exercé les missions d'encadrement qui lui ont été confiées ainsi que sur son commandement jugé inadapté sur la voie publique. A cet égard, la circonstance que la sanction d'exclusion temporaire pendant quinze jours prononcée à l'encontre de M. C, par un arrêté du ministre de l'intérieur du 30 avril 2015, ait été annulée par un jugement devenu définitif du tribunal du 11 mai 2017, au motif que son comportement vis-à-vis d'agents de sexe féminin placés sous son autorité n'avait pas dépassé les limites de la correction, n'est pas en elle-même de nature à remettre en cause l'appréciation de nature générale portée sur l'aptitude au management de M. C dans le cadre des fonctions qui lui étaient confiées. Par ailleurs, afin d'établir qu'il aurait été victime d'un chantage afin de le contraindre à quitter le commissariat du 4ème arrondissement de Paris, M. C produit la retranscription d'un enregistrement effectué de manière clandestine lors d'un entretien avec ses supérieurs hiérarchiques le 21 octobre 2013. Toutefois, cette pièce, qui repose sur un enregistrement dont l'authenticité n'est pas établie et sur des échanges dont la véracité et la fidélité ne peuvent être vérifiées, ne peut qu'être écartée des débats. Enfin, l'évaluation professionnelle d'un fonctionnaire étant annuelle, la circonstance que ses évaluations professionnelles au titre des années 2010 à 2011 étaient plus favorables est sans incidence sur la légalité des comptes rendus d'entretien professionnel dont il a fait l'objet en 2013 et 2014, alors au demeurant que ses précédentes fonctions au sein de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) en Guyane le conduisaient à " exercer peu de responsabilités managériales ", ainsi qu'il ressort de son évaluation au titre de l'année 2010. Dans ces conditions, le moyen tiré par M. C de ce que ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2013 et 2014 seraient entachés d'erreurs manifestes dans l'appréciation de sa valeur professionnelle doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa version alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. (.) ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. M. C soutient que ses notations pour 2013 et 2014 font suite à son refus d'exécuter des ordres illégaux relevant de pratiques dites de " contrôles au faciès " ayant conduit sa hiérarchie à mettre en œuvre des agissements revêtant le caractère de harcèlement moral. Toutefois, s'il n'est pas contesté que M. C s'est opposé à des pratiques relevant de " contrôles au faciès ", dont le caractère illégal a du reste été confirmé par un arrêt de la Cour de cassation du 9 novembre 2016 et par une décision du défenseur des droits du 2 avril 2019, et que cette opposition le plaçait dans une position difficile vis-à-vis de sa hiérarchie, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à faire présumer que ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2013 et 2014 révéleraient, à eux seuls, une situation de harcèlement moral. En effet, les appréciations de ses supérieurs hiérarchiques portent avant tout sur sa difficulté à s'adapter à ses fonctions, caractérisée par son manque d'aisance dans le commandement et la gestion opérationnelle des effectifs, notamment sur la voie publique, dans un contexte où il était nouvellement affecté dans un commissariat parisien. De la même façon, la circonstance qu'il n'ait pas été proposé à l'avancement en 2013 n'est pas susceptible de faire présumer une telle situation de harcèlement moral. Pour les mêmes motifs, le détournement de pouvoir allégué n'est pas davantage établi. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions en cause révéleraient un harcèlement moral et un détournement de pouvoir doivent être écartés.
Sur les préjudices :
8. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
9. Par un jugement n° 1401125 et 1502274/5-1 du 7 décembre 2015, devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a annulé les comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2013 et 2014 de M. C, au motif qu'ils étaient entachés de vices de procédure faute d'avoir été menés par son supérieur hiérarchique direct, ainsi que le prévoient les dispositions des articles 2 et 4 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État.
10. Il résulte de l'instruction que M. C n'a fait l'objet d'aucune nouvelle évaluation à la suite de l'annulation de ses comptes rendus d'évaluation pour les années 2013 et 2014. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 et 7, il ne résulte pas de l'instruction que les mêmes décisions n'auraient pas pu légalement être prises si les entretiens professionnels de M. C au titre des années 2013 et 2014 avaient été menés par son supérieur hiérarchique direct. Dès lors, si les illégalités procédurales dont sont entachés les comptes rendus d'entretien professionnel de M. C au titre des années 2013 et 2014 constituent des fautes, celles-ci ne sont pas à l'origine d'un préjudice direct et certain dont il pourrait obtenir réparation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de la requête de M. C, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le versement au préfet de police de la somme qu'il demande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de police présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le rapporteur,
A. B
La présidente,
F. VersolLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. /6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026