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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2007922

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2007922

lundi 12 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2007922
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET NATAF ET PLANCHAT (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2020, M. C A, représenté par Me Planchat, demande au tribunal :

1°) de le décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, ainsi que des pénalités et intérêts de retard y afférents, auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012, 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ; les indications relatives aux établissements situés dans le 15ème arrondissement et à partir desquelles un coefficient moyen a été établi sont insuffisantes ; le coefficient de 1,05 retenu pour la reconstitution du montant du chiffre d'affaires au titre des ventes de cartes téléphoniques n'est pas explicité ;

- la méthode de reconstitution de recettes suivie par l'administration est excessivement sommaire et radicalement viciée dans son principe, dès lors que la reconstitution de recettes pouvait être effectuée à partir des données propres de l'entreprise, rendant inutile le recours à un coefficient calculé en fonction des données propres à d'autres entreprises ;

- il n'a pas été tenu compte des pertes et des offerts ;

- concernant la reconstitution de l'activité liée aux jeux de grattage, il n'a pas été tenu compte des règles légales de rattachement des produits aux exercices ; il convenait d'appliquer les règles propres à une comptabilité d'engagement ;

- les pénalités sont injustifiées, en l'absence de démonstration de la mauvaise foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2020, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable à hauteur de 25 377 euros en base au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2013, et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'établissement " La Gitane ", qui a pour objet social l'exercice d'une activité de bar-brasserie-tabac à Paris et dont M. A était le gérant jusqu'au 30 mai 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service a procédé à des rehaussements du résultat des exercices 2012, 2013 et 2014 après avoir constaté le défaut de caractère probant de la comptabilité et procédé à une reconstitution de recettes. M. A s'est vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012, 2013 et 2014. Il demande au tribunal de le décharger de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. " Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. Lorsque l'administration entend fonder au moins en partie un redressement, non sur des pratiques habituelles à la profession ou au secteur d'activité, mais sur des éléments de comparaison issus de données chiffrées provenant d'autres entreprises, elle doit, pour assurer le caractère contradictoire de la procédure sans méconnaître le secret professionnel protégé par l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, désigner nommément ces entreprises mais ne fournir au contribuable que des moyennes ne lui permettant pas de connaître, fût-ce indirectement, les données propres à chacune d'elles. Cette obligation, dont le respect constitue une garantie pour le contribuable, s'impose à l'administration même si ce dernier disposait d'éléments relatifs à sa propre situation pour contester les évaluations du vérificateur et si la recherche par l'administration d'informations relatives à d'autres entreprises était la conséquence du refus du contribuable de communiquer des informations dont il disposait.

3. M. A soutient que les indications relatives aux établissements situés dans le 15ème arrondissement et à partir desquelles un coefficient moyen d'achat-revente a été établi sont insuffisantes. Cependant, la proposition de rectification du 18 décembre 2015 indique qu'en l'absence de tout élément justificatif fourni concernant l'activité de bar et de brasserie, le vérificateur s'est attaché à rassembler des éléments de comparaison tirés des données afférentes à des établissements similaires situés dans le même secteur. Ces établissements sont désignés par leur nom, dans la proposition de rectification, et leur adresse est mentionnée. Après que M. A eut présenté ses observations puis saisi l'interlocuteur départemental, cette liste a été ramenée de dix-huit à neuf établissements. Si M. A considère que les indications qui lui ont été données ne lui permettaient pas de déterminer l'activité des établissements concernés ni le type de cuisine servie, il résulte de l'instruction que les éléments qui lui ont été fournis permettaient bien de déterminer qu'il s'agissait d'établissements de type bar-brasserie, et que les photographies et les adresses fournies lui permettaient de savoir dans quel type de cuisine ces établissements étaient spécialisés. M. A ne saurait, par ailleurs, sérieusement soutenir que le service aurait pu, sans méconnaître le secret professionnel, lui communiquer le chiffre d'affaire de chacun de ces établissements, ainsi que la ventilation des achats entre liquides et solides. Enfin, si M. A soutient que le coefficient de 1,05 retenu pour la reconstitution du montant du chiffre d'affaires au titre des ventes de cartes téléphoniques n'est pas explicité, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification expose, dans le point D) relatif à ces ventes, les motifs et les modalités de calcul des rectifications, le coefficient étant en outre de 1,01 et non de 1,05. En tout état de cause, il ressort expressément de la proposition de rectification que, les deux rectifications effectuées par le service se compensant mutuellement, aucun rehaussement au titre des bénéfices industriels et commerciaux n'en est résulté. Dans ces conditions, M. A était informé des motifs de droit et de fait fondant les rectifications de manière suffisante pour lui permettre de présenter utilement ses observations, ce qu'il a d'ailleurs fait le 22 février 2016, et d'engager avec l'administration un dialogue contradictoire. Le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification doit donc être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 () est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission (). / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission () ".

5. Il est constant que la comptabilité de l'activité de bar-brasserie-tabac exercée par M. A comportait de graves irrégularités, et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires émis le 17 mai 2017. Il appartient en conséquence au requérant, en application des dispositions précitées de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

6. Il incombe en particulier au requérant de démontrer que la méthode de reconstitution des recettes utilisée présente un caractère excessivement sommaire ou radicalement vicié. S'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, il peut soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration.

S'agissant de la méthode de reconstitution :

7. Pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par M. A au titre des exercices 2012, 2013 et 2014, l'administration s'est fondée sur les achats revendus, en appliquant à ces achats un coefficient de marge moyen, établi par comparaison avec les données de neuf établissements similaires, aboutissant en définitive à un coefficient de 3,54. Le requérant soutient qu'il a mis à la disposition du vérificateur les factures d'achats des solides et des liquides, ainsi que la carte des menus où figuraient les prix pratiqués, ce qui aurait permis au service de procéder à une reconstitution des recettes à partir des données propres de l'entreprise. Il est exact que, dans ses observations en réponse à la proposition de rectification, M. A a produit, en annexe 4, un menu comportant les prix pratiqués. Toutefois, aucun élément ne permet de déterminer à quelle période auraient correspondu les prix figurant dans ce menu, et ce alors que M. A avait lui-même déclaré, en cours de contrôle, n'avoir conservé aucun menu, être incapable de fournir des éléments relatifs aux prix pratiqués, et ne pas s'être occupé de cette partie de l'activité de l'établissement. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la production de ce menu a été prise en compte par le service qui a toutefois, dans sa réponse aux observations du contribuable, estimé que cette production n'était pas de nature à modifier son analyse concernant le caractère dénué de toute valeur probante de la comptabilité présentée. Il ressort en effet du point E de la proposition de rectification du 18 décembre 2015 qu'aucun rouleau de caisse, aucune note établie pour les clients et aucun menu n'a été conservé. Dans ces conditions, en l'absence de données propres relatives aux ventes de l'activité de M. A, rendant de ce fait impossible une quelconque étude de ces données et, a fortiori, leur comparaison avec des entreprises tierces, c'est à bon droit que le service s'est appuyé sur un panel de neuf entreprises comparables, a calculé un coefficient d'achats revendus moyen qu'elle a appliqué aux achats de la société, et en a ensuite déduit le chiffre d'affaires éludé pour chaque exercice. Enfin, et comme il a été dit au point 3, il ressort des motifs de la proposition de rectification du 18 décembre 2015, que M. A a été informé des critères de sélection des comparables, ainsi que de leur nom et adresse, et qu'il pouvait ainsi utilement critiquer ces comparables.

8. Si M. A fait également grief au service de n'avoir pas tenu compte des pertes et des offerts, il ne propose aucun chiffre sur ces deux points, alors qu'il supporte la charge de la preuve, ainsi qu'il a été dit aux points 4 à 6. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, dans le cadre de la reconstitution du chiffre d'affaires de l'activité de bar-brasserie-tabac, le vérificateur a bien pris en compte, de manière agrégée, les pertes, les offerts et la consommation du personnel, en déduisant du montant des achats de l'entreprise un montant correspondant à ces postes, pour des montants respectifs de 8 907 euros pour l'exercice 2012, de 12 135 euros pour l'exercice 2013 et de 8 237 euros pour l'exercice 2014, et représentant respectivement 9 %, 13,66 % et 8,01 % du montant de ces achats.

9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le commerce de brasserie-bar-tabac " La Gitane " réalisait des ventes de jeux instantanés, dits de grattage, et percevait à ce titre des commissions versées par FDP, filiale de distribution de jeux de loterie et de paris de la Française des Jeux en métropole. Si les montants des commissions déclarées au titre de 2013 et de 2014 étaient corrects, une discordance est apparue pour 2012, M. A n'ayant déclaré qu'un montant de commissions de 14 421 euros, alors que FDP avait versé un montant de 24 830 euros. Le service a donc réintégré la différence, d'un montant de 10 408 euros, au résultat de l'exercice clos le 31 décembre 2012. M. A soutient enfin que, concernant la reconstitution des recettes de cette activité liée aux jeux de grattage, il n'a pas été tenu compte des règles légales de rattachement des produits aux exercices, et qu'il convenait d'appliquer les règles propres à une comptabilité d'engagement. Toutefois, le service indique, sans être utilement contredit sur ce point, que les produits afférents aux ventes de jeux de grattage sont acquis et encaissés au fur et à mesure des ventes effectuées. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que les commissions perçues en 2012 auraient été rattachées à tort à l'exercice correspondant.

10. Dans ces conditions, il résulte de tout ce qui précède que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de l'activité de bar-brasserie-tabac de l'établissement " La Gitane " n'est ni excessivement sommaire, ni radicalement viciée dans son principe. En conséquence, M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012, 2013 et 2014.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré (). "

12. La pénalité pour manquement délibéré prévue par ces dispositions a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

13. En l'espèce, pour appliquer la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, le service a relevé que M. A, dans le cadre d'une activité exercée à titre individuel, ne pouvait ignorer qu'il s'abstenait de déclarer des montants de recette significatifs, de façon régulière et récurrente. Au regard de ces éléments, l'administration apporte la preuve qui lui incombe de l'intention de M. A d'éluder l'impôt, et du bien-fondé des majorations mises à sa charge sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fins de décharge de M. A doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Moralès, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.

Le rapporteur,

A. BLe président,

J. SORIN

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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