vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2006767 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SCP FOUSSARD - FROGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 28 avril 2020 et 22 avril 2022, M. B A, représenté par Me de Folleville, demande au tribunal :
1°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 60 900 euros en indemnisation des préjudices résultant des fautes commises par la Ville à son égard ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation préalable indemnitaire le 20 décembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la Ville de Paris a manqué à son obligation de loyauté en dissimulant les motifs de sa convocation à l'entretien ayant précédé l'adoption de la décision le suspendant à titre conservatoire ; le préjudice qui en résulte doit être évalué à 8 000 euros ;
- elle a illégalement retenu ses affaires personnelles et ne les lui a restituées que tardivement et dans des circonstances vexatoires, causant un préjudice qu'il y a lieu d'évaluer à 5 000 euros ;
- la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an assortie d'une période de sursis de six mois du 28 avril 2016 a été annulée par le tribunal administratif de Paris confirmé par la cour administrative d'appel de Paris, l'illégalité de cette décision étant de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris à son égard et à lui ouvrir droit à indemnisation à hauteur de 25 000 euros ;
- sa mutation d'office au conservatoire du 7ème arrondissement constitue une sanction déguisée, méconnaît le principe non bis in idem, et lui ouvre droit à une indemnisation de 8 000 euros ;
- la Ville de Paris a commis une faute en saisissant le procureur de la République pour des faits de harcèlement sexuel sur mineur alors, d'une part, qu'elle savait que la victime présumée était majeure et, d'autre part, que le procureur a classé l'affaire sans suite, le préjudice subi devant être évalué à la somme de 4 900 euros ;
- la Ville de Paris a méconnu son droit au respect de sa vie privée en lui envoyant des courriels à caractère professionnel pendant la période d'exécution de son exclusion temporaire de fonctions, engageant sa responsabilité à hauteur de 1 000 euros ;
- la Ville de Paris a manqué à ses obligations de réserve et de confidentialité à son égard en diffusant largement un courriel informant ses destinataires de son exclusion temporaire de fonctions, ce manquement ayant causé un préjudice devant être indemnisé à hauteur 4 000 euros ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien professionnel au titre des années 2015, 2016 et 2017, cette faute étant à l'origine d'un préjudice qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril 2022 et 28 avril 2022, la Ville de Paris, représentée par Me Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de l'éducation ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huin-Morales, conseiller,
- les conclusions de Mme Breillon, rapporteure publique,
- et les observations de Me de Folleville, représentant M. A, et de Me Connil, représentant la Ville de Paris.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a enseigné en tant que professeur des conservatoires de Paris au conservatoire " George Bizet " du 20ème arrondissement de 1995 à 2015. Par une décision du 7 décembre 2015, il est suspendu à titre conservatoire et, par une décision du 28 avril 2016, la Ville de Paris adopte à son encontre une décision de sanction disciplinaire portant exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un an assortie d'une période de sursis de six mois. Le 19 octobre 2016, M. A est affecté à compter du 16 novembre 2016 au conservatoire du 7ème arrondissement. Le 31 décembre 2018, la cour administrative d'appel de Paris confirme, par un arrêt n°17PA03698, le jugement du tribunal administratif de Paris n°1609851 en date du 5 octobre 2017 annulant l'exclusion temporaire de fonctions de M. A, motif pris de l'irrégularité de la procédure disciplinaire préalable. Par une demande préalable en date du 19 décembre 2019, M. A sollicite l'indemnisation des préjudices résultant de cette décision et de diverses fautes commises par la Ville de Paris en lien avec celle-ci. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 60 900 euros en indemnisation de ces préjudices.
Sur la responsabilité pour faute de la Ville de Paris :
En ce qui concerne la dissimulation de l'objet de l'entretien du 7 décembre 2015 :
2. Aux termes de l'article 30 de la loi 83-634 portants droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. "
3. Il résulte de l'instruction, et il n'est au demeurant pas contesté, que le directeur du conservatoire a dissimulé l'objet réel de l'entretien auquel il a convoqué M. A le 7 décembre 2015, qui a porté non sur son évaluation annuelle, ainsi qu'il avait été annoncé, mais sur son audition préalablement à l'adoption de la décision de suspension à titre conservatoire notifiée le même jour. Si M. A soutient que, mis devant le fait accompli, il n'a pu préparer cet entretien préalable à cette mesure de suspension conservatoire, une telle mesure, d'une part, ne constitue pas une sanction disciplinaire et, d'autre part, n'est pas au nombre des décisions devant être précédée de l'organisation d'un entretien préalable mettant à même l'intéressé de présenter ses observations. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du compte-rendu de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline, d'une part, que M. A a pu faire valoir ses observations en amont de la décision de sanction et, d'autre part, que la sanction de l'intéressé n'a pas été fondée sur les observations qu'il a formulées lors de cet entretien préalable. Enfin, et pour regrettable que soit la dissimulation de l'objet réel de sa convocation, la seule circonstance que M. A ait pu être ponctuellement déstabilisé par la teneur d'un entretien qu'il n'avait pu préparer n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à caractériser l'existence d'un préjudice moral ouvrant droit à indemnisation.
En ce qui concerne la rétention des affaires personnelles de M. A et les conditions de leur restitution :
4. Aux termes de l'article L. 216-2 du code de l'éducation : " Les établissements d'enseignements public de la musique, de la danse et de l'art dramatique dispensent un enseignement initial sanctionné par des certificats d'études, qui assure l'éveil, l'initiation, puis l'acquisition des savoirs fondamentaux nécessaires à une pratique artistique autonome, à vocation professionnelle ou amateur. () Ces établissements relèvent de l'initiative et de la responsabilité des collectivités territoriales dans les conditions définies au présent article. " Il résulte de ces dispositions que le chef d'établissement peut interdire l'accès des locaux d'enseignements à toute personne relevant ou non de l'établissement en cas de menace pour les élèves ou le personnel.
5. En l'espèce, M. B A, qui a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire par une décision du 7 décembre 2015, avait laissé dans sa salle de classe et son casier l'ensemble de ses affaires pédagogiques personnelles. Si, par un courriel du 17 février 2016, il avait demandé l'autorisation à l'administration de récupérer ses affaires, il s'est vu refuser l'accès aux locaux et tout contact avec les élèves par une décision formulée par un courriel du même jour. Par une lettre du 18 février 2016, M. A a contesté ce refus auprès du directeur du conservatoire, lequel a, après un échange de courriels visant, notamment, à recenser les affaires de l'intéressé, accédé à la demande de M. A, qui a pu récupérer ses affaires personnelles lors d'un rendez-vous fixé le 26 septembre 2016. M. A soutient que l'administration a commis deux fautes dès lors qu'elle a, d'une part, retenu de façon injustifiée ses affaires personnelles avant, d'autre part, de les lui restituer dans des conditions vexatoires et humiliantes.
6. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 4, les dispositions de l'article L. 216-2 du code de l'éducation autorisent le chef d'établissement à interdire l'accès des locaux d'enseignement à toute personne relevant ou non de l'établissement en cas de menace pour les élèves ou le personnel. En l'espèce, le chef d'établissement était fondé à en restreindre l'accès à M. A, qui avait été suspendu à titre conservatoire en raison d'un comportement jugé déplacé à l'égard des élèves et de méthodes pédagogiques inappropriées. Par suite, la mesure interdisant l'accès au conservatoire à M. A a pu être légalement prise par l'autorité administrative afin de protéger la tranquillité des élèves et des professeurs et dans l'intérêt du service. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une faute à son égard.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A a sollicité le conservatoire du 20ème arrondissement dès le 16 février 2016 en vue d'obtenir un rendez-vous afin de récupérer ses affaires personnelles. Après lui avoir proposé, le 8 mars, de lui remettre ses affaires sur le seuil du conservatoire, son directeur a finalement, sur la demande du requérant, fixé un rendez-vous pour le 26 septembre 2016, soit sept mois après la demande initiale. L'administration a ainsi retardé sans raison valable la récupération par l'intéressé de ses affaires personnelles, dont certaines lui était nécessaires pour l'exercice de son activité professionnelle à titre personnel ou auprès d'une autre institution durant sa période d'exclusion temporaire. Toutefois, M. A, en refusant la proposition de l'administration de lui remettre ses affaires sur le seuil du conservatoire, a fait preuve d'une rigidité de nature à atténuer la responsabilité de la Ville de Paris. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions dans lesquelles s'est déroulée la récupération des affaires de M. A aient présenté, dans les circonstances de l'espèce, et malgré la tension qui a présidé à cette récupération, la nature d'une faute de nature à engager la responsabilité de la Ville de Paris. Il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation du préjudice subi par le requérant résultant de la récupération tardive de ses affaires en lui allouant à ce titre une somme de 500 euros.
En ce qui concerne la légalité de la sanction disciplinaire :
8. Si toute décision illégale prise par l'administration est, en principe, fautive, quelle que soit la nature de l'illégalité en cause, il n'en résulte pas nécessairement que cette illégalité soit directement à l'origine, pour le destinataire de cette décision, d'un préjudice. Il appartient dès lors au juge, saisi de conclusions indemnitaires en ce sens, de vérifier l'existence et le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué. Lorsqu'il résulte de l'instruction que le préjudice subi n'est que le résultat de l'application justifiée, en droit et en fait, des lois et règlements en vigueur, les conclusions indemnitaires ne peuvent être accueillies par le juge. En outre, lorsque le vice touche une étape de la procédure qui vise en principe à permettre, soit à un tiers, soit à l'intéressé futur destinataire de la décision, de tenter d'exercer une influence sur la décision, le juge doit apprécier si, compte tenu des éléments apportés par la partie qui invoque ce vice, la chance de celle-ci d'influer sur le sens de la décision était suffisamment possible pour qu'il ne soit pas possible d'estimer que l'administration aurait pu arriver au même résultat en l'absence de vice.
S'agissant de la possibilité pour la Ville de Paris d'adopter la même sanction en l'absence du vice de procédure :
9. En l'espèce, s'il est constant que la sanction disciplinaire a été jugée illégale par un arrêt de la cour administrative de Paris n° 17PA03698 en date du 31 décembre 2018 devenu définitif confirmant le jugement du tribunal administratif de Paris n° 1609851 rendu le 5 octobre 2017, l'annulation de la sanction disciplinaire infligée a été prononcée pour un motif procédural, à savoir le manquement, par le président du conseil de discipline, à son obligation d'impartialité en raison de son attitude et des propos tenus lors de l'examen du grief tenant au comportement de M. A à l'égard de son élève Katia Ostapowicz qui a eu pour effet de priver le requérant d'une garantie. Or, il résulte de l'instruction, d'une part, que la sanction litigieuse est fondée, outre sur ce comportement, sur trois autres motifs, et d'autre part, que les membres de la commission, qui se sont prononcés à la majorité de sept voix contre une en faveur de la sanction litigieuse, ont été en mesure d'auditionner sept témoins, de consulter de nombreuses pièces et ainsi de se faire une opinion éclairée des faits de l'espèce. Il n'est ainsi pas établi que l'attitude du président du conseil de discipline ait été de nature à influer sur le vote des autres membres de ce conseil ni, partant, qu'une décision identique n'aurait pu être adoptée en l'absence de la méconnaissance du devoir d'impartialité par le président.
S'agissant du bien-fondé de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée d'un an assortie d'une période de sursis de six mois :
10. Il appartient au juge de plein contentieux de s'assurer que la sanction fautive n'est pas entachée d'une autre illégalité de nature à faire droit aux conclusions indemnitaires du requérant. Pour ce faire, il y a lieu de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
Quant aux propos tenus à une élève au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 :
11. Il résulte de l'instruction, et en particulier du témoignage de ses parents, que M. A a tenu des propos d'une particulière gravité à l'endroit d'une jeune élève de quatorze ans trois jours après les attentats perpétrés à Paris le 13 novembre 2015. Dans ses écritures en défense produites dans le cadre de l'instance n°1609851 auxquelles il se réfère, si M. A soutient " contester " les propos litigieux, il se borne en réalité à évoquer l'indiscipline et l'insolence de l'élève en cause, qu'il avait dû rappeler à l'ordre à de nombreuses reprises. Il produit en outre des attestations de parents d'élèves desquelles il ne ressort nullement qu'il n'aurait pas tenu les propos en cause à l'égard de l'élève concernée. Dans ces circonstances, il y a lieu de tenir l'exactitude matérielle des propos litigieux pour établie.
Quant aux propos tenus à l'égard de l'élève Eva Greblo :
12. Il résulte de l'instruction, en particulier du témoignage de parents d'élèves et de professeurs, que M. A a surnommé l'élève Eva Greblo, alors âgée de quinze ans, " Eva Braun " à au moins une reprise. Si le requérant se défend de toute référence à une personnalité historique et prétend faire référence à une marque de rasoir, il reconnaît avoir tenu ce propos et ne saurait sérieusement en nier le caractère particulièrement choquant et la dimension antisémite, quand bien même il aurait ignoré la confession de l'intéressée. La circonstance, à la supposer établie, qu'il ne les aurait prononcés qu'une fois est sans incidence sur la gravité de la faute ainsi commise. La Ville de Paris a ainsi pu à bon droit estimer que les faits imputés au requérant relatifs à l'élève Eva Greblo étaient constitutifs d'une faute.
Quant au comportement de M. A à l'égard de l'élève Katia Ostapowicz :
13. Il résulte de l'instruction, en particulier du témoignage de l'élève concernée, que M. A lui a déclaré ses sentiments amoureux alors même qu'elle était encore son élève et qu'elle demeurait, par conséquent, dans un lien de subordination avec lui. La circonstance qu'elle était, à l'époque des faits, très jeune majeure est, dans ces conditions, sans incidence. M. A ne conteste pas non plus lui avoir proposé un rendez-vous en dehors du conservatoire et l'avoir affublée d'un surnom familier. Par suite, la Ville de Paris était fondée à estimer que les faits imputés au requérant relatifs à l'élève Katia Ostapowicz étaient constitutifs d'une faute.
Quant aux méthodes pédagogiques de M. A :
14. Il résulte de l'instruction, et il n'est au demeurant pas contesté, que M. A utilisait en classe des armes factices en plastique ou en bois afin de ramener le calme et donnait des surnoms à certains élèves. Il résulte également de l'instruction que tous les élèves de M. A n'étaient pas en mesure de percevoir la portée prétendument humoristique de telles méthodes pédagogiques et ont pu en être choqués. Dès lors, la Ville de Paris était fondée à estimer que les faits imputés au requérant concernant ses méthodes pédagogiques inappropriées étaient constitutifs d'une faute.
15. Il résulte de ce qui précède que les faits reprochés à M. A sont matériellement établis et présentent le caractère de fautes disciplinaires de nature à justifier la sanction, au demeurant clémente et qui doit être regardée comme tenant compte de l'ancienneté de l'intéressé, d'un an d'exclusion temporaire de fonctions assortie d'une période de sursis de six mois. La sanction d'exclusion temporaire de fonctions prononcée par la Ville de Paris aurait ainsi pu être légalement adoptée si elle n'avait pas été entachée d'un vice de procédure. Par suite, la faute commise par la Ville de Paris ne saurait être regardée comme à l'origine directe du préjudice subi par M. A, dont les conclusions indemnitaires, à hauteur de 25 000 euros, ne peuvent être que rejetées.
En ce qui concerne la mutation au conservatoire du 7ème arrondissement :
16. En premier lieu, ne peut être caractérisée comme sanction disciplinaire déguisée qu'une mutation révélant, d'une part, l'intention de l'auteur d'infliger une sanction et, d'autre part, qui a, par elle-même, les effets d'une sanction disciplinaire en ce qu'elle porterait atteinte à la situation professionnelle de l'agent, c'est à dire à ses droits ou avantages actuels, à ses responsabilités ou à sa rémunération.
17. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la mutation de M. A au conservatoire du 7ème arrondissement, réalisée dans l'intérêt du service au vu des faits exposés précédemment et pour lesquels l'intéressé a été sanctionné, une volonté de l'administration de le sanctionner. Il n'est pas non plus démontré que l'emploi dans lequel M. A a été muté, qui respecte son grade et son ancienneté, aurait eu pour effet de le priver de ses droits ou avantages, de ses responsabilités ou de sa rémunération. Dès lors, M. A n'est pas fondé à demander une indemnisation en raison de sa mutation.
18. En second lieu, un agent public n'a aucun droit au maintien de son poste. Dès lors, les circonstances que le requérant enseignait dans le même conservatoire depuis vingt-deux ans ou qu'il avait mis en place d'importantes activités extra-scolaires ne sont pas de nature à lui donner droit à une indemnisation en raison de sa mutation.
19. Il résulte de ce qui précède que l'administration n'a commis aucune faute en décidant de muter, dans l'intérêt du service, M. A au conservatoire du 7ème arrondissement. M. A n'est donc pas fondé à demander l'indemnisation des préjudices que cette mutation aurait causés.
En ce qui concerne la dénonciation calomnieuse :
20. En premier lieu, aux termes de l'article 40 du code de procédure pénale : " Le procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur donner conformément aux dispositions de l'article 40-1. / Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. " Si le requérant se plaint que le signalement par la Ville de Paris au procureur de la République n'a eu lieu que deux ans après la connaissance des faits par l'administration, la tardiveté de ce signalement n'est pas constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de la Ville à son égard.
21. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'en saisissant le procureur pour des " faits de harcèlement et d'insultes en public à l'encontre de mineurs ", l'administration, qui s'est bornée à qualifier les faits reprochés à l'intéressé et ne l'a en aucun cas accusé d'agression sexuelle sur mineure, n'a pas commis de dénonciation calomnieuse. En tout état de cause, d'une part, cette plainte a été classée sans suite et, d'autre part, elle n'a fait l'objet d'aucune publicité, volontaire ou involontaire, de la part de l'administration ou de tiers. Dans ces conditions, le préjudice allégué par M. A n'est pas établi et ses conclusions indemnitaires ne peuvent être accueillies.
En ce qui concerne l'atteinte à la vie privée :
22. En premier lieu, il ne saurait être sérieusement soutenu que l'envoi par l'administration de deux courriels au requérant le convoquant à une réunion durant sa période de suspension pour préparer sa rentrée à un nouveau poste aurait porté atteinte au respect de sa vie privée et familiale et pourrait par suite être regardé comme une faute de nature à ouvrir droit à indemnisation.
23. En second lieu, si le requérant soutient que, par un courriel en date du 9 décembre 2015, le directeur du conservatoire aurait largement relayé la mesure de suspension à titre conservatoire dont il a fait l'objet le 7 décembre précédant, méconnaissant ainsi son obligation de confidentialité, il résulte de l'instruction, d'une part, que ce courriel n'a été adressé qu'au personnel du conservatoire ainsi qu'aux parents d'élèves, qui pouvaient légitimement être informés de la suspension d'un des professeurs, et, d'autre part, que sa tonalité, prudente et mesurée, se bornant à évoquer " des méthodes pédagogiques présumées non adaptées ", n'a en tout état de cause pas été de nature à causer un préjudice à l'intéressé. Si, il est vrai, M. A établit que ce courriel a également été adressé à un ancien enseignant, cette erreur, pour regrettable qu'elle soit, est en l'espèce sans incidence dès lors, d'une part, qu'elle peut s'expliquer par le caractère récent de la fin des fonctions de cet enseignant au conservatoire et, d'autre part, qu'elle est demeurée isolée et a concerné un ancien membre de la communauté pédagogique du conservatoire. Enfin, contrairement à ce que soutient M. A, il n'est pas établi par la production de deux attestations que le directeur du conservatoire aurait entendu donner une large publicité à la mesure de sanction dont il a fait l'objet.
En ce qui concerne l'absence d'entretien professionnel de 2015 à 2017 :
24. Aux termes de l'article 2 du décret 2014-1526 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. "
25. En l'espèce, il est constant que le requérant n'a pas bénéficié d'entretiens professionnels durant les années 2015, 2016 et 2017, alors même qu'il a travaillé onze mois sur douze en 2015, avant d'être suspendu, et toute l'année de manière régulière en 2017, son exclusion ayant pris fin le 7 novembre 2016. Cette absence d'entretien trois années durant est constitutive d'une faute et a causé un préjudice moral au requérant dont il sera fait une juste réparation en lui allouant à ce titre une somme de 500 euros.
Sur les intérêts et leurs capitalisations :
26. Lorsqu'ils ont été demandés et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
27. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées aux points précédents du présent jugement portent intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2019, date d'introduction de la demande préalable indemnitaire.
Sur les frais liés au litige :
28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 000 euros au des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la Ville de Paris présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La Ville de Paris est condamnée à verser à M. A une somme de 1 000 euros en indemnisation des préjudices subis. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2019.
Article 2 : La Ville de Paris versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Lahary, conseiller,
M. Huin-Morales, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le rapporteur,
B. HUIN-MORALES
Le président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026