mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2010253 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2020 et le 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Diani, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception du 3 décembre 2018, ensemble la décision rejetant sa réclamation préalable ;
2°) de le décharger de la totalité de la somme réclamée ou, à titre subsidiaire, de la somme réclamée au titre des mois précédant le 1er décembre 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre de perception est entaché d'un défaut de motivation dès lors qu'il indique de manière incomplète les bases de la liquidation de la créance ;
- il est entaché d'un vice de forme en raison de l'absence de la signature de l'ordonnateur ;
- la créance répétée est en partie prescrite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 3 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris, se déclare incompétent pour se prononcer sur le bien-fondé, la liquidation et la régularité du titre de perception en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000,
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,
- et les observations de Me Diani, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A était agent contractuel du ministère de l'intérieur depuis 1998. À compter de l'année 2007, il a été mis à disposition de la présidence de la république en qualité d'ouvrier cuisinier. Le 24 juin 2015, M. A a sollicité son placement en congé sans traitement pour convenance personnelle, qui lui a été accordé à compter du 1er juillet 2015. M. A a finalement quitté l'administration centrale le 1er juillet 2017. Le 3 décembre 2018 un titre de perception d'un montant de 41 642,29 euros a été émis à son encontre au motif que le ministère de l'intérieur avait continué à lui verser une rémunération entre la date de son départ en congé sans traitement et le 30 juin 2018. L'intéressé a contesté le bien-fondé du titre de perception auprès du directeur des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris par un courriel du 10 décembre 2019. Après que le directeur des finances publiques a notifié à l'intéressé, le 12 décembre 2019, avoir transmis sa réclamation préalable au ministre de l'intérieur, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par ce dernier pendant six mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation du titre de perception du 3 décembre 2018, la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées, ensemble la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable.
2. En premier lieu, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
3. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
4. Aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, dans sa rédaction issue de l'article 94 de la loi du 28 décembre 2011 portant loi de finances rectificative pour 2011 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. / Toutefois, la répétition des sommes versées n'est pas soumise à ce délai dans le cas de paiements indus résultant soit de l'absence d'information de l'administration par un agent de la modification de sa situation personnelle ou familiale susceptibles d'avoir une incidence sur le montant de sa rémunération, soit de la transmission par un agent d'informations inexactes sur sa situation personnelle ou familiale. (). ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée.
6. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par les dispositions de cet article 37-1 sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. En conséquence, tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification. La preuve de celle-ci incombe à l'administration.
7. M. A a bénéficié du versement mensuel d'une rémunération indue dès son départ en congé sans solde, le 1er juillet 2015. Toutefois, l'administration, qui estime que les sommes dues entre les mois de juillet 2015 et juin 2016 sont couvertes par la prescription, s'est bornée à réclamer les sommes indument versées entre les mois de juillet 2016 et juin 2018, soit un montant total de 41 642,29 euros. Ce nonobstant, M. A se prévaut de ce qu'il n'aurait reçu notification de l'intention de l'administration de répéter les sommes litigieuses que le 3 décembre 2019, de sorte que la prescription couvre également la période allant du 1er juillet 2016 au 30 novembre 2017. En défense, l'administration, à qui incombe la preuve de la notification, ne produit aucune pièce susceptible de contredire les affirmations de M. A, se bornant à produire un courrier du 30 octobre 2018 annonçant son intention de procéder au recouvrement litigieux, sans assortir cette pièce d'un avis de réception démontrant que cette intention aurait été notifiée. Par suite, M. A est fondé à demander la décharge de l'obligation de payer les rappels de salaire pour la période du 1er juillet 2016 au 30 novembre 2017.
8. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ces dispositions imposent à la personne publique qui émet un état exécutoire d'indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases de la liquidation.
9. Il ressort des termes du titre de perception litigieux que les sommes répétées correspondent, d'une part, pour l'année 2018, à un rappel de traitement brut s'élevant aux sommes de 524,25 et 34 392 euros, un rappel de prime de rendement s'élevant à la somme de 1 701,72 euros et un rappel de l'indemnité de compensation de la hausse de la CSG s'élevant à 112,20 euros et, d'autre part, pour les années antérieures, à un rappel de de prime de rendement s'élevant aux sommes de 1 510,32 et 3 401,75 euros. Toutefois l'ensemble de ces sommes sont demandées en référence à la paie de juillet 2018, alors qu'il résulte de l'instruction que l'indu réclamé concerne une période s'étendant des mois de juin 2016 à juillet 2018. Par suite, de telles mentions, ne permettent pas de connaître les bases de la liquidation du titre exécutoire en litige. Dès lors que, par ailleurs, ni le courrier informant M. A de l'intention de l'administration de répéter les sommes indues, ni le décompte de rappel produit par le ministre ne sont mentionnés dans le titre exécutoire attaqué, celui-ci est insuffisamment motivé et ainsi entaché d'irrégularité.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander l'annulation du titre de perception litigieux et la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 novembre 2017.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception du 3 décembre 2018 émis par la Direction générale des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris à l'encontre de M. A et la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer rejetant sa réclamation préalable sont annulées.
Article 2 : M. A est déchargé de l'obligation de payer les sommes réclamées au titre de la période du 1er juillet 2016 au 30 novembre 2017.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2010253/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026