jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2008929 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | GUILLAUMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2020 et le 10 mars 2021, la société Paris Executive Business School (PEBS), représentée par Me Guillaumin, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er octobre 2014 au 31 août 2016.
Elle soutient que :
-elle ne pouvait pas se voir notifier des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour l'année 2015 dès lors qu'elle avait déjà fait l'objet d'une vérification concernant cette période ;
-elle a été privée de la possibilité de saisir l'interlocuteur départemental ;
-la procédure de taxation d'office n'était pas justifiée dès lors qu'elle est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée en vertu du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts ;
-elle remplit l'ensemble des critères pour bénéficier de l'exonération prévue par cet article.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2020, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Paris Executive Business School (PEBS), qui exerce une activité de formation professionnelle continue pour adultes, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'exercice clos en 2015 et, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur la période du 1er octobre 2014 au 31 août 2016. Par une proposition de rectification du 6 mars 2017, le service lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La société PEBS demande la décharge, en droits, pénalités et intérêts, de ces rappels.
Sur l'assujettissement de la société PEBS à la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () " et aux termes de l'article 261 du même code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 4. (Professions libérales et activités diverses) : / 4° a. les prestations de services et les livraisons de biens qui leur sont étroitement liées, effectuées dans le cadre : () de l'enseignement primaire, secondaire, supérieur ou technique à distance, dispensé par les organismes publics ou les organismes privés régis par les articles L. 444-1 à L. 444-11 du code de l'éducation, et les textes subséquents ; () ".
3. En outre, aux termes de l'article L. 444-1 du code de l'éducation : " Les dispositions du présent chapitre s'appliquent à toutes les formes d'enseignement privé à distance. / Constitue un enseignement à distance l'enseignement ne comportant pas, dans les lieux où il est reçu, la présence physique du maître chargé de le dispenser ou ne comportant une telle présence que de manière occasionnelle ou pour certains exercices " et aux termes de l'article R. 444-1 du même code : " Constitue un organisme privé d'enseignement à distance, soumis aux dispositions des articles L. 444-1 à L. 444-11 et L. 471-1 à L. 471-5, tout organisme privé qui s'engage à dispenser un enseignement, sous quelque forme que ce soit, dans les conditions définies aux articles L. 444-1 à L. 444-11. / Cet enseignement consiste à dispenser à distance, à titre principal ou en complément d'un enseignement, un service d'assistance pédagogique à une préparation ou à une formation. Le service peut consister notamment à fournir, avec ou sans échelonnement dans le temps, en vue d'une formation dans une discipline quelconque d'enseignement ou de la préparation à un concours, à un examen, à un diplôme ou à une activité professionnelle, des livres, cours ou matériels, que l'assistance pédagogique accompagne ces fournitures ou soit dispensée séparément ".
4. A l'issue de la vérification de comptabilité dont la société PEBS a fait l'objet, le service a estimé que cette dernière ne constituait pas un établissement privé d'enseignement supérieur à distance et qu'elle ne pouvait pas bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par les dispositions précitées de l'article 261 du code général des impôts.
5. Il résulte de l'instruction que la société PEBS propose à ses étudiants, titulaires d'un diplôme de niveau Bac + 3, sept enseignements différents : marketing communication, banque finances, audiovisuel cinéma, journalisme, métier du luxe et de la mode, architecture et gestion immobilière et droit international, et que la formation, qui se déroule sur une période de 12 mois comprend un enseignement théorique de 200 heures et un stage en entreprise. Il est constant que la formation théorique est assurée par l'envoi aux élèves ou la mise à leur disposition sur une plate-forme numérique de e-learning de plaquettes, sous format PDF, ainsi que de vidéos de cours et que les évaluations sont réalisées par l'intermédiaire de questionnaires à choix multiples disponibles sur la plate-forme numérique dont la réussite conditionne le passage d'un module de formation au module suivant. Il est également constant que les plaquettes ont été élaborées, pour trois d'entre elles, par des intervenants, et, pour les autres, par quatre salariés recrutés à cette fin mais que la société n'emploie pas de professeurs de manière permanente pour corriger des exercices ou assurer un suivi pédagogique des étudiants. Si la société se prévaut du fait que sa directrice et gérante, Mme B, docteur en sciences, assure au quotidien les interventions sur les corrigés et les exercices, il apparaît qu'elle assure en réalité une assistance technique ou administrative et non un suivi pédagogique. Si la société PEBS indique également que les rédacteurs des fascicules peuvent être contactés par les étudiants en cas de questions, elle ne peut être regardée comme proposant un véritable suivi pédagogique de ses étudiants. Par ailleurs, il est également constant que la société, dont le siège social était fixé, dans un premier temps, à une adresse de domiciliation et ensuite au domicile de sa gérante, ne dispose pas de locaux susceptibles d'accueillir des cours magistraux. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la société PEBS ne peut être regardée comme dispensant un enseignement à distance au sens et pour l'application de l'article 261 du code général des impôts. La requérante se prévaut du fait que son ouverture a été autorisée par le recteur de l'académie de Paris le 1er octobre 2014, que Mme B a été autorisée à diriger l'établissement par une décision du recteur de l'académie de Paris du 23 mai 2016, rendue après un avis positif du recteur de l'académie de Lille du 2 décembre 2015, et qu'elle a fait l'objet d'un contrôle pédagogique effectué par les membres du corps d'inspection du ministère de l'éducation en application l'article R. 444-16 du code de l'éducation comme l'indique le courrier du recteur de l'académie de Paris du 23 mai 2016. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient suffire à établir que la société requérante constitue un établissement d'enseignement à distance au sens de l'article L. 444-1 du code de l'éducation. En effet, d'une part, il résulte des dispositions de l'article R. 444-7 du code de l'éducation que le dépôt d'un dossier complet de déclaration d'intention d'ouverture d'un établissement d'enseignement à distance privé hors contrat entraîne la délivrance automatique, dans un délai de deux mois, d'un récépissé d'ouverture d'établissement par le recteur d'académie. En outre, les courriers des 2 décembre 2015 et 23 mai 2016 valident seulement le changement de direction de l'établissement et reconnaissent que Mme B remplit les conditions prévues par l'article R. 444-11 du code de l'éducation pour diriger un organisme privé d'enseignement à distance et ne se prononcent pas sur la question de savoir si la société PEBS constitue un tel établissement. En revanche, dans le courrier du 2 décembre 2015, concernant la déclaration d'ouverture de la formation " Droit international pénal, droit international public et relations internationales " le recteur de l'académie de Lille a indiqué à la requérante qu'elle ne respectait pas les dispositions de l'article L. 444-1 " dans la mesure où le contrat soumis à l'élève mentionne dans son article 2 que ' la formation se déroule sur une période de 12 mois [] comprenant un enseignement à distance " alors que les dispositions du code de l'éducation impliquent que cet enseignement doit être un enseignement à distance ne comportant pas de présence physique des maîtres chargés de les dispenser ou seulement de manière occasionnelle ". Dans ces conditions, dès lors qu'elle n'établit pas qu'elle constituait un établissement privé d'enseignement à distance au sens des articles L. 444-1 et suivants du code de l'éducation, la société PEBS n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a estimé qu'elle ne pouvait pas bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue par le a du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts.
Sur la régularité de la procédure :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". En outre, aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ".
7. La société PEBS était tenue de souscrire, à raison de son activité qui, ainsi qu'il a été dit, ne peut bénéficier de l'exonération prévue par l'article 261 du code général des impôts, des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes vérifiées. A défaut d'avoir déposé ces déclarations dans le délai légal, c'est à bon droit que l'administration a appliqué la procédure de taxation d'office prévue au 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. En outre, la procédure de taxation d'office en matière de taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'elle concerne un redevable qui n'a pas déposé dans le délai légal ses déclarations, n'est pas subordonnée à l'envoi d'une mise en demeure de régulariser sa situation sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. La société PEBS n'est donc pas fondée à se plaindre de ne pas avoir fait l'objet d'une telle mise en demeure. Enfin, la société PEBS ayant fait l'objet d'une taxation d'office, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de garanties qui sont accordées uniquement dans le cadre de la procédure contradictoire et notamment de la possibilité de saisir l'interlocuteur départemental.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales : " Lorsque la vérification de comptabilité ou l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevé, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité de ces mêmes écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période. () ".
9. Il est constant que la proposition de rectification du 15 septembre 2016 par laquelle l'administration a notifié à la société requérante des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 fait suite à un contrôle sur pièces de ses déclarations et non à une vérification de comptabilité. Par suite, la société PEBS ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
10. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la société PEBS les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, dont la requérante ne conteste pas le montant.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société PEBS doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de société PEBS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à société PEBS et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
A. A
Le président,
B.R. BACHOFFER
La greffière,
L. REGNIER
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026